partie 2
Vendredi 23 mars 2018 — Dernier ajout lundi 7 mai 2018

« Guide de la prière lors des obsèques, notre mission »

Pierre Louboutin « Nous recevons plus que nous donnons »

Être Guide la prière lors des funérailles est un long chemin qui demande un investissement personnel. Marie France d’Hérouville d’Étables et Pierre Louboutin de Plérin ont accepté de témoigner.

Quelles ont été les motivations pour devenir guide ?

Être guide est pour moi l’aboutissement d’un cheminement qui a commencé à l’enfance. La mort se vivait au domicile du défunt et la vie continuait. On recevait les voisins en évoquant les bons souvenirs. Plus tard, dans ma famille, j’ai du faire face à des décès de personnes jeunes et dans mon travail, j’ai du annoncer aux élèves des décès de parents ou de grands parents. J’ai aussi côtoyé la mort de voisins de chambre à l’hôpital et j’ai vu la souffrance et le désarroi des familles. De nos jours, la mort est cachée et presque tabou. On a besoin de l’apprivoiser alors qu’elle fait partie intégrante du cycle de la vie. Le déclic s’est opéré à la retraite où je me suis dis que je pouvais apporter quelque chose par rapport à la mort. C’est donc un cheminement qui a commencé très tôt. La mort ne me fait pas peur, elle ne doit pas être cachée. Ce n’est pas une fin, c’est une ouverture vers un avenir sans fin. Pour accompagner les familles, il faut se former. J’ai commencé par intégrer une équipe paroissiale de préparation et j’ai suivi une formation diocésaine en 2017 avec l’objectif d’être guide. Cette formation m’a permis d’avoir des apports théologiques, bibliques et pratiques, notamment les gestes à faire ou ne pas faire, les attitudes à avoir. C’est enrichissant de partager le vécu des autres et d’échanger pour ne pas se sentir isolé dans sa paroisse. A Plérin-Pordic, nous sommes quatre guides de la prière et quinze membres d’équipes de préparation.

Comment préparez-vous les obsèques ?

La phase la plus importante est la rencontre avec la famille. Il faut être à l’écoute, pouvoir faire jaillir la parole au début du deuil. Il y a beaucoup de non-dits, parfois des conflits, des refus de paroles. Quand je sens une telle situation, je laisse mon numéro de téléphone à la famille, en fin de rencontre et je reçois parfois des appels de part et d’autre. Il faut écouter pour faire tomber la pression, ne pas « mettre de l’huile sur le feu ». Faire naître le pardon au sein d’une famille est parfois difficile. Il m’arrive de passer au funérarium pour rencontrer les personnes dans un autre lieu et la parole devient toute autre. Même dans ces situations de révolte, notre rôle est d’apporter une parole d’espérance, de témoigner de notre foi. Chacun fait ensuite son propre chemin.

Comment vivez-vous la cérémonie ?

C’est un temps de nouvelle évangélisation. On ne peut pas livrer une cérémonie clé en main comme le souhaiteraient certaines familles. Il faut beaucoup de bienveillance, de tolérance et accepter de rejoindre les personnes là où elles sont. Si la phase de préparation s’est bien passée, la cérémonie coule de source, que les personnes soient croyantes ou non. Au début de la cérémonie, j’ai toujours un mot pour accueillir les non-croyants. Les participants sont à l’écoute de l’Évangile et du commentaire, ils attendent quelque chose. Le guide de la prière passe un temps important à préparer la cérémonie, il doit trouver le point d’accroche pour bâtir son commentaire d’Évangile qui doit « sortir » comme une respiration quand il le lit.

Qu’apporte cet engagement personnel ?

La rencontre des familles vivant une épreuve difficile suscite des échanges enrichissants, qui ne sonnent pas faux. Nous recevons plus que nous donnons car certains témoignages sont très forts. Ils nous interpellent sur notre façon de vivre, sur nos valeurs. Où est l’essentiel dans la vie ? Comment réussir sa vie intérieure ? Le bonheur est souvent éphémère et fugitif, les épreuves surgissent provoquant des blessures profondes ….. Toutes ces questions m’interrogent et me façonnent. Aider les autres à cicatriser et à dépasser ces souffrances est notre mission et c’est porteur d’espérance.

Vos témoignages

  • Bernard LE NEEL 23 mars 2018 08:10

    je n’ai qu’un regret, qu’aucune mention des organistes n’y apparait ; certaines paroisses jouent des disques pendant la célébration, nous jamais. j’accompagne environ 120 obsèques par an, et certains organistes en font parfois 2 dans la même journée.