Alexis, prêtre burkinabé en formation en Côtes d’Armor

lundi 15 juin 2015
par  Patrick BEGOS
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Alexis Some, 37 ans, prêtre du Burkina Faso, est en formation dans notre département depuis 2012.
A l’occasion d’un stage, il loge au presbytère de Plérin, en semaine.
Rencontre avec Alexis dont l’objectif est de participer à la création d’un lycée technique agricole dans son pays.

 Alexis, quel est votre parcours ?

Après des études au Petit Séminaire puis au Grand Séminaire (7 ans après le bac), j’ai été ordonné prêtre en 2007 dans mon diocèse de Diébougou, au Sud-Ouest du Burkina. Nous étions, cette année-là, 8 nouveaux prêtres ordonnés. J’ai été affecté comme formateur puis économe au Petit Séminaire diocésain.
Je suis arrivé en France en août 2012. Mon évêque souhaite que soit créé un lycée agricole dans le diocèse car la population rurale n’est pas formée et l’exode des jeunes est important. Ce projet découle de l’orientation pastorale diocésaine « Parole et Pain pour tous et par tous ». A travers ce projet, il s’agit de contribuer à l’auto-prise en charge des populations en leur donnant une formation intégrale. Le projet est au stade de la formation des enseignants et de la création des ateliers pratiques. L’objectif est de former de futurs agriculteurs en trois ans d’études après le brevet. La formation s’adressera aussi aux jeunes qui ont quitté l’école trop tôt et sont en dehors de tout système scolaire. Mon évêque m’a donc envoyé en France pour me former afin de pouvoir ensuite partager mes connaissances.

 Comment se déroule votre formation en France ?

L’adaptation au rythme et au climat a été difficile au début ; mais cela n’a pas trop influencé ma formation qui se passe bien. Mon accueil et ma formation ont été favorisés par le diocèse de St Brieuc, l’Entraide Trégastelloise et d’autres partenaires publics et privés. A tous, je redis ma reconnaissance.
Nous avons choisi des formations en Bretagne à cause du développement important de l’agriculture. J’ai d’abord fait un BTSA productions horticoles au Lycée Saint Ilan (2012-2014). Et cette année, je poursuis ma formation à l’Université Catholique de l’Ouest à Guingamp pour une licence professionnelle « Conseil en management des entreprises agricoles ». Je suis actuellement en stage au CEDAPA à Plérin. Autant que me permettent mes études, j’effectue mon ministère pastoral au service de la paroisse de Guingamp.

 Quand est prévu votre retour au pays ?

Mon retour est envisagé pour août 2015. Je m’attèlerai alors à la création des ateliers de production animale et végétale adaptés au contexte local. Au Burkina, les besoins alimentaires sont loin d’être satisfaits. Les ateliers seront orientés vers des cultures vivrières (sorgho, petit mil, igname, patate douce, fruits et légumes) et vers de petits élevages (volaille, chèvres, moutons…). Leur mise en place demande des moyens financiers, techniques, humains, du temps et de la patience.

 Comment est organisée l’Église dans votre diocèse au Burkina ?

L’Eglise est structurée en Communautés Chrétiennes de Base (CCB) dans chaque diocèse et paroisse. C’est l’image de l’Église comme Famille de Dieu qui sert de toile de fond à toute son organisation. A l’instar de la famille, chacun joue son rôle et est appelé à donner du sien pour la bonne marche de l’ensemble : lien aux autres, respect, cohésion, solidarité et fraternité. La pratique des fidèles est importante. Ils participent beaucoup aux célébrations dominicales et aux grandes fêtes religieuses qui sont vivantes, chantantes et parfois dansantes. Cette fervente, voire effervescente participation est peut-être le fruit de la jeunesse de l’Église et d’une foi qui s’enracine vraiment.
Au plan religieux, les musulmans sont plus nombreux que les chrétiens. Mais en fonction des régions, cette tendance peut s’inverser. Notons que dans certaines familles, il peut y avoir trois pratiques religieuses différentes. Et malgré cela, on s’entend bien, on se respecte, on s’accepte mutuellement.

 Les prêtres sont-ils plus nombreux que chez nous ?

Mon diocèse compte une centaine de prêtres pour environ 650 000 habitants. Dans une paroisse, on peut avoir de 2 à 5 prêtres vivant en équipe. Au petit séminaire où j’étais formateur, nous étions dix prêtres affectés à la formation. Presque chaque diocèse du Burkina a un petit séminaire et nous avons 4 grands séminaires dans le pays. Cela donne plus chance à l’éclosion des vocations. Par rapport aux Églises d’Europe, le Burkina a une Église jeune (un siècle d’évangélisation en 2000).
Des catéchistes laïcs formés (couples) assurent la catéchèse, l’animation de certaines activités pastorales dans les paroisses et villages. Ils sont épaulés par les séminaristes. Par exemple, dans la paroisse de Dissin, les séminaristes encadrent durant les vacances d’été, plus 600 scolaires pendant 2 semaines pour les préparer, par niveaux, aux sacrements et étapes catéchuménales. Cette préparation immédiate achève le travail accompli par les catéchistes durant l’année scolaire.
La mission est une dimension importante pour toute Église, pauvre ou riche. Mon évêque est sensible à cette question et a envoyé une dizaine de prêtres en mission « fidei donum » en Afrique comme en Europe. Ce sont des missions de trois ans renouvelables une fois.

 Quelle image retenez-vous de l’Église costarmoricaine ?

Je retiens l’image d’une Église qui se relève, qui s’adapte et qui espère. Les assemblées liturgiques sont belles même si le public habituel est âgé. La baisse de la pratique religieuse chez les plus jeunes est en partie liée à l’évolution de la société et à la crise à laquelle elle doit faire face.
Mais je suis très heureux de voir les efforts faits par les uns et les autres (évêque, prêtres, laïcs) pour apporter l’Evangile à tous et surtout aux personnes en situation difficile. Je note l’implication des laïcs dans l’animation et la gestion de nos communautés chrétiennes et humaines. Espérons que le prochain synode diocésain, placé sous le signe de l’espérance, insufflera encore plus de dynamisme et de joie dans nos communautés. C’est mon vœu et ma prière.

Le Burkina Faso en bref :
  • Superficie de 274 200 km2 soit environ la moitié de la France (Métropole) pour 16 millions d’habitants.
  • Un pays sans accès à la mer entouré du Mali au nord, du Niger à l’est, du Bénin au sud-est, du Togo et du Ghana au sud et de la Côte d’Ivoire au sud-ouest.
  • la capitale politique est Ouagadougou et la capitale économique Bobo-Dioulasso
  • politiquement, le pays est stable après les 27 ans de pouvoir de Blaise Compaoré. De nouvelles élections se dérouleront en octobre 2015.
  • religion (pas de statistiques officielles). Mais on estime que les animistes (religion traditionnelle) seraient les plus nombreux (45 %), les musulmans (35 %), les chrétiens (20 %).
Un pays essentiellement agricole
80 % de la population du Burkina Faso vit de l’agriculture. Les faibles rendements, les mauvaises pratiques et les aléas climatiques rendent la population rurale pauvre et fragile. Les petites exploitations fonctionnent avec beaucoup de main d’œuvre. Les aléas climatiques (pas assez ou trop de pluies) peuvent se traduire par l’absence de revenu certaines années, voire des famines. Dans la commune de Dissin où sera créé le lycée agricole, 92 % de la population vit de l’agriculture. Les terres sont d’assez bonne qualité mais sous-exploitées. L’élevage de type extensif (quelques animaux par famille) nécessite un changement fondamental dans les pratiques. Le lycée doit devenir un pôle de développement agricole puis un centre de recherche participant à l’acclimatation de nouvelles espèces végétales et au progrès génétique. L’objectif est d’arriver à l’autosuffisance alimentaire.
Le volet social du projet permettra de :
  • réduire certains maux comme l’exode rural vers les grandes villes et les pays voisins.
  • d’installer des jeunes dans les exploitations,
  • de réduire l’expansion du VIH-sida qui peut atteindre des jeunes dans leur aventure migratoire.
  • de limiter le travail des enfants. 57 % des enfants de 5 à 14 ans travaillent. La scolarisation serait un moyen de soustraire ces enfants au travail et de les préparer à l’avenir.

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