Lundi 14 mai 2018 — Dernier ajout samedi 26 mai 2018

David Plantet : « J’ai choisi de devenir prêtre »

David Plantet, originaire de Pordic, aurait pu poursuivre sa carrière d’enseignant. Il a choisi de se mettre au service de Dieu, de l’Église et des autres.

David, peux-tu te présenter ?

J’ai 37 ans et je suis actuellement en 4e année au séminaire St Yves de Rennes. J’ai grandi à Pordic et j’ai fait mes études au Sacré Cœur de St Brieuc, puis en classe prépa à Lorient et à l’Université Rennes 1, en physique-chimie. Après mon Capes, j’ai enseigné 8 ans au Lycée ND de Campostal à Rostrenen. Après ma confirmation, comme d’autres jeunes, j’ai fait une « crise de foi ». Mais un jour, le père Pierrick Jégonday m’a proposé de partir en Guadeloupe avec les jeunes qui avaient été aux JMJ de Paris et avaient hébergé les jeunes guadeloupéens pour l’occasion. Pardon Saint Yves à Tréguier - Mai 2015 -Auparavant, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu d’expérience personnelle de foi, mais ce que j’ai vécu à ce moment-là prenait du sens pour moi. D’ailleurs toute l’éducation chrétienne reçue dans mon enfance, en famille notamment, prenait sens. Cette rencontre avec des chrétiens de mon âge, alors devenus des amis, a été un véritable déclic. En préparant des « messes de jeunes » de Plérin-Pordic, j’ai découvert que je pouvais avoir une place dans l’Église.

Qu’est-ce qui t’a décidé à devenir prêtre ?

J’ai poursuivi mes études avec le désir d’enseigner. Un métier passionnant que j’ai exercé pendant 8 ans au contact des jeunes desquels j’ai beaucoup appris. Au cours de mes études supérieures, plusieurs questions me trottaient dans la tête. Quelle serait ma place dans l’Église ? Comment envisager l’engagement chrétien : fonder une famille ? devenir prêtre ? Ces questions de vocation résonnaient en moi, notamment quand l’Évêque ajoutait un mot, à la fin des divers rassemblements, en soulignant la nécessité de s’engager.

Au fur et à mesure, j’ai découvert qu’elle était cette place dans l’Église. J’ai participé à la préparation à la confirmation, j’étais dans une équipe liturgique, j’accompagnais le pèlerinage ado à Lourdes et le camp des Vacances « Inspirés » à St Cast, l’été. En parallèle à ma fonction d’enseignant, à Rostrenen, je suis devenu animateur en Pastorale. Mais, la question du sacerdoce me revenait régulièrement à l’esprit : Pourquoi pas tout donner ? Il n’y a pas eu de déclic instantané mais un long cheminement avant que je me décide à prendre les moyens de répondre à cette question : Que fais-tu de ta vie ? Es-tu prêt à la donner totalement sans compromis, quelle que soit la mission pour laquelle on t’appellera ? Comme prendre n’importe quelle décision qui engage toute sa vie, devenir prêtre a quelque chose de vertigineux. Un peu à l’image d’un gamin qui n’a jamais fait de toboggan. Il sait que ce sera génial parce qu’il a confiance en celui qui est là pour le rattraper à l’arrivée mais il a peur de l’inconnu, peur de se lancer. Pardon Saint Yves à Tréguier - Mai 2015 -

Comment se déroulent les études au séminaire de Rennes ?

Elles se déroulent sur 6 ans et se composent ainsi :

  • Deux premières années à dominante philosophique correspondant à la formation du disciple. Approfondissant l’appel du Seigneur, on apprend à suivre le Christ et à devenir témoin de son Amour.
  • Puis trois années dites de configuration au Christ où, uni à Lui, on apprend à faire de notre vie un don de soi aux autres. La formation, à dominante théologique, conduit alors à éveiller progressivement une spiritualité propre au prêtre qui contemple et adopte les sentiments et comportements du Christ. Pendant ces 5 années, nous passons en moyenne deux week-ends par mois en paroisse. A la fin de la 5e année nous sommes ordonnés diacre ; c’est le cas de Gaëtan en juin.
  • La dernière année est consacrée à la synthèse vocationnelle. Plus inséré dans la vie pastorale, on prend davantage de responsabilités. C’est pendant cette année que l’on est invité à exprimer notre libre et définitive volonté de devenir prêtre.

A quel moment le séminariste est-il appelé à devenir prêtre ?

Le discernement se fait tout au long de la formation, principalement dans la prière. Mais on peut compter sur l’aide de l’accompagnateur spirituel, des formateurs et du prêtre de la paroisse d’insertion. Bien sûr, nous conservons à tout moment la liberté de poursuivre ou non la formation. Il en est de même pour l’Église, par le Conseil du séminaire, qui nous encourage à poursuivre ou au contraire à mettre un terme au parcours. Mais l’objectif du discernement consiste plus à découvrir que notre désir s’enracine dans un appel du Seigneur qui veut notre bonheur et donc à découvrir qui l’on est, avec nos forces et nos limites, et quel type de pasteur on est appelé à être. Le temps du séminaire est jalonné de différentes étapes avant l’ordination. Au bout de deux ans, avec l’admission, l’Église reconnait en nous un candidat au sacerdoce. En fin de 4e année il y a les ministères institués pour le service de la Parole, de la prière et de l’autel. Un an avant l’ordination presbytérale, il y a l’ordination diaconale.

La formation est-elle exigeante ?

Il y a bien entendu des cours théoriques de philo, de théologie, d’écriture sainte, de liturgie, de pastorale… mais ce n’est pas une formation uniquement de type universitaire. Elle est adaptée au niveau de chacun dans un dialogue constant avec les intervenants. Selon les cours, nous pouvons choisir d’approfondir certains thèmes, souvent liés à nos propres questions et expériences pastorales. Il ne faut pas oublier que notre premier formateur est le Seigneur, alors quand quelque chose rejoint les quatre piliers de la formation (voir hors-texte), c’est pour moi un signe et un appel de l’Esprit à approfondir. C’est une formation exigeante sanctionnée chaque semestre par les examens. Il y a aussi un grand travail sur soi où il faut s’abandonner pour être transformé, ce n’est pas toujours facile ! Mais je me plais à voir ce que le Seigneur fait dans ma vie. Quand Dieu se révèle, il révèle l’homme à lui même. Pour moi, ce choix de vie, dire oui au Seigneur, c’est gagner en liberté.

Comment envisages-tu d’être prêtre demain ?

C’est une question que l’on pose souvent aux séminaristes. Ce n’est pas pour moi une question angoissante, le Seigneur est là, je lui fais confiance. Mais je suis lucide parce que se mettre au service du Seigneur pour son Église n’est pas un temps de repos, il faut toujours inventer. L’Église n’est pas figée, c’est un corps vivant qui évolue et grandit dans sa relation avec le Christ. Les solutions d’hier ne seront pas toujours celles de demain. Avec le Synode, le Seigneur nous donne une direction pour grandir. Il ne nous dit pas : « faites ceci, faites cela ». Il compte sur notre créativité. Pour ma part, j’apprends beaucoup au contact des fidèles. Le Seigneur parle à travers eux. C’est à ce niveau que l’on trouvera les idées pour demain. Je suis serein parce que, quand on s’abandonne au Seigneur, on peut compter sur lui pour passer les obstacles. Comme l’a dit Jean Paul II : « Nous avons en main – précisément dans nos mains vides - la puissance des moyens d’action que nous a confiés le Seigneur ». Aujourd’hui, j’apprends à tout apprécier, y compris ce qui ne touche pas à la Pastorale des Jeunes que je connais mieux. Je rends visite à des personnes âgées, j’essaie de porter intérêt aux gens « en périphérie ». Pour demain, l’heure n’est pas aux pronostics mais si l’Évêque m’appelle effectivement à l’ordination, c’est avec confiance que j’irai où il m’enverra. Je lui fais entièrement confiance parce que nous sommes tous animés de la même motivation : faire la volonté du Seigneur.

Quatre piliers dans la formation

Si la formation est répartie en trois étapes, elle est unifiée par ses quatre dimensions :

  • la dimension humaine, base de la vie dans une communauté, pour découvrir ses forces ses faiblesses, ses capacités et ses limites
  • la dimension spirituelle, temps de prière, de découverte et de vie intime avec le Seigneur, source pour le ministère sacerdotal
  • la dimension intellectuelle, pour comprendre et transmettre le contenu de la foi
  • la dimension pastorale pour le service ecclésial, développée tout au long de la formation avec l’insertion en paroisse.
Neuf costarmoricains en formation au séminaire St Yves de Rennes
  • Gaëtan en 5e année
  • David en 4e année
  • Guénolé en 3e année
  • Mathieu (Corson), Mathieu (Colin), Hughes et Paul-Hervé, en 2e année
  • Pierre-Emmanuel et Henri en 1re année Ils ont constitué une équipe synodale et rencontrent l’Évêque 2 fois par an.