Un Breton de 15 ans - Enfant-soldat à la Guerre

dimanche 13 juillet 2014
par  Bernard LE NEEL
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Jean-Corentin Carré, du Faouet, près de chez nous, s’est engagé sous une fausse identité pour aller au combat. Âgé de 15 ans, il ne pouvait être enrôlé, et c’est sous une fausse identité qu’il a donc été recruté.

2014-1914, voilà un siècle que le terrible conflit de la Grande Guerre se déclenchait. Emile Gilles de Pontivy a relaté en 1919, les exploits de ce gamin dans son livre « Le Petit Poilu du Faouet ».
Comme le dit quelque part Salluste « S’il est beau de bien faire pour le service de la Patrie, il n’est pas indifférent non plus de bien dire ».
Alors le « bien dire » est de laisser parler les faits.

« Je ne me suis pas engagé pour faire parler de moi, pour qu’on dise celui-là est un brave, je préfère rester inconnu et je ne cherche que ma satisfaction personnelle du devoir accompli. […] La vie en elle-même n’est rien si elle n’est pas bien remplie. » C’est par ces mots, alors qu’il était au front, que Jean-Corentin Carré a résumé modestement son envie d’être un “ poilu ” .
En 1914, lorsqu’éclate le conflit, Jean-Corentin Carré n’est qu’un enfant du Faouët, un petit village près de Pontivy. Né en 1900 dans une famille modeste de journalier agricole, il se démarque par son intelligence et son esprit débrouillard. « C’était un élève brillant pour l’époque. Il a eu son certificat d’études à 12 ans avec les félicitations du jury ».
Il veut lui aussi défendre sa patrie et en découdre avec les Allemands, mais il est alors beaucoup trop jeune. Sa demande d’engagement volontaire est refusée par le maire du village. Jean-Corentin Carré ne se laisse pas pour autant décourager. En avril 1915, il explique à sa famille qu’il veut embarquer pour l’Amérique du Sud, mais c’est en fait à Pau qu’il pose ses bagages. Toujours décidé à porter l’uniforme, il se présente au bureau de recrutement sous le faux nom d’Auguste Duthoy. Pour ne pas éveiller les soupçons, il déclare être né à Rumigny dans le département des Ardennes, alors occupé par l’armée allemande. Aucune vérification n’est donc possible.
Dans son carnet de route où il consigne son vécu dans les tranchées, dans la Marne, il raconte ses premières reconnaissances en novembre 1915 : « Je sors tout seul, baïonnette au canon et cartouches dans les poches. Je traverse des tranchées démolies et pleines de cadavres que je suis obligé de piétiner. […] Je vois un Boche à cinquante mètres de moi courir dans la direction de ses lignes. Je tire, l’ombre continue à courir puis s’évanouit à mes yeux. […] Je rentre vivement et je vais rendre compte de ma mission au capitaine, qui me félicite. » Remarqué par ses supérieurs, il est nommé caporal puis sergent. Il est même cité à l’ordre du corps d’armée et obtient la croix de guerre.
Mais quelques jours avant son 17e anniversaire, le poids de sa fausse identité lui pèse trop et il décide de révéler la supercherie à son colonel par une lettre : « Je vous écris pour vous demander s’il me serait possible ayant l’âge réglementaire de reprendre mon véritable nom. […] Je ne suis pas plus patriote qu’un autre, mais je considère qu’un Français, lorsqu’il est assez fort pour faire un soldat, est un lâche s’il reste à l’arrière ».
Jean-Corentin Carré réintègre l’armée en février 1917, sous son vrai nom, et il est même promu adjudant. Désormais aguerri au combat dans les tranchées, le Breton souhaite rejoindre la prestigieuse aviation. Le petit paysan du Morbihan obtient son brevet de pilotage.
« Adjudant Carré Jean-Corentin, du 410e régiment d’infanterie, pilote à l’escadrille SO 229 attaqué par trois avions ennemis, le 18 mars, s’est défendu énergiquement jusqu’à ce que son appareil soit abattu, l’entraînant dans une mort glorieuse », résume sa troisième et ultime citation.
À la demande du ministère de l’Instruction publique, une affiche est même réalisée en 1919 pour célébrer sa gloire dans les salles de classe. Le but du gouvernement, ce n’était pas que tous les enfants fuguent pour rejoindre le front, mais que chacun reste à sa place. La propagande de guerre va exploiter quelques figures d’enfant-héros pour dire : « Vous êtes un peuple intrinsèquement héroïque, vous les enfants de France. Mais votre héroïsme à vous, il faut le mettre en application à votre place, c’est-à-dire à l’arrière, en étant de bons élèves, de bons fils, de bonne fille »,
La présence de ces jeunes soldats étonnent beaucoup plus les gens aujourd’hui que cela devait étonner à l’époque. Il ne faut pas oublier que lors de la guerre 14, les adolescents de 14-15 ans travaillaient déjà. Chez nous en Goëlo, ils étaient mousses sur les Goélettes.L’école n’était obligatoire que jusqu’à 13 ans.
Presque 100 ans après son engagement, Jean-Corentin Carré incarne à lui seul la mémoire de ces « adolescents combattants », Un symbole de courage et de patriotisme.

Mourir pour la Patrie
C’est le sort le plus beau …
Rouget de Lisle


PS :

Avec la complicité de Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24.


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