… chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits …

Retour sur l’Evangile du 23 novembre 2014 pour la fête du Christ-Roi
lundi 1er décembre 2014
par  Associés des Filles du Saint-Esprit
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Une homélie pour la fête du Christ-Roi
(Roger Hebert, curé de Bellegarde sur Valserine, diocèse de Belley-Ars (01)

Quand j’étais à Bourg au service des jeunes, il m’arrivait d’être libre certains dimanches et d’aller remplacer un prêtre. C’est ainsi qu’un dimanche, je pars pour un petit village. Je me rappelle bien, il faisait un temps de chien, très froid et en plus ça pleuvait. Et moi, pour couronné le tout, j’étais terriblement enrhumé. J’avais besoin de me moucher, je fouille dans mes poches pour trouver mon mouchoir, j’ai dû faire un petit écart, la route était mouillée, il y avait de la boue, j’ai dérapé et je me suis trouvé dans le fossé. Petit accident pas grave du tout, mais impossible de sortir de ce fossé. J’étais encore à 2 ou 3 kilomètres du village. Je sors vite mes affaires de la voiture et je me dis qu’il y a bien des gens qui vont passer pour aller à la messe. De fait, des voitures passent, mais aucune ne s’arrête malgré mes signes. Je n’ai plus qu’une solution : finir à pieds et marcher le plus vite possible pour ne pas être trop en retard. J’arrive à l’église complètement trempé. Je me rappelle toujours quand je suis entré dans l’église, j’ai entendu des chuchotements un peu partout et j’ai bien compris qu’ils se disaient : « c’était le curé et on ne s’est pas arrêté, on ne l’a pas pris ! » J’ai bien vu à leur regard qu’ils étaient tous terriblement gênés : s’ils avaient su que c’était le curé qui était à pieds sous la pluie, ils se seraient forcément arrêtés !

C’est un peu ce qui se passe dans l’évangile, la 2° catégorie de personnes est très étonnée et dit à Jésus : « mais enfin, ce n’est pas possible, si on t’avait vu avoir faim, soif, être mal accueilli comme un étranger, mal habillé, malade ou en prison, on aurait fait quelque chose pour toi. C’est sûr qu’on ne t’aurait pas laissé comme ça !  » Les braves gens de la région de Bourg m’avaient laissé sous la pluie parce qu’ils ne m’avaient pas reconnu, et ces braves gens de l’évangile n’ont rien fait pour les pauvres qui les côtoyaient parce qu’ils n’avaient pas reconnu Jésus présent en eux.

Remarquez, je ne fais pas le malin, parce que moi, aussi, quand j’étais sur le chemin de Compostelle, il m’est arrivé, moi aussi, de ne pas reconnaître le Seigneur qui venait à moi à travers un homme au look particulier. Mon téléphone était déchargé et il fallait que je trouve de toute urgence une maison pour le recharger. Je prie en demandant au Seigneur de m’envoyer de braves gens qui me permettront de brancher mon téléphone chez eux. J’avais à peine fini ma prière qu’arrive une voiture pas en très bon état avec un gars qui sort, cheveux longs et sales, fumant le cigare à 8h du matin. Je me dis : « non, c’est pas possible que ce soir lui que tu m’envoies et je passe mon chemin. Et je me ravise en me disant, que je viens de prier pour trouver quelqu’un, un homme arrive alors que je suis perdu au milieu de nulle part et moi, à cause de son look, je me dis : non ça ne peut pas être lui ! C’est vraiment lamentable comme attitude. » Je suis revenu sur mes pas, j’ai sonné, il est venu et, non seulement, j’ai pu recharger mon téléphone, mais en plus il m’a fait une omelette, tellement il était content d’accueillir un pèlerin de Compostelle.

Vous voyez le plus simple, si on ne veut pas faire de gaffes, c’est de ne pas juger les gens sur leur apparence ; c’est de prendre les gars qui sont tout mouillés sous la pluie quand ils font des signes. C’est de faire quelque chose pour tous ceux qui ont faim, soif, ceux qui sont mal accueillis comme des étrangers, mal habillés, malades ou en prison.

  • Comment peut-on guérir de ces mauvaises habitudes que nous avons prises de ne pas faire grand chose pour ceux qui en auraient besoin ?
  • Comment guérir de toutes nos passivités qui nous rendent complices du mal ?
  • Comment arriver à reconnaître le Christ en eux ?

Je crois que, pour guérir, il nous faut un double traitement.

  • 1re partie du traitement : fréquenter encore plus le Christ. Parce que, pour le reconnaître, il faut d’abord bien le connaître ! Quelqu’un que vous connaissez bien, même quand il se déguise, vous arrivez à le connaître. Si on ne reconnaît pas le Christ sous les apparences des pauvres, c’est sûrement parce que nous ne le connaissons encore pas assez.
    Cette semaine l’évêque du Puy est mort des suites d’une longue maladie. Un prêtre a mis une très belle photo sur Facebook, cet évêque avait tenu à aller à Rome pour une grande célébration, il y a quelques mois, alors qu’il était déjà très affaibli. Sur cette photo, on voit le pape François, s’incliner profondément devant lui qui est en fauteuil roulant et lui embrasser son anneau épiscopal. L’évêque du Puy, « non, ce n’est pas à vous de faire ça, c’est à moi d’embrasser votre anneau, vous êtes le Pape ». Et le Pape lui répond, « en raison de vos souffrances, aujourd’hui, vous êtes le Christ qui vient à moi et moi, je ne suis que son serviteur ! » Il a tout compris le Pape François, il peut reconnaître le Christ dans cet évêque si affaibli par la maladie parce qu’il connaît vraiment le Christ. [1]
  • 2è partie du traitement : fréquenter toujours plus, les pauvres, les blessés de la vie pour arriver à reconnaître en eux la présence du Seigneur. Permettez-moi encore deux anecdotes. Lors d’un changement de paroisse, pour ma messe d’adieu, les gens avaient dit tellement de paroles émouvantes à mon égard que je me suis mis à pleurer. Il y avait là un enfant trisomique, William, qui n’aime pas voir les gens tristes. Alors, il est venu me chatouiller, mais avec ma couche de protection, je ne crains pas les chatouilles, donc je continuais à verser ma larme. Il m’a pris par le coup et m’a embrassé en me disant : « c’est pas grave Roger, tu verras, c’est pas grave ! ». Ce jour-là, j’ai eu fermement la conviction que c’était Jésus lui-même qui venait me rejoindre et qui me parlai par la bouche de William.

En effet, ce n’était pas grave de changer de paroisses, je pouvais partir dans la confiance ! Une autre fois, en prison, puisque je suis aumônier à la prison de Bourg, je visite un jeune détenu, nous parlons longuement et à la fin, comme je le fais toujours, je lui demande s’il veut que nous puissions prier ensemble. Il en est bien d’accord. Je prie donc pour lui à voix haute et je reprends dans ma prière tout ce qu’il m’a confié. Je termine par le Notre Père, il le prie avec moi, je le bénis et je me lève pour partir. Il me dit : « ah non, vous avez prié pour moi, maintenant, c’est à moi de prier pour vous », je peux vous dire pourtant qu’il n’était pas un pilier d’église avant d’entrer en prison ! Et il s’est mis à prier à voix haute en demandant au Seigneur de me bénir. Là encore, j’ai eu les larmes aux yeux, car j’entendais le Christ par la bouche d’un taulard me bénir, bénir mon ministère auprès des détenus.

Alors quel lien entre tout ça et le Christ-Roi ? Oh, c’est tout simple. Vous savez quand quelque chose est vraiment réussi, on dit : c’est royal. Eh bien, cet évangile et, je l’espère le commentaire que j’en ai fait, nous révèle que Jésus a une manière royale de nous aimer. Il ne nous aime pas d’en haut d’un amour écrasant. Il vient nous rencontrer dans ce qu’il y a de plus cassé, de plus blessé en nous. Et il nous offre son amour libérateur qui apporte la guérison en nous l’offrant par les plus pauvres. Oui, c’est vraiment royal d’être aimé de cette manière.



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