Lundi 30 avril 2018 — Dernier ajout lundi 7 mai 2018

Le début de la Vie … Enregistrer au format PDF

Témoignage de Annie Toupin, sage femme

Depuis le 18 janvier sont ouverts les états généraux de la bioéthique. Nous avons demandé à Annie Toupin, sage femme, de témoigner sur son vécu concernant le début de la vie.

Annie Toupin
Annie Toupin

Parlez nous de votre métier de sage femme

J’ai choisi ce métier par intérêt pour la condition des femmes dans ce moment si particulier de leur parcours de vie. La naissance est un moment « magique », merveilleux, notre rôle est d’accueillir la vie. C’est un événement familial important, nous devons l’accompagner.

Quand une jeune femme vient pour accoucher, nous l’accueillons avec sérénité et bienveillance L’accouchement reste un geste technique mais notre rôle est d’abord de mettre ces futurs parents en confiance et de les informer, d’échanger et de savoir entendre leurs souhaits. Cela se passe bien dans la plupart des cas mais il y a toujours une incertitude, il nous faut être très concentrées et très réactives si nécessaire.

J’interviens actuellement en anténatal et participe de ce fait au diagnostic anténatal, notamment les tests de détection de la trisomie 21.Ces tests sont proposés à tous futurs parents. C’est une proposition liée à l’évolution des découvertes scientifiques. Ces tests ne sont pas obligatoires. Après cette proposition et parfois ensuite si l’on découvre des risques plus élevés, il y a une réflexion avec les parents. Ces derniers gardent leur entière liberté de choix et quelque soit celui ci, nous sommes là pour les accompagner Quand on souhaite un enfant, c’est que l’on croit à la vie et certains parents sont confiants quelque soit les risques encourus.

Depuis 2006 nous proposons à tous les futurs parents un entretien prénatal. 40% des parents l’acceptent. Cet entretien non médical est un lieu d’écoute, d’échange et de préparation à leur vie de parents. Il est parfois un lieu de l’acceptation de l’enfant, car malgré les moyens contraceptifs actuels, un tiers des grossesses sont inopinées. Accepter l’enfant pour certains parents, demande un cheminement plus ou moins long.

Dans cet entretien il n’y a aucun jugement. Notre objectif est de mettre en place les conditions optima pour que l’enfant à venir soit aimé. Dans des situations familiales plus compliquées on étudie les possibilités de mettre en place des liens, des soutiens. Pendant la grossesse j’encourage les futurs parents à découvrir et développer chez eux deux qualités : la patience, et l’adaptation. La patience, il en faut pendant ces 9 mois (seule ou en couple) et il en faudra plus tard avec les enfants. L’adaptation car il y aura des imprévus et leur vie devra s’adapter en fonction de ce petit être à venir.

Dans la plupart des cas tout se passe bien, mais il y a parfois des complications… Quand il y a vie il y a forcément risque de mort. En cas de détection d’une anomalie une équipe pluridisciplinaire composée : d’un gynécologue obstétricien, de sages femmes, de pédiatres, des généticiens, des anatomopathologistes, des spécialistes (cardiologue, chirurgien..) et des psychologues, se réunit afin d’affiner le diagnostic avant d’informer les parents.

Certaines grossesses pour différentes raisons médicales ne vont pas à terme, il y a mort fœtale. Nous accompagnons les parents afin qu’ils puissent faire le deuil de cet enfant. Nous leur permettons de voir leur enfant s’ils le désirent. Dans tous les cas nous prenons une photo car l’expérience nous montre que certains parents regrettent plus tard de ne pas avoir vu cet enfant.

Nous apportons beaucoup d’humanité dans ces moments douloureux. On sent que le profane et le sacré sont intimement liés. Dans le métier de sage femme nous accueillons la vie mais aussi nous devons faire face parfois à l’impondérable. Pour mettre un enfant au monde il y a bien sûr des gestes techniques. La technique continuera d’évoluer mais il importe de mettre l’humain au centre. Ce qui est essentiel c’est que cet enfant qui vient au monde soit bien accueilli et surtout qu’il soit aimé. C’est pourquoi sage femme est un métier « magique » et merveilleux.