La présence religieuse aux Armées pendant la Guerre 1914-1918

mercredi 23 avril 2014
par  Louis-Claude PATUREL
popularité : 2%

Le Concile de Ratisbonne en 742, avait autorisé la présence de religieux aux Armées pour le service divin. Devenue aumônerie militaire au fil du temps, elle est maintenue pendant des siècles, sauf durant la Révolution. Mais en 1880, elle est supprimée dans le flot des lois qui « laïcisent » de la société.

Et pourtant, malgré ces mesures anticléricales, les combattants du front vont pouvoir disposer de prêtres : Comment ? Quelle forme aura leur ministère ? Quelle sera leur perception de la guerre ?

 Comment pallier le manque d’aumôniers ?

« Le cléricalisme, voilà l’ennemi » avait dit Gambetta en 1877 et à partir de 1879, les « républicains-anticléricaux » au pouvoir, n’ont de cesse d’éliminer les religieux des congrégations qui, sous la protection du Concordat de 1799, tiennent une place importante dans la société : écoles, hospices, hôpitaux, prisons …

  • En 1880, cette laïcisation touche l’Armée par la suppression de l’aumônerie militaire. La loi garantit toutefois le libre exercice des cultes (catholique, protestant, israélite) et prévoit la présence de ministres du culte, « sans rang, ni grade », dans des conditions à déterminer … Elles ne le seront qu’en 1913.
  • Autre mesure anticléricale : la loi de 1889, qui institue un service militaire de trois ans, revient sur l’exemption de service dont bénéficiaient les séminaristes (comme les enseignants) et les oblige à effectuer un service militaire d’un an. En 1905, ils sont alignés sur le régime commun : on ricane « les curés, sac au dos ». En réalité, c’est cette loi qui va permettre de disposer dès 1914, de milliers de « prêtres-soldats ».
  • Le décret d’application de la Loi de 1880, sorti en 1913 (enfin !) affecte deux prêtres, un pasteur et un rabbin par groupe de brancardiers du corps d’armée et un prêtre par groupe divisionnaire ; soit au total, 4 prêtres pour 30 000 combattants, mais dans des unités médicales éloignées du front.

A la déclaration de la guerre, il n’existe qu’une centaine d’aumôniers dans les groupes de brancardiers et le ministre de la guerre va devoir faire appel à 250 prêtres volontaires, trop âgés pour être mobilisés. En réalité, la présence religieuse aux armées sera exercée par les milliers de « prêtres-soldats » mobilisés. Avec l’accord de leur colonel, ils seront désignés comme aumôniers régimentaires « officieux », et progressivement, en 1918, tous les régiments et la plupart des bataillons vont bénéficier d’un prêtre.

Ces prêtres se sentent isolés, faute d’une aumônerie rassembleuse. A leur demande, le Saint-Siège finira en 1917 par désigner deux évêques mobilisés comme « Inspecteurs ecclésiastiques aux Armées » mais Clemenceau ne voudra pas les reconnaitre. Finalement, ce sont seulement deux brochures : « Le Prêtre aux armées » et « Prêtre-soldat de France », qui vont contribuer à les guider et à unifier leur action.

Au total, en 1914, 25 000 prêtres et séminaristes sont mobilisés, ainsi que 9 000 religieux (beaucoup de membres des congrégations en exil sont revenus en France). A la fin de la guerre, l’Eglise donnera les chiffres de ses morts entre 1914 et 1918 : 1 800 prêtres, 1 300 séminaristes et 1 500 religieux.

Pour la Bretagne, 852 religieux ont été mobilisés : 92 prêtres et 55 séminaristes sont morts pour la France, 60 ont été blessés. Parmi les morts, le séminariste Emile Desbois, né à Plérin en 1892, affecté au 67e Régiment d’Infanterie et décédé le 8 septembre 1914 à Erizé la Grande Meuse.

  « Le Front, terre de mission »

Après une longue période de déchristianisation, le début de la guerre suscite un fort réveil religieux et les prêtres doivent d’abord assurer le culte pour répondre aux attentes des soldats : célébrer la messe (autels portatifs) et administrer les sacrements sont des priorités. Les messes sont très suivies, surtout les offices à la mémoire des morts. A la veille d’une attaque, les demandes de confession sont nombreuses.

Les jeunes prêtres, qui vivent dans les unités au contact direct des combattants, vont aussi prendre conscience de la déchristianisation et l’état d’ignorance religieuse des soldats. Cependant, certaines dévotions vont se développer : Jeanne d’Arc (béatifiée en 1909), La Vierge Marie, le Sacré-Cœur.
Par leur rayonnement, par leurs gestes de charité, par leurs paroles de foi et de patriotisme, les prêtres apportent aux combattants, un soutien moral considérable. Ils témoignent aussi au commandement de l’état des troupes, de son moral, de sa fatigue, une fatigue qui les touche également.
La place de l’aumônier soulève un débat récurrent : doit-il aider les brancardiers ou accueillir les blessés à l’arrivée de l’ambulance ? Doit-il s’exposer sur le champ de bataille auprès des combattants pour assister les mourants ? Chacun y répond à sa manière et les actes héroïques des prêtres ne manquent pas.

  Le regard des aumôniers sur la guerre

Les aumôniers vivent la guerre comme une terrible épreuve physique, morale et spirituelle. Le Père Schuller à Verdun dit « les visions lugubres de la bataille habitent mes rêves ». Les effroyables hécatombes impressionnent les prêtres et les marquent à jamais. Trois thèmes vont revenir dans leurs d’homélies :

  • La crainte de Dieu : la guerre est un châtiment divin envoyé par Dieu pour punir les hommes de leur impiété : il doit être compris, non pas comme une punition mais comme une épreuve salvatrice qui doit s’accompagner de la rédemption et du pardon.
  • La Passion du Christ : Le soldat chrétien qui meurt pour la France imite la Passion du Christ et le champ de bataille devient son Golgotha. Un aumônier dit : « Camarades, beaucoup vont mourir pour la France et paraître devant Dieu. Que ceux qui le désirent, s’inclinent. Ils vont recevoir le pardon de Dieu !  ». Le Père Bessières donnera pour titre à ses récits de guerre : « introïbo ad altare Dei  », c’est-à-dire les premiers mots de la prière du célébrant au début de la messe.
  • Le respect de l’ennemi : le conflit est parfois présenté comme une guerre juste et certains aumôniers justifient la guerre contre l’Allemagne comme une lutte livrée pour la Justice, le Droit, la Civilisation contre la « Barbarie ». D’autres aumôniers au contact des soldats dans les tranchées, sont plus modérés vis-à-vis des allemands qu’ils savent partager des conditions de vie analogues aux leurs. Par leur foi, leur vocation, leur culture, ils sont sensibles au respect de l’ennemi et au respect du Droit dans la guerre. Ils n’hésitent pas à rappeler que tout n’est pas permis à l’encontre de l’ennemi.

Pour tous ces prêtres, l’expérience de la Grande Guerre aura des répercussions profondes et durables. Ils ont côtoyé une partie de la population souvent absente des églises et bien des préjugés sont tombés de part et d’autre : les souffrances endurées en commun comme l’accompagnement spirituel et moral des soldats vont les ouvrir à de nouvelles méthodes pastorales. L’Action Catholique ou le scoutisme en bénéficieront par la suite.

Mais d’abord, il va s’agir de reconstruire les 3 500 édifices religieux détruits ou fortement endommagés par la guerre. Des reconstructions qui seront achevées pour l’essentiel, dans les dix années suivant la Grande Guerre. Quel travail considérable !

En Bretagne, beaucoup de vitraux de nos églises témoignent de l’action des prêtres sur les champs de bataille de la Grande Guerre : par exemple, à Tréguier, Guingamp, Dinan, Plouha, Plélo, Plouëzec, Pléneuf Val andré, Saint-Cast etc …

Sachons-nous y arrêter et honorer leur mémoire.

Source : Xavier Boniface : « L’aumônerie militaire française (1914-1962) »


Commentaires

La présence religieuse aux Armées pendant la Guerre 1914-1918
samedi 30 janvier 2016 à 02h00 - par  lebreton-moreau

Paroissienne occasionnelle du diocese de st brieuc j’y ai cherche sans trouver un article sur les aumoniers militaires bretons de 14-18 et sur les traces de cette guerre dans les eglises du 22. J ai finalement trouve votre contribution.
Connaissant la these de X Bonniface, c est surtout les derrières lignes qui m ’ ont interessee : celles ou vous signalez des vitraux dedies.
Cela fera un but de promenade pour de prochaines vacances.
En possedez vous une liste complete ? Si oui pourrez vous me la transmettre par mail
D’avance merci
Cordialement
ps : vous trouverez divers articles sur aumoniers et WWI sur le site du diocese aux armees francaises. Je n ai rien trouve non plus suite attentats sur site diocese st brieuc, peut etre ai je mal cherche, sur ce theme vous y trouverez ausi les homelies Mgr Ravel des messes pour victimes 13 nov 2015 et pour la paix.

La présence religieuse aux Armées pendant la Guerre 1914-1918
mardi 16 septembre 2014 à 16h20 - par  MASSON MichelJack

Bonjour,
pouvez-vous m’indiquer où je puis trouver des renseignements concernant deux prêtres aumôniers-militaires officiant à
l’hôpital auxiliaire n° : 292 au Perray -78- (localité : Le Perray-en-Yvelines aujourd’hui -78610-)durant la guerre de 1914-1918.
Je vous remercie par avance.
Michel Jack MASSON
Président de H.M.P.Y.
16-09-2014

Bouton Facebook Bouton Contact image Jésus
Bannière denier
Bannière RCF