De la mémoire de chair à la mémoire de pierre

jeudi 26 juin 2014
par  Bernard LE NEEL
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2014, célébration anniversaire pour mémoire :
Souvenons-nous :
1914 et le début de la Grande Guerre, il y a 100 ans
1944 et son Jour J, il y a 70 ans, le commencement de la fin de la guerre mondiale.

Depuis la disparition du dernier poilu français de 1914 en 2008, la mémoire de chair, les souvenirs de témoins vivants de cette guerre si meurtrière ne sont plus exprimés de vive voix. Ils étaient certes peu loquaces ces Poilus sur leur vécu dans les tranchées ; leurs descendants n’en garderont que quelques confidences.

Les combattants de la « dernière guerre », ainsi désignons-nous la guerre de 39-45, deviennent personnages rares. Leur grand âge ne leur permet d’évoquer que quelques souvenirs, mais pour combien de temps encore ; nous les avons vus lors des cérémonies de Normandie le 6 juin dernier. C’est avec peine que l’on sent que cette mémoire vivante, mémoire de chair, va disparaître. L’évocation de faits exceptionnels : vies de combattants, récits de témoins directs a une valeur intemporelle, donc inestimable, car c’est de l’Histoire, et de l’Histoire vécue et racontée par ses propres acteurs.

Même si des films, et des enregistrements de leur témoignage conserveront la trace de leurs faits et gestes, force est d’admettre que bientôt la mémoire de chair de cette époque sera tarie. Ce ne seront plus que des souvenirs de seconde main.

Une autre source de mémoire prend alors le relais de ce devoir de mémoire, la mémoire de pierre. L’Égypte, la Grèce, Rome, ou la Chine, entre autres, ont gardé intacts de splendides monuments, porteurs de Culture ancienne, rendons justice que cela continue à être respecté, et admiré.

Il n’en pas toujours été ainsi partout. Le sens du Patrimoine et la conscience de sa valeur ne datent que de quelques siècles.
A l’origine comme l’indique son étymologie, patrimoine, patri monium, est l’héritage venant du père, un apport du père, comme testis monium, apport du témoin, force du témoignage.
Patrimoine, témoignage, même symbolisme.
Doté de majuscule, le Patrimoine a ses journées, et une signification plus étendue, il embrasse désormais tous les domaines de la Culture, l’Histoire et les Arts, telles sont ses lettres de noblesse.
Ce nouvel aspect du Patrimoine , quittant son sens individuel, date surtout de la Révolution Française, malgré les folles destruction de tant de biens, quand les biens du Clergé devinrent publics. l’Abbé Grégoire ne dira-t-il pas en 1794 :
« les barbares et les ’esclaves détestent les sciences et détruisent les monuments de l’art. Les hommes libres les aiment et les conservent. »
Au cours du XIXe siècle plusieurs mesures sont prises pour règlementer la protection des biens remarquables, inscription à l’inventaire et classement par les Beaux Arts etc…
Depuis, et récemment, la valeur du Patrimoine s’est mondialisée, consacrée valeur universelle de l’Humanité, merci UNESCO.
Cette valeur s’appuyant sur une richesse du passé, se veut aussi une projection dans l’avenir pour les futures générations. Un enjeu culturel, mais aussi social, économique, touristique.
Rappelons-nous l’émotion suscitée par la destruction des Bouddahs géants en Afghanistan en 2001 et les monuments historiques de Tombouctou et du Mali.

Maintenant, tout homme de la planète est héritier du Patrimoine commun, quel que soit le propriétaire, l’important étant de pouvoir l’admirer pour la valeur du travail antique effectué et la portée symbolique.

Pour illustrer ces propos, quoi de plus simple que de visionner nos monuments aux morts, notre Patrimoine patriotique ? Le sacrifice de ces jeunes hommes pour défendre la Patrie mérite notre regard, et notre reconnaissance.
La mémoire de chair n’est plus, mais leurs noms restent gravés dans la pierre, c’est notre mémoire de pierre.


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