Plaidoyer pro Judas

Par l’avocat commis d’office au Tribunal de l’Histoire
mercredi 16 avril 2014
par  Kerprat
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Mesdames, Messieurs les jurés, qui représentez tous les fidèles chrétiens méditant la Passion de Jésus, je comprends votre légitime émotion aujourd’hui, à ce procès de Judas l’Iscariote.

Il est accusé d’avoir trahi son Maître ; trahison, qualification abominable, la plus ignominieuse.
Trahison parce qu’appelé « Mon ami » par Jésus qui l’avait choisi, devenu donc
un consacré, promis à être un des douze piliers de la Bonne Nouvelle, et désormais défroqué ?
Il tenait la caisse, signe de confiance d’être chargé de la logistique.
On l’avait accusé, sans preuve, d’avoir pioché dans la caisse communautaire, il aurait détourné le denier du culte, cela reste à démontrer. Tout cela parce qu’il a trouvé excessif le parfum de Marie-Madeleine ?
Plus grave, connaissant les lieux fréquentés par Jésus, il a révélé à la police le lieu de sa retraite. Et pourquoi a-t-il révélé ce lieu du mont des Oliviers ?
Parce qu’il croyait en un Messie vraiment temporel qui l’a déçu. Etait-il le seul déçu ?
Le Sanhédrin ayant voulu entendre Jésus, Judas a simplement voulu forcer la convocation, exécuter en somme le mandat d’amener ; comme un simple auxiliaire de Justice.
Pouvait-il prévoir l’issue tragique ? Ce n’est pas aux forces d’occupation qu’il a livré Jésus, mais aux représentants de la Loi Mosaïque.
Mais venons-en aux faits.
Il reçoit une gratification des autorités religieuses . Il aimait certes l’argent, mais 30 deniers ce n’est pas un pont d’or.
Quand il voit la tournure des événements, la livraison de Jésus aux autorités romaines, la flagellation, l’humiliation du procès inique, la condamnation à mort, son sang ne fait qu’un tour. Il se rend compte qu’il s’est fourvoyé ou du moins qu’il a été abusé par le Sanhédrin. Il n’a jamais révélé la position de Jésus à Gethsémanie pour qu’il soit condamné, mais auditionné.
Et qu’est-ce qu’il fait Judas ? au lieu de pleurer amèrement comme certain, au chant du coq … il retourne vers le Grand prêtre, pour rendre l’argent. N’est-ce pas du repentir ? Il restitue les 30 deniers, non sans reprocher à ces scribes de s’être joués de lui.
A cette heure matinale du jour fatidique, les dés sont jetés … Jésus est condamné à mort, il va être conduit au Calvaire. Judas se sent responsable malgré lui, du poids de la vie de ce prophète en qui il a cru, et qu’il a suivi pendant 3 ans ; ce poids l’écrase, il panique, devient fou. Il y a de quoi perdre les pédales.
Et on connaît la suite, il met fin à ses jours pour périr avant le Sauveur. Il se châtie lui-même, bien sur il n’en a pas le droit, mais comprenons son désarroi, tenez compte de sa détresse.

Mesdames et Messieurs les jurés, l’heure est venue de ne pas céder à la vindicte populaire. On ne vous demande pas aujourd’hui de choisir entre Jésus et Barabbas, Jésus ou Judas.
Croyez-vous que la Miséricorde divine soit moins attentive à Judas qu’au larron ?
L’Histoire a fait de Judas un monstre, un pestiféré, symbole et paradigme de toutes les traitrises.
Au jardin d’Eden, Adam et Eve n’ont-ils pas trahi la confiance du Créateur en mangeant du fruit défendu ? entraînant l’humanité toute entière dans un péché originel, dont nous payons toujours les dividendes ?
Je ne vous demande pas de réhabiliter Judas, ce qui est écrit est écrit ; mais de lui accorder un bénéfice du doute, que son repentir, réel, et son dernier acte insensé ne soient pas jugés par les hommes, de quel droit pouvons-nous entrer dans sa conscience ?
Qu’il soit soumis à la Miséricorde de Dieu. Lui seul est autorisé à le faire.
Mesdames et Messieurs les Jurés, j’en appelle à votre conscience …. Qu’il repose en Paix.


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