Voyage en Arménie, première nation chrétienne (1re partie)

jeudi 16 juillet 2015
par  Patrick BEGOS
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Jean et Anne Neillo, de St Laurent-Plérin, ont participé avec Terre Entière à un voyage en Arménie orienté sur la connaissance de la religion de ce pays. Ils témoignent.

L’Arménie a été la première nation à adopter le christianisme comme religion officielle au tout début du IVe siècle où dit-on « le tout-puissant établit le paradis terrestre ». L’Arménie, un petit pays, peuplé de 3 360 000 habitants, chrétiens à 90% répartis sur 29800 km2. Aujourd’hui, le pays a été amputé à l’ouest par la Turquie où s’élève le Mont Ararat (5 160 m) dont les neiges éternelles garderaient les vestiges bibliques de l’Arche de Noé, et à l’est par l’Azerbaïdjan.

Aller en Arménie c’est découvrir les racines du christianisme et s’imprégner de la foi des arméniens : « Le christianisme, c’est comme notre peau que personne ne pourra nous arracher » disait le chevalier Mamikonian haranguant ses troupes le 2 juin 451, la veille de la bataille contre le Shah de Perse, à Avar Aïr. Une telle profession de foi invite à s’interroger : peut-on être arménien sans être chrétien, ou plus précisément, sans appartenir à l’Église apostolique arménienne ? Avant d’être acquis au Verbe chrétien, les arméniens adoraient une foule de dieux tels Mithra, dieu perse, Vahagn, vainqueur de grand dragon, la déesse Anahit, mère de toute pureté dont le culte connaîtra une grande diffusion en Arménie.

 L’arrivée des premiers chrétiens

C’est dans ce contexte que les premiers chrétiens arrivent clandestinement en Arménie, quelques membres qui seraient venus de Judée. La pénétration du christianisme soumise à des violentes persécutions est de type syriaque. Elle s’opère par le sud du pays et s’organise en petites communautés, visitées par les missionnaires d’Edesse et d’Antioche, en lien avec le royaume de Judée, témoins des prédications du Christ. Le pays est alors étendu de la Mésopotamie à la Cappadoce.

Peu après la Résurrection et l’Ascension du Christ, deux apôtres : Thaddée (Jude) en 35 et Bartholomée en 38, rejoignent les communautés. Leurs prédications et les guérisons miraculeuses sont l’origine de nombreuses et rapides conversions. Ces deux Apôtres du Christ sont ainsi désignés comme les deux premiers illuminateurs apportant la nouvelle lumière de l’Evangile. Ainsi, l’Eglise arménienne est qualifiée d’origine apostolique.

Au début du christianisme, païens et chrétiens auraient donc cohabité. Mais rapidement, les chrétiens sont persécutés. Thaddée et Bartholomé sont martyrisés vers 68, sous les régimes de rois tyrans, ce qui provoque un frein aux conversions, surtout dans les campagnes avec le retour de l’idolâtrie. Les rois entretiennent la haine des chrétiens. Réfugié en Cappadoce en expiation du crime régicide perpétré par son père, Grégoire y reçoit une éducation chrétienne. De retour en Arménie à la fin de 3è siècle, il se met au service du roi Tiridate III, mais celui-ci n’apprécie pas son prosélytisme et son refus de vénérer la statue de la déesse Anahit. Ce qui lui vaut d’être persécuté. Il le fait enfermer dans une fosse profonde (toujours visible) à Khor Virap, près du Mt Ararat. Il y restera 14 ans.

 Première nation chrétienne en 301

L’auteur Moïse de Korène rapporte dans ses écrits que le roi fait preuve de cruauté envers ses sujets chrétiens. Il devient fou, il se prend pour un fauve après avoir fait subir le martyre à deux jeunes religieuses romaines qui refusaient ses avances et à 36 autres vierges. Il est châtié. Il fait alors sortir Grégoire de sa fosse qui seul peut lui faire retrouver la raison et lui procurer « l’illumination ». Une guérison miraculeuse dont le roi, en remerciement et reconnaissance, embrasse la religion chrétienne en 301. Tiridate se convertit et impose sa nouvelle foi au pays. Il fait détruire tous les temples païens et leurs idoles. En réalité, seule l’élite intellectuelle avait été convertie. Le peuple, princes et paysans confondus, n’avait aucune idée de la foi nouvelle. Il est resté imprégné des vielles traditions païennes célébrant leurs dieux.

Grégoire est consacré patriarche d’Arménie par l’Archevêque de Cappadoce et fait ériger la cathédrale d’Etchmiadzine qui reste à ce jour le Saint Siège du Catholicos. Ainsi, l’Arménie devient le premier pays à adopter le christianisme comme religion d’Etat. Grégoire et ses successeurs fonderont les premières églises.

Dès les Ve et VIe siècles, les arméniens, convertis au christianisme, inscrivent leur histoire nationale dans la continuité de la tradition biblique malgré la résistance de certaines contrées. En 348, le Patriarche Saint Yusik, petit-fils de Grégoire, fut tué à coup de bâtons sur ordre du roi Archach II, et le paganisme renaît dans les campagnes. Pour accéder au message biblique, il fallait que tous puissent l’entendre. C’est alors, qu’un moine nommé Machtots traduit l’Ancien Testament en arménien et crée en 406 un alphabet (toujours en vigueur) compréhensible par tous. Machtots et ses disciples, allant de village en village, vont parcourir le pays pour diffuser le message biblique, enseignant les enfants qu’ils imprégnaient de la culture biblique.
Photo Eglise arménie
Aujourd’hui, l’Eglise apostolique arménienne compte deux Catholicosats : l’un à Etchmiadzine près de Yerevan, l’autre à Antalias au Liban qui jouissent d’une autorité spirituelle et constituent le point de référence des communautés arméniennes dans le monde dont la diaspora compterait plusieurs millions de fidèles.

Article rédigé par Jean Neillo.

Photo Khatchkar arménie


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