Questions… à un groupe multiculturel de chanteurs

lundi 26 janvier 2015
par  Patrick BEGOS
popularité : 1%

« Cœur à cœur sans frontières » fait vibrer le Légué.
Ils se retrouvent ensemble chaque semaine et aiment chanter. Au Légué, le chant est un outil d’intégration, de solidarité entre africains et autochtones, dans la joie et la simplicité.

de gauche à droite : Soeur Gertrude, Père Jean-Marie Le Trocquer, Chris et Isabelle.
de gauche à droite : Soeur Gertrude, Père Jean-Marie Le Trocquer, Chris et Isabelle.

En cette fin d’après-midi de samedi, la maison des Filles du St-Esprit au Légué résonne des chants de Noël accompagnés au djembé. Ambiance inhabituelle dans cette vénérable maison de sœurs âgées où règnent généralement le calme et la sérénité. En poussant la porte, on découvre un groupe d’une vingtaine de personnes, aux visages noirs ou blancs, en pleine répétition de chant. Rencontre avec quatre membres de ce groupe de chant : Sœur Gertrude, Père Jean-Marie Le Troquer, Isabelle et Chris.

 Comment s’est constitué votre groupe ?

« Les pères évêques du diocèse de St-Brieuc, Mgr Fruchaud et Mgr Moutel, nous ont confié à moi, prêtre, et à des laïcs, l’accompagnement des migrants, particulièrement les arrivants demandeurs d’asile », explique le Père Jean-Marie Le Troquer. « C’est dans ce cadre que l’équipe de la pastorale des migrants a remarqué que souvent les migrants africains avaient peu d’endroits où se retrouver ensemble pour prier et chanter, comme dans leur pays d’origine ».
C’est ainsi, spécialement à l’invitation de Sœur Juliette de la paroisse St-Vincent de Paul de St-Brieuc, qu’est né le petit groupe qui se rencontre, partage, chante et prie. La messe des peuples, chaque année en janvier, a été la première occasion de se manifester avec le groupe des portugais et les migrants d’autres pays (Angleterre, Vietnam, Sri Lanka, Madagascar….)"
Plusieurs événements ont contribué à souder la communauté. Les décès du frère de Sœur Gertrude au Nigeria, du frère de Fabienne au Congo Brazzaville et de la maman d’Ignace ont resserré le groupe, lors des cérémonies de commémoration. Une autre étape importante a été le baptême de Valérie, à la veillée pascale 2014 à Plérin où nous avons chanté. La dynamique s’est poursuivie par des messes chantées à Ploufragan et à Tréveneuc.

Le groupe de chanteurs en répétition
Le groupe de chanteurs en répétition

 Qui sont aujourd’hui les membres du groupe ?

Nous sommes environ vint-cinq. Au départ, il y avait une majorité d’Africains. Aujourd’hui, le groupe est constitué de 70 % d’Africains vivant autour de St-Brieuc, Plérin, Ploufragan, Lamballe et de 30 % d’autochtones . Nous sommes ouverts à tous, quelle que soit son origine, dans le respect et la solidarité. Le chant nous rassemble dans la diversité. Si quelqu’un a un problème, il peut le soumettre aux autres, chacun apporte sa réponse. « Par notre entraide et nos chants, nous nous situons au sein de l’Église », souligne Sœur Gertrude.
Avec un groupe qui s’étoffe, nous avons ressenti le besoin de créer une association (Cœur à cœur sans frontières) dont les statuts sont en cours de rédaction, sous la houlette de la future présidente Isabelle, de Plérin. Cette association basée sur le chant, le respect, la solidarité, répond à notre volonté d’être reconnus. Elle est aussi en lien avec la Communauté Évangélique, montrant ainsi le caractère œcuménique de notre groupe, ouvert à tous les peuples. Nous avons aussi chanté avec la communauté portugaise de St-Brieuc.

 En pratique, comment s’organisent vos répétitions ?

Au début, on se rassemblait tous les quinze jours. Maintenant, c’est chaque semaine, le samedi après-midi, à partir de 16 heures, dans la maison de la communauté des Filles du St Esprit, au Légué, qui est un peu notre quartier général, grâce à l’accueil très ouvert des sœurs. Nous préparons actuellement des chants de Noël [1] .

 Qui dirige le groupe ?

Eric est le chef de chœur, assisté de Jean-Claude et de Sœur Gertrude. Ces trois personnes choisissent généralement les chants. Nous chantons dans toutes les langues : en français bien sûr mais aussi en anglais, en Lingala( langue du Congo), en Igbo (langue du Nigeria), et peut être bientôt en breton pour être présent à la St-Yves à Tréguier. Chacun peut apporter des propositions de chants qui sont ensuite soumises au groupe. Les chants sont généralement accompagnés au djembé et aux maracas pour donner du rythme. Nous serions heureux d’accueillir d’autres instrumentistes.
Le chant favorise la rencontre. Après une répétition ou un rassemblement, nous avons du mal à nous quitter. Nous nous retrouvons régulièrement non seulement pour chanter mais aussi pour discuter et partager un repas, en famille, avec les conjoints et les enfants.
Nous souhaitons nous développer et nous faire inviter dans les paroisses pour « mettre de la joie ». Nous chanterons peut-être, début 2015, à Plérin et nous préparons la messe des peuples. Nous pouvons aussi répondre à quelques demandes pour chanter dans des maisons de retraite, des foyers de personnes âgées ou handicapées.

 A titre personnel, que vous apporte le groupe ?

« J’ai passé 18 ans aux USA. Je chantais dans une chorale du quartier noir de Denver, qui participait aux messes. Lors de mon retour en France, j’ai senti qu’on pouvait se retrouver seul lors des messes dans les églises alors que dans d’autres pays, on a vraiment la sensation de  »faire communauté« . Ce groupe m’apporte de la joie. C’est génial de pouvoir se retrouver cette ambiance », confie Isabelle.
« C’est un rêve qui se concrétise. Je souhaitais retrouver et partager cette ambiance africaine de joie à travers le chant », ajoute Sœur Gertrude. « Le groupe transmet les notions de solidarité, de lien familial et d’amitié ».
« C’est une expérience de communauté fraternelle à partir de gens différents les uns des autres et qui se rencontrent. Pour moi, cela a été comme l’ébauche d’une fondation pour l’église de Jésus Christ », souligne le Père Jean-Marie Le Troquer.
« J’apprécie beaucoup de participer à ce groupe. Cela nous fait du bien de nous retrouver ensemble, dans la joie », confie Chris. « Certaines communautés africaines étaient réticentes au départ par peur de tomber dans le communautarisme. Ce n’est pas le cas : à partir du noyau d’africains du début, le groupe s’est ouvert à toutes les races ».


[1NDLR : article prévu pour le bulletin de décembre 2014.


Commentaires

Bouton Facebook Bouton Contact image Jésus
image Synode
Bannière denier
Bannière RCF