Lundi 19 février 2018

Homélie du dimanche 18 février 2018 - Saint Quay Portrieux Enregistrer au format PDF

1er dimanche de Carême

Homélie du premier dimanche de Carême (Gn 9, 8-15 ; 1 P 3, 18-22 ; Mc 1, 12-15)

Frères et sœurs, Depuis mercredi, avec l’Église universelle, nous nous sommes embarqués pour une fois encore dans une grande aventure spirituelle. C’est le Carême. C’est le temps de grâce par excellence pour refaire notre amitié avec Dieu et avec nos frères et sœurs. C’est le temps de remise à niveau à tous les niveaux de notre vie. La célébration des cendres nous a déjà initiés par rapport aux efforts de conversion et de réconciliation de ce temps précieux. En ce premier dimanche, le choix des lectures nous donnent encore une idée de ce que doivent être pour nous ces semaines de méditation et de pénitence. Les efforts qui nous sont demandés, les sacrifices auxquels nous allons consentir et que nous avons promis de réaliser en recevant les Cendres, toutes ces dispositions de pénitence exogènes et endogènes n’ont d’autre but que celui de nous faire pénétrer dans le mystère même du Christ, que nous allons suivre de plus près sur ce chemin humiliant et douloureux qui le conduit à la Croix. Nous venons d’écouter un extrait de l’évangile de Marc, relativement bref par rapport au récit auquel nous sommes habitués et que nous lisons dans les autres synoptiques. Mais l’essentiel y est dit. C’est l’événement inaugural du ministère public du Christ. Aussitôt après son baptême au Jourdain, Jésus, poussé par l’Esprit va au désert. Et il y demeure 40 jours. Nous pouvons nous arrêter un instant sur le sens de ces deux éléments : 40 jours : c’est un chiffre qui nous rappelle beaucoup d’événements dans l’Ancien Testament et qui sont de fait en lien avec le temps que nous vivons : ce sont les 40 jours du déluge, les 40 jours de marche du prophète Élie à la rencontre du Seigneur, les 40 jours de Moïse au Mont Sinaï où il reçut les tables de la Loi, les 40 jours de jeûne et de pénitence des habitants de Ninive suite à la prédication de Jonas… Par analogie, nous avons aussi les 40 ans de longue marche du peuple élu à travers le désert, les 400 ans de servitude au pays d’Égypte. Le désert : il a aussi une place très importante dans les Saintes Écritures. Déjà à la création, dès que Dieu fit le ciel et la terre, tout était encore désert avant qu’il ne décide de le peupler d’êtres vivants, Élie fuyant la vengeance de la reine Jézabel, s’était enfui dans le désert. Nous avons encore la traversée du désert par le peuple Juif. Dans le Nouveau Testament, nous pouvons entendre la voix de Jean-Baptiste à travers le désert, prêchant pour la conversion en vue d’accueillir le Messie… Pour Jésus, le désert est un lieu stratégique. Dans le récit que nous avons aujourd’hui, l’expérience du désert lui est très importante tout au début de son ministère. Le désert, c’est le lieu aride où on manque de tout. Jésus a également fait l’expérience de ce manque : en 40 jours, sans pain ni eau, il eut faim et soif. Il devait aussi avoir à redouter la compagnie des animaux sauvages. C’est au cœur de cette infortune que le diable s’emmène. Usant de toutes ses ruses, il soumet à de dures épreuves. Mais le désert n’est pas que cohabitation avec le monde des ténèbres. L’Évangile nous dit que les anges le servaient. Et bien évidemment, son Père des Cieux était avec lui. Voilà pourquoi les multiples tentations de la nature et du diable n’ont pu avoir de raison sur lui. Chers amis, en dépit de tout, le séjour de Jésus au désert est fascinant. Il donne le goût d’entrer nous aussi dans le silence, dans une pareille communion avec la nature qui n’est pas malfaisante, dans cette solitude qui nous permet de nous redonner à nous-mêmes. Au désert, on est en face de soi. Il y a l’écho. On s’entend, on se voit de l’extérieur et de l’intérieur. On communique avec soi-même, avec la nature, avec Dieu qui nous donne la force de résister au tentateur. Au cœur de nos occupations journalières parfois très chargées, au cœur du bruit et de la vie qui nous entourent, au cœur de soucis parfois difficiles à gérer, au cœurs des joies parfois trop éclatantes pour le temps, qu’il est bien beau et profitable pour nous de créer un désert, pour pouvoir retrouver aussi ce calme extérieur et intérieur, cette attention profonde à notre cœur, aux êtres qui nous entourent, à Dieu ? L’évangile du mercredi nous a la recette : « entre dans ta chambre, ferme la porte, et parle à ton père dans le secret ». 40 jours de grâce pour nous retrouver et retrouver Dieu, pour vivre une vraie conversion dans l’intimité et le secret personnels. 40 jours de grâce, c’est une occasion pour rappeler le chemin qui mène à l’église, pour nous rappeler la prière du Pater, l’Ave Maria, les bénédicités… c’est une occasion pour faire tomber le mur qui nous sépare du voisin, du frère ou sœur de sang ou de service pour pouvoir enfin se saluer et se communiquer la chaleur humaine, c’est peut-être aussi le moment pour se décider à penser aux pauvres : Nous avons beaucoup de services de l’Église qui peuvent nous aider à bien les atteindre… Le carême enfin et surtout, c’est peut-être l’occasion pour découvrir le cœur doux et aimant de Dieu qui se dévoue à la recherche de sa créature. La première lecture nous montré cet amour fou dans l’alliance que le Seigneur a conclu une fois encore avec son peuple dans le fameux arc-en-ciel, signe de la résolution du Seigneur à ne plus se décourager de son peuple. Chers amis, de tout notre être, accourons vers cette source inépuisable de l’amour et de la miséricorde de Dieu. Prenons la main que Dieu nous tend. Allons à lui dans les déserts de nos vies et abandonnons-nous à sa providence infinie.

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