Lundi 11 juin 2018

Homélie du dimanche 10 juin 2018 Enregistrer au format PDF

10e dimanche du temps ordinaire / Année B

Chers amis,

Les textes de ce jour nous éclairent sur le combat spirituel dont les origines remontent à la désobéissance d’Adam, cette désobéissance qui entraina la rupture entre l’humanité et son Dieu. Depuis lors, l’homme ne cesse de se débattre entre le visible provisoire et l’invisible éternel. Entre la vie éphémère et la vie éternelle, entre les biens périssables, limités et les biens éternels.

Le dialogue entre Adam et Dieu illustre parfaitement la rupture entre l’humanité et Dieu, suite à la désobéissance d’Adam à l’ordre divin. Elle entraîne du coup un brouillage sinon une perte d’identités. En effet, pour avoir substitué le serpent à Dieu, l’homme pécheur commence à avoir peur de son créateur, se méfie désormais de sa femme, pour finir par se sentir lui-même nu, dépouillé de sa propre identité, confondu au néant. La question du Seigneur est en cela fort suggestive : « Où es-tu ? ». Et la réponse : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché ». La réponse d’Adam nous permet de mieux comprendre la question que Dieu lui a posée. Le « Où es-tu ? » ne cherche pas simplement le lieu qu’occupe le corps d’Adam, mais interroge surtout sur le sens, l’orientation de son être : autrement dit : « Quel type d’homme es-tu devenu après ce que tu viens de faire, après ce masque de laideur dont tu viens de couvrir mon image en toi ? » Adam n’a pas cru en Dieu qui l’avait prévenu que manger du fruit de l’arbre symbolique de la connaissance du bien et du mal serait pour lui mortel. Ce faisant, il s’est dépouillé de sa ressemblance avec son créateur auquel il a voulu plutôt s’identifier. Pécher, faire le mal, c’est désobéir à Dieu, c’est prétendre prendre sa place. A la fête de la Pentecôte, nous avions médité sur l’esprit de Babel. Le serpent symbolise tous les faux dieux que l’homme se forge pour aller contre le vrai Dieu. Et c’est là effectivement que mène le péché, hors de Dieu, hors de soi, hors de l’homme dans sa dignité d’imago Dei.

Devant cette condition humaine éloignée, pervertie et dépouillée, le Chrétien avance avec comme seule assurance sa foi et sa confiance en Dieu qui n’est jamais lassé de miséricorde. Le vendredi dernier, nous avons célébré la fête du Sacré-Cœur de Jésus. En cette grande fête, nous avons pu a contempler le cœur doux et humble, ce cœur miséricordieux du Christ qui se penche sur tout être humain pour le relever. Nous avons pu lever les yeux vers lui et demander son salut.

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous avons vu le Christ face à un vrai combat spirituel, affronté aux puissances qui asservissent l’homme et s’opposent à son œuvre de libération. Et cela vient de toute part, aussi bien de sa famille que de ses ennemis. Ils manquent de discernement et se méprennent sur l’identité de Jésus, sa famille le traite de traite de fou, et les scribes de « possédé par Belzébul ». Jésus relève la perversité de cette accusation qui vise à brouiller les pistes de son combat contre les forces du mal. Les scribes, jaloux de sa renommée et de son influence de plus en plus grandissante, pensaient avoir trouvé là le meilleur argument de rejeter radicalement son origine divine. Idée insensée : comment Satan peut-il s’en prendre à Satan ? Confondre ce qui vient de Dieu et ce qui vient du démon est pour Jésus péché contre l’Esprit, le péché le plus grave, le péché impardonnable. C’est la perte de toute valeur, la perte du bon sens. C’est persister dans la lutte contre le bien. Il semble qu’il existe des cérémonies occultes où on promet ne jamais faire le bien dans sa vie. On vit dans le mal, on s’y installe, on persévère, et le comble on le justifie. On se ferme à toutes les issues possibles de la grâce. Et c’est là que ce péché devient impardonnable parce qu’il rend l’homme opaque à toute action divine.
Chers amis, nous vivons dans un monde où prolifèrent de plus en plus des idéologies de tous genres, créant ici et là déroute, déstabilisation, trouble totale. Un prélat de ce pays disait qu’aujourd’hui, ce qui est tabou, c’est l’idée de Dieu. C’est une idée à laquelle il faut penser le moins. Et parfois comme Jésus, l’hostilité ne vient pas toujours de si loin. Parfois, c’est parmi ses amis, ses collègues, ou même les membres de sa famille que se dresse un étendard contre la grâce de l’Esprit que nous voulons faire fructifier en nous. N’ayons pas peur. Nous pourrons être traités de rétrogrades, de superstitieux. Quand des gens nous verrons prier, adorer le Saint Sacrement, réciter le chapelet, aller à la messe tous les dimanches, on vous dira que c’est une spiritualité du Moyen-âge. Mais dans le temps, c’est ça qui a sauvé le monde. Et donc n’ayons pas peur. Le Christ l’a subi avant nous et nous rassure aujourd’hui qu’il n’est pas difficile d’être de sa famille : « Celui qui fait la volonté de mon Père, il est pour moi un frère, une sœur, une mère ».