Les enfants et la mort : écouter et rassurer

lundi 7 novembre 2016
par  Patrick BEGOS, Roland Le GAL (Abbé)
popularité : 1%

Le décès d’un proche (grand-parent, oncle, tante,….) est souvent le premier contact d’un enfant avec la mort. La disparition d’un être cher peut être perturbante voire effrayante pour l’enfant. Comment vivre ces situations ? Entretien avec le Père Roland.

 Quand un proche meurt, les parents ont parfois tendance à éloigner les enfants. Est-ce la solution ?

L’enfant comprend en général ce qui se passe. Il sent que rien ne se déroule comme d’habitude, il peut ne pas aller à l’école, Papa et Maman ne vont pas au travail. Il ne faut pas lui cacher la situation mais lui parler vrai, sans évacuer le mot mort, car nous sommes face à un processus naturel. Par contre, le langage peut être imagé. Employer des termes comme « il est parti en voyage, il est parti au ciel, il s’est endormi… » peut être à double tranchant car la réponse peut paraître ambigüe aux yeux de l’enfant. La personne décédée est réellement morte et l’enfant doit en être informé.
Si l’enfant veut voir le défunt, il faut répondre à sa demande et l’accompagner après l’avoir préparé. Quand un membre de la famille proche est gravement malade, il faut également préparer l’enfant à ce qu’un jour cette personne puisse nous quitter. C’est le cycle de la vie et l’enfant mesure que cette vie est fragile.

 Nous transmettons souvent aux enfants nos craintes d’adultes face à la mort ?

En effet, la mort est souvent taboue et cachée. Il y a un paradoxe entre ce que l’on vit et ce qu’on ressent. Des gens meurent tous les jours de manière violente et nous sont présentés dans les médias. Mais dès que la mort nous touche de près, on la cache dans des centres funéraires dissimulés dans des zones discrètes.
Face à l’enfant, il ne faut pas cacher sa tristesse. Pleurer devant lui ne pose pas problème à condition d’exprimer sous forme de mots ce pourquoi on pleure. L’enfant doit sentir qu’il n’est pas responsable de la mort, qu’il n’est pas en danger, qu’on ne va pas l’oublier mais continuer à penser à lui. Il a besoin d’être rassuré.
Pour les enfants plus grands, on s’appuiera davantage sur le cœur du mystère pascal. Le Christ est mort le Vendredi saint. Il n’est ressuscité que le dimanche de Pâques. Du vendredi au dimanche matin, il n’est plus qu’un mort.

 L’enfant doit-il participer aux funérailles ?

Comme l’adulte, l’enfant doit pouvoir faire son processus de deuil. S’il le souhaite, sa présence aux funérailles sera la bienvenue. De même, le faire participer à la cérémonie par une bougie, une rose, une lecture… donnera l’occasion de lui expliquer à nouveau ce qui se passe. L’équipe funérailles sera attentive à la demande des enfants, à oser parfois sortir de la routine d’un rituel bien cadré en leur proposant d’être acteurs lors des funérailles.
Après la cérémonie, le dialogue doit se poursuivre en essayant de répondre à ses questions. Un passage au cimetière devant la tombe ou la stèle du columbarium offre la possibilité de « faire mémoire ». Ou, à la maison, une rose déposée par l’enfant près de la photo du défunt.

 La fête de la Toussaint offre l’opportunité de se souvenir ?

Ce devrait être le 2 novembre, jour des défunts. Mais dans la mémoire collective, la Toussaint demeure le jour des morts. Ainsi, c’est l’occasion de faire un geste pour se souvenir, de dire que l’on pense encore à la personne défunte. Notamment pour les enfants qui n’ont pas pu participer aux funérailles. Que l’on soit jeune ou adulte, la Toussaint peut aider à traverser l’épreuve d’un deuil et à retrouver le chemin de l’espérance.

 Comment expliquer ce qui se passe après la mort ?

Certaines familles disent à leurs enfants qu’après la mort c’est fini. Par contre, dans d’autres familles où il y a une dynamique de foi, on peut faire appel à un langage imagé. Par exemple, en s’appuyant sur un extrait d’Évangile : le grain de blé doit mourir pour donner la vie, un nouvel épi. (Jn12,24)
Parler de Dieu comme de l’ordre de l’Invisible est plus complexe pour les enfants. Marie-Madeleine et les disciples d’Emmaüs ont eu besoin d’un signe pour reconnaître Jésus. Le corps s’en va mais l’esprit continue à vivre autrement. La foi nous permet de croire que Dieu accueille tout ce qui a été souffle de vie de la personne dans son pèlerinage terrestre.
On peut aussi s’appuyer sur des livres, des contes pour expliquer aux enfants ce qui se passe. Dialoguer au sein de la famille permet d’avancer, de ne pas rester polarisé sur la mort. S’interroger sur le sens de la vie permet aussi de déboucher sur les questions liées à la foi. Parfois, c’est au sein d’un groupe de catéchèse qu’on arrive à éduquer, à libérer la parole, à partager les émotions en saisissant les opportunités qui se présentent à l’occasion du décès d’un proche d’un enfant du groupe.

 Comment réagir face à des enfants plus âgés ?

Les ados sont plus déstabilisés que les jeunes enfants par un décès car ils sont eux-mêmes en train de « mourir » en quittant l’enfance pour une stature d’adulte. Les adolescents ont une notion de toute puissance. Ils pensent qu’il ne peut rien leur arriver.
Chez les ados, la mort est à la fois sentiment d’échec et d’injustice. Il faut comprendre leur culture, s’adapter à leur style d’expression et les laisser exprimer leurs émotions. Ils sont très sensibles aux témoignages réellement vécus. Le dialogue peut s’engager avec un responsable, un confident, une confidente, à partir par exemple d’une musique…


PS :

Bibliographie :

  • Quelqu’un que tu aimais est mort. A. Auschitzka éd. Bayard/Centurion (dès 7 ans)
  • La croûte. Charlotte Moundlic.
  • Les questions des tout-petits sur la mort. Marie Aubinais.
  • L’enfant face à la mort d’un proche : en parler, l’écouter, le soutenir Patrick Ben Soussan et Isabelle Gravillon
  • Si on parlait de la mort Catherine Dolto
  • Le petit livre de la mort et de la vie Delphine Saulière

Pour les enfants :

  • Au revoir Blaireau. Suzanne Varley. éd. Gallimard Jeunesse (album enfant) et livre de poche
  • Grand-Père est mort Dominique de Saint Mars
  • Lucie est partie Sébastien Loth
  • Ma maman ourse est partie Réné Gouichoux

Commentaires

Bouton Facebook Bouton Contact image Jésus
image Synode
Bannière denier
Bannière RCF