Samedi 5 mai 2018 — Dernier ajout mercredi 23 mai 2018

Homélie pour les obsèques de l’abbé Yves Corbel Enregistrer au format PDF

Église St Pierre de Plélo- Vendredi 04 mai 2018

Comme tout le monde nous redoutons le départ, nous avons au cœur une espérance, celle de rejoindre le Dieu de la vie, celle de passer de la vie présente à la vie en Dieu.

Frères et sœurs,
Chers amis,

Ce sont les mots du dernier éditorial d’Yves écrit en octobre dernier pour évoquer la fête de la Toussaint … Et nous voici réunis en communauté diversifiée dans cette église pour exprimer notre reconnaissance et notre adieu au Père Yves Corbel.

Deux textes ponctuent cette célébration.

Tout d’abord, le témoignage de foi de l’apôtre Paul : « Avant tout, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée » (1 Co15,1)

En rappelant aux chrétiens de Corinthe cette annonce de la Bonne Nouvelle, il l’enracine dans ce qui lui a été transmis par les premiers disciples du Christ. Il l’enracine aussi dans les Écritures : cette Parole vivante et faite chair, qui s’est réalisée et accomplie en la personne de Jésus mort et ressuscité.

Par son expérience du Christ ressuscité sur le chemin de Damas, Paul est devenu un infatigable missionnaire et voyageur de l’Évangile.

Yves que nous accompagnons cet après-midi a été un homme de Dieu toujours en mouvement, toujours en projet. Les différents voyages qu’il a effectués dans de nombreux pays de notre monde et dont il a fait bénéficier des jeunes et des adultes ont été autant de moments d’ouverture à l’autre et d’occasions de puiser aux sources de la foi chrétienne notamment par les pèlerinages en Terre Sainte, en Grèce, en Turquie, à Rome. Il est resté également dans cette attitude de mouvement, signe de la Vie et de l’Espérance, jusqu’au dernier jour notamment par la lecture dont les deux derniers livres sont intitulés : « Le Miracle Spinoza et Le Sel de la Vie ».

Ce mouvement qui le projetait toujours en avant, qui le faisait renoncer à l’inévitable, plongeait ses racines dans cette foi au Christ héritée de ses parents, ancrée dans la pâte humaine aux accents du terroir et de la ruralité selon l’esprit de la Jeunesse Agricole Chrétienne qui a su former des générations d’hommes et de femmes responsables de leur devenir et témoin d’un Dieu qui vient à la rencontre des hommes pour les faire advenir à la joie de son Royaume. Ce mouvement était également entretenu par la rencontre mensuelle avec ses confrères du Groupe Évangile et Mission, lieu de relecture et de ressourcement. Seigneur, pour tout ce qu’Yves a reçu de toi dans cette vie et pour tout ce que nous avons reçu d’Yves, grâce à Toi, nous te disons MERCI.

Dans l’évangile qui vient d’être proclamé, Jésus laisse à ses disciples comme testament : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Animé de l’Esprit, le Christ donne sa vie librement en l’offrant à son Père sur la Croix, en continuant de nous nourrir de son Corps livré et de son Sang versé. Par cette double offrande qui est un même acte d’amour et d’abandon, le Christ souligne l’importance du décentrement et des relations vraies. Notre ami, Yves, alors qu’il était à la ferme de Kerprat avec ses parents, a entendu, comme le prophète Amos, l’appel de Dieu à le suivre, en s’engageant comme prêtre diocésain. Par les différentes missions qui lui furent confiées dans certaines paroisses du diocèse, il s’est efforcé d’être cet homme de Dieu proche des gens, à l’écoute de la vie, désireux de faire grandir les personnes humainement et spirituellement. Il l’a fait également en rassemblant au nom du Christ, le peuple des baptisés pour qu’il puisse être nourri du Pain de la Parole et du Pain de l’Eucharistie. Un prêtre diocésain est un pasteur proche d’un peuple. Comme le dit le Pape François : « être des pasteurs signifie croire chaque jour dans la grâce et dans la force qui nous viennent du Seigneur, malgré notre faiblesse, et assumer jusqu’au bout la responsabilité de marcher devant le troupeau. (…) Être des pasteurs veut aussi dire se disposer à marcher au milieu du troupeau et derrière lui, en étant capables d’écouter le récit silencieux de ceux qui souffrent et de soutenir le pas de celui qui craint de ne pas y arriver, attentifs à relever, à rassurer et à redonner espérance. Quand nous partageons avec les humbles, notre foi en ressort toujours fortifiée » (discours aux évêques italiens 19 septembre 2013).

Je voudrais terminer par évoquer le confrère qu’était Yves. Le Christ nous redonne ce commandement de l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Depuis 3 ans et demi, nous partagions notre quotidien au presbytère de Plérin. Yves s’est montré un homme plein de vie, plein de joie et de plein d’entrain. Jamais, il ne refusait de rendre service. Il fallait plutôt parfois le freiner. Et si une question technique ou pratique se posait le marteau et l’atelier n’étaient pas loin pour y trouver une solution. Il appréciait la convivialité et aimait la faire partager notamment en invitant à déjeuner à la Ville Andon, devenue comme sa 2e maison. Il s’est révélé un confrère rempli de l’Évangile, simple dans les relations, proche des personnes malades, heureux de participer chaque mois aux rencontres du Mouvement Chrétien des Retraités. Les paroissiens de Notre Dame de la Mer ont été heureux de le rencontrer et de le côtoyer. Seigneur, nous te disons Merci pour le témoignage de foi, de vie, de courage, de détermination et de joie dont Yves a rayonné en étant à la fois sel et lumière.

Enfin, je ne serai pas complet si j’oubliais le joueur de cartes et surtout son sens de l’humour. Jusqu’au bout, il a gardé ce trait de caractère, se servant même de cet humour pour parler de sa maladie et notamment de cette jambe qui lui faisait mal. C’est ainsi que vendredi dernier il racontait la blague suivante : « Un homme, un jour est venu me voir au presbytère pour me dire qu’il allait être amputée des 2 jambes. Et cet homme de me dire : Monsieur le Curé, je ne mettrai plus mes pieds dans votre église ! »

Chers amis, c’est avec toute cette vie remplie des grâces de l’amour de Dieu qu’Yves entre maintenant dans le Royaume de l’éternité. Rendons grâce à Dieu dans la prière de l’Eucharistie pour cette vie de service et prions les uns pour les autres pour poursuivre notre pèlerinage sur cette terre en continuant de tisser des liens d’amitié et de fraternité qui comblent le cœur de ce Dieu, Père de Jésus Le Christ.

Amen.

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