Mercredi 23 mai 2018

Homélie de la solennité de la Pentecôte

Chers amis, Nous connaissons certainement l’histoire de la tour de Babel dans Genèse 11. Babel, c’est la triste histoire de l’humanité où, les hommes gonflés de suffisance et d’orgueil avaient décidé de construire une tour sur laquelle ils monteraient et seraient ainsi dans les hauteurs des cieux. Ainsi ils communiqueraient directement avec Dieu et seraient dans l’économie de sa sagesse et de ses pensées. L’homme se disait alors assez fort, assez intelligent et autonome qu’il pouvait tout faire sans le concours de Dieu, pire, il pensait pouvoir se mettre à son niveau en montant sur la tour. Et nous avons vu la suite. La puissance divine a fait tomber la tour, a dispersé les constructeurs et mieux a mis la confusion dans leur langage afin que l’homme puisse avoir la vraie mesure de ses forces et de ses faiblesses.

Dans l’événement de pentecôte que nous célébrons aujourd’hui, c’est un autre mystère, une autre relation entre Dieu et ses créatures qui nous est donnée à vivre. Juste le contraire de ce qui s’est passé à Babel. Nous l’avons entendu dans le récit des Actes des Apôtres. Les Apôtres, obéissant aux consignes de leur Maître, attendaient avec confiance au Cénacle l’envoi promis de l’Esprit Saint. Et cette promesse se réalise le jour de la fête de la moisson, fête de l’abondance. Il y a quelques jours à Binic, nous avons célébré la fête de la morue. Toute la ville était remplie. La fête de la moisson, c’est quelque chose de pareil. C’est donc en ce jour où l’homme rend grâce à Dieu pour sa grandeur et pour tous les bienfaits qu’il reçoit de lui que la promesse s’accomplit.

Les manifestations théophaniques ressemblent à celles de l’assemblée du désert au Sinaï : bruit, vent, violence, feu… et la Pâque dans les deux événements apparait comme l’élément déterminant. Cette pâque juive est la libération de l’esclavage égyptien. Il y a 50 jours, nous avons célébré la Pâques chrétienne, la victoire de la Vie sur la mort. Aujourd’hui la Pentecôte que nous célébrons, porte à l’accomplissement ce que les deux célébrations de la Pâque avaient obtenu. Aux yeux des premiers chrétiens, la Pentecôte est comme l’inauguration de l’alliance nouvelle, où Dieu ne grave plus sa loi sur une pierre, mais directement dans le cœur de l’homme. Les dons de l’Esprit saint étaient distribués à profusion à tout le monde. Les disciples parlaient tous des langues étrangères et tous les auditeurs les entendaient chacun dans sa langue maternelle. C’est ce que produit l’Esprit de Pentecôte. De toutes les diversités, l’Esprit rassemble en seul corps.

Chers amis, nous sommes aujourd’hui perpétuellement pris en étau entre ces deux tendances : la tendance de Babel et la tendance de Pentecôte, la tendance du narcissisme, l’égocentrisme jusqu’à la méprise ou même la négation de Dieu et la tendance de la foi, de l’humilité et de la confiance en Dieu qui nous ramène toujours à notre transcendance qui découle de celle de notre Créateur. Saint Paul nous a parlés dans sa lettre aux Galates de l’opposition entre les tendances de la chair et les tendances de l’Esprit. Ces deux tendances mènent un combat dans la vie de l’homme par un affrontement acharné.

Le terrain de bataille où se déroule cet affrontement entre le bien et le mal est la vie ordinaire de tous les hommes. Même si d’un côté il y a des passions désordonnées, l’affrontement dont il est question, naît d’un mouvement de liberté. C’est l’homme qui décide de se laisser emporter par les tendances égoïstes de la chair, ou de produire dans sa vie les fruits de l’Esprit. C’est un combat permanent que le chrétien doit mener entre les vices et les vertus, la liberté et l e libertinage. Pour mener ce combat interne, nous avons nécessairement besoin de la grâce agissante de Dieu qui nous arme et nous dispose à lutter contre le mal. Voilà pourquoi, il nous renouvelle aujourd’hui le don de son Esprit de Pentecôte. Avec la Pentecôte nous sommes passés du règne de la loi à celui de l’amour pour produire les fruits de l’Esprit : l’amour, la joie, la paix, la bonté, la générosité, la fidélité, la gentillesse, la maîtrise de soi. Avec tous ces dons, l’Église de la Pentecôte refuse de s’enfermer dans les sacristies, en cherchant à échapper aux réalités de la vie. C’est bien ce que les apôtres cherchaient à faire, dans la sécurité de la chambre haute, derrière des portes closes, mais l’Esprit Saint les obligea à ouvrir les portes toutes grandes et à sortir dans la rue. La vie de l’Église c’est d’être un signe de l’amour de Dieu au milieu de notre monde. L’Esprit a donné aux disciples le courage d’affronter les défis de la vie. L’auteur de la deuxième lettre à Timothée écrivait : « Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi ». (2 Tim 1, 6-7)

La Pentecôte nous rappelle que l’Esprit est présent en chacun nous, par notre foi, par les sacrements que nous recevons. Et cet Esprit nous libère de toute peur, de toute stérilité spirituelle, cet Esprit nous pousse à vivre notre foi toujours et partout, à temps et à contretemps.