Questions à … Emmanuel, Isabelle et Benoît

Les défis pastoraux de la famille
jeudi 9 octobre 2014
par  Patrick BEGOS
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En novembre dernier, le Vatican a lancé, au niveau mondial, un questionnaire sur la famille pour préparer le prochain synode des évêques. Rencontre avec Benoît et Isabelle Gosselin, Emmanuel Briand, membres de la Pastorale de la Famille du diocèse.

Le prochain synode portera sur « les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ».
Les travaux démarreront en octobre 2014, ils s’appuieront sur les réponses au questionnaire diffusé aux fidèles en fin d’année 2013 (350 réponses en Côtes d’Armor). Les synthèses ont afflué à Rome, venant du monde entier.
Les grandes orientations du Synode ne seront connues qu’en octobre 2015. Le pape François devrait à cette occasion préciser les positions de l’Eglise dans l’annonce de l’Evangile aux familles.

 Que représente la famille pour les chrétiens ?

Les réponses soulignent l’importance de la famille pour le bonheur de chacun de ses membres mais aussi son éclatement, cause de grandes souffrances. La famille est un lieu d’amour pour les conjoints, pour les enfants. C’est aussi un lieu d’apprentissage de l’amour avec ses joies, ses épreuves, ses réussites, ses échecs. Les fidèles attendent, de la part de l’Eglise, un soutien de la vie familiale pour que celle-ci puisse davantage s’épanouir. La Pastorale familiale doit devenir force de proposition, de réflexion. Beaucoup font remarquer que, trop souvent, couples et familles sont seuls face aux épreuves.

 Le mariage doit-il être mieux préparé ?

La préparation au mariage doit être amplifiée et soignée. Beaucoup de ceux qui demandent un mariage religieux n’ont qu’une faible connaissance de ce que représente le sacrement du mariage car leur foi est souvent limitée et ils n’ont guère de relation personnelle avec le Christ.
Pour la préparation au mariage, on pourrait s’inspirer des pratiques du catéchuménat des adultes. Avec, comme à Lamballe, une première annonce de l’Evangile, en parallèle de la session de préparation. Cela permettrait une meilleure découverte de la foi chrétienne et du sens chrétien du mariage. Le mariage est l’aboutissement d’un cheminement.
L’enseignement de l’Eglise semble en décalage avec les choix des couples ?
Beaucoup de réponses au questionnaire soulignent ce décalage, notamment à propos de la contraception et des demandes que les divorcés-remariés adressent à l’Eglise à propos des sacrements de l’Eucharistie et de la réconciliation.
Le décalage entre l’encyclique et la réalité de la contraception vécue par les couples est souvent lié à un problème de langage, de communication. L’Eglise veut le bien de la personne, elle veut faire passer un message d’accueil de la vie, mais le vocabulaire utilisé est souvent lointain. Les textes longs et complexes doivent être simplifiés afin de rendre le message plus accessible. Personne ne remet en cause l’enseignement biblique. Beaucoup font remarquer que Jésus a des paroles plus sévères sur l’argent et son usage que sur la sexualité. Ils se demandent pourquoi on fait l’inverse aujourd’hui. L’Eglise doit proposer un cheminement où chacun puisse faire ce qu’il peut avec une notion de croissance de l’homme, du couple, de la famille.
Pour certains, la vie de la famille, sous ses aspects concrets, n’est pas réellement prise en compte, notamment le poids de la vie professionnelle alors que les enfants ados demandent beaucoup d’énergie et que les parents âgés réclament de la présence.
Les divorcés-remariés seront-ils entendus ?
Leur nombre augmente de manière continue. L’Eglise ne reconnaît pas les nouvelles unions du fait de l’indissolubilité du mariage, ce qui conduit à ne pas pouvoir recevoir les sacrements de l’Eucharistie et de la réconciliation. Cela entraine de l’incompréhension, des blessures, des souffrances, voire un sentiment d’exclusion chez certains qui pensent qu’ils n’ont plus leur place dans l’église. Faut-il s’inspirer des Eglises orthodoxes qui reconnaissent une deuxième union vécue dans un contexte de foi ? Un message doit leur être adressé associant l’accueil, la compréhension, la miséricorde tout en rappelant l’exigence de l’Eglise.

 Comment accueillir les unions de personnes de même sexe ?

C’est aussi l’une des interrogations des fidèles. L’Eglise demande de les accueillir sans jugement ni rejet. En même temps, l’Eglise ne peut pas renoncer à ses convictions concernant le mariage chrétien. Parallèlement, des parents dont un enfant est homosexuel sont souvent inquiets et vivent des situations douloureuses. On doit les aider à vivre cette situation dans une attitude juste. Quelles pastorales mettre en place pour toutes ces personnes ?

 Les enseignements de l’Eglise apparaissent souvent à contre-courant ?

Beaucoup de chrétiens s’interrogent car les lois produites par la société civile sont en opposition avec les positions de l’Eglise sur le mariage des personnes homosexuelles, le divorce par consentement mutuel, la contraception …
Dans notre société, la loi évolue régulièrement en fonction des pratiques sociales. L’Eglise présente la loi comme un objectif à réaliser, même s’il est très exigeant. Ses enseignements apparaissent souvent à l’opposé des pratiques habituelles. Il n’est pas facile, en particulier pour les jeunes, de se trouver ainsi à contre-courant. Ils ont besoin d’aide et de soutien pour ne pas se décourager.
Les adultes sont confrontés au problème du chômage, à la difficulté de trouver du travail au même endroit que son conjoint ou inversement à un excès de travail. Ces situations peuvent entraîner une « mise de côté » de la famille et de la pratique de la foi. Comment concilier itinéraire professionnel et famille ? Quel est le sens de ma vie ? Que puis-je faire pour m’améliorer ? Comment l’Eglise peut-elle m’aider, sans être à contre-courant ?

 La diversité des questions rend-elle les réponses plus complexes ?

Oui, mais le mouvement est lancé et avec le pape François, les malentendus seront vite atténués. il faut enraciner la famille dans la durée, prendre les gens où ils sont, les accompagner dans le temps, au rythme qu’ils souhaitent, les aider dans leur croissance.
Respecter les personnes, savoir écouter, saisir les joies et les difficultés. C’est un travail long et patient. Il faut à la fois aider les familles qui en veulent davantage au niveau spirituel et, en même temps, accompagner les blessés, les gens en situation de rupture. De belles choses se vivent au niveau du diocèse et sont sans doute insuffisamment mises en avant (voir aussi page suivante). Le bonheur, la joie des couples et des familles chrétiennes sont un signe crédible du message transmis par l’Eglise.

 Quelles sont vos attentes plus personnelles par rapport à ce Synode ?

Emmanuel : Le Synode doit préciser les pistes en pastorale qui nous permettront de rejoindre les fidèles de manière simple. Nous attendons aussi des avancées sur les questions des divorcés-remariés, des messages de soutien et non des contraintes pour les personnes qui ont des difficultés. L’Eglise est catholique, ce qui veut dire universelle (en lieu et en temps). Les attentes des occidentaux diffèrent de celles d’autres continents. La question des divorcés remariés est brûlante chez les occidentaux qui souhaitent très majoritairement des ouvertures. Ce n’est pas une priorité dans des pays où l’on « lutte » contre la polygamie. Dans les pays pauvres, les problématiques sociales, économiques et éducatives des familles sont davantage prioritaires. Cependant, quelles que soient les régions, il apparaît finalement que ces différents thèmes sont étroitement liés.
Dans ce synode, il faut probablement s’attendre à des évolutions dans l’approche, dans le discours, dans la pastorale, mais il faudra du temps, l’enseignement de l’Eglise s’inscrit dans une histoire très longue.

Isabelle : L’Eglise doit se révéler sous une forme plus simple. Les familles attendent une simplicité de langage, un regard renouvelé sur l’amour, sur le couple, la beauté de la famille. L’Eglise doit susciter cet émerveillement.
Benoît : Ce retour à l’émerveillement de la beauté de la famille est un véritable défi face aux difficultés, aux blessures. On doit continuer à croire dans la famille. Rien n’est figé. Le bonheur pour tous doit être plus qu’une parole. Les choses simples de la vie doivent nous permettre de sortir de la morosité ambiante.


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