Questions à des professionnels et résidants de foyers de personnes handicapées

L’échange, le respect, la joie partagée … pour vivre ensemble « autrement »
lundi 4 janvier 2016
par  Patrick BEGOS
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Le mois dernier, le Père Roland nous a expliqué ce qu’est la fraternité et en quoi elle peut répondre aux défis actuels du vivre ensemble. Dans la continuité, pour illustrer ce thème de la fraternité, nous avons rencontré des professionnels et des résidants de Ker Spi à Plérin et du Courtil de l’Ic à Pordic.
Cette rencontre avec un des résidants du Courtil de l’Ic fera l’objet d’un autre article.

de GàD : Pierre Hérissard directeur Ker Spi - Jérôme aide médico spychologique - Thierry résidant

 Comment est né Ker Spi ?

L’idée de créer une association a germé dans l’esprit des parents militants en décembre 1987, en l’absence de structure existante dans le département. Les personnes handicapées IMC costarmoricaines étaient hébergées soit dans les structures du Finistère soit chez leurs parents souvent démunis ou en appartement, voire en structure type hospice en étant alité toute la journée. L’objectif était de créer un foyer d’accueil médicalisé en mettant en avant l’utilité sociale des personnes qui ne peuvent pas travailler et de donner ainsi à la population une autre image du handicap. En 1990, un accord de principe est donné et l’ouverture s’est faite au 1er aout 1992 avec au départ 21 places auquel se rajouteront en 1998 un accueil en appartement et plus récemment un habitat groupé à Trégueux de 5 pavillons pour 6 personnes afin d’offrir à ceux qui le désirent, une alternative à l’établissement.

 Aujourd’hui, quelle est la capacité d’accueil ?

Le Foyer Ker Spi, rue de la croix à Plérin offre 25 places en accueil médicalisé. Une petite résidence à Plérin propose 10 places en accompagnement de vie sociale. Globalement, 55 personnes assurent l’accompagnement 24h/24 et 365 jours par an. Le centre est géré par des administrateurs bénévoles.
Le foyer est ouvert sur l’extérieur et d’autres bénévoles interviennent ponctuellement. « Cette ouverture s’est par exemple concrétisée récemment avec l’organisation d’une exposition regroupant les œuvres d’artistes peignant de la bouche et du pied », souligne Pierre Hérissard, directeur. « Nous accueillons aussi des classes primaires dans le cadre de temps périscolaires et des étudiants de Maison Familiale qui travailleront ensuite dans le milieu social ».

 Comment se vit la fraternité à Ker Spi ?

« Je considère la fraternité dans une notion d’ensemble, d’entraide mutuelle. Je ne suis pas celui qui sait comment faire et qui doit aider l’autre, mais celui qui effectue un travail en commun avec toute l’équipe », explique Jérôme, accompagnateur, aide médico-psychologique. « Il n’y a pas de hiérarchie entre nous et surtout pas d’infantilisation de la personne handicapée. La fraternité, ce sont des professionnels qui interviennent avec une juste présence dans l’approche à l’autre ». Dans ce travail, l’éducateur s’engage.
Vous vous appuyez sur des valeurs communes ?
« Oui, la solidarité en matière d’éducation, d’accompagnement, de travail, de santé est vécue comme une nécessité. Toute notre action a pour objectif de rendre effective la reconnaissance de chacun comme auteur et acteur de son existence. La personne atteinte dans son corps, dans sa communication, apparaît au premier abord comme »étrange« . Face au constat de l’exclusion basée sur la différence physique, au regard posé sur la personne en situation de handicap souvent empreint de curiosité, de compassion, voire de rejet, l’éducation et la socialisation sont essentielles », souligne le directeur de Ker Spi.
Pierre Hérissard met en avant la notion de praticien-chercheur. « Praticien car on vit dans le concret de tous les jours auprès des résidants avec des décisions à prendre et chercheur car nous essayons d’analyser et d’améliorer nos pratiques ».
Nous attachons de l’importance à deux autres valeurs : l’intégration dans la cité et la volonté d’être ensemble dans l’action. L’intégration sociale est essentielle pour que le résidant puisse tendre vers plus d’autonomie et pour qu’il puisse prendre une place entière dans la société. D’où notre volonté d’ouverture sur l’extérieur.

 La pratique du vouvoiement entre résidants et professionnels surprend au premier abord ?

« Le vouvoiement des personnes résidantes n’est pas une façon de mettre de la distance mais de reconnaître son altérité : l’autre est égal à moi. Nous avons fait le choix du vouvoiement dès le départ, en citant d’abord le prénom du résidant », confie Pierre Hérissard.
« Au départ, j’ai eu quelques difficultés à m’y habituer. Aujourd’hui, je considère que le vouvoiement est valorisant », précise Thierry, résidant. « Le vouvoiement n’empêche pas de s’amuser, de se taquiner, dans la bonne humeur ».

 Concrètement, comment vit-on la notion d’utilité sociale ?

Chaque résidant met ses compétences au service des autres. Il est mis à contribution pour ce qu’il sait faire dans des tâches diverses. Les résidants ont choisi de venir à Ker Spi mais ils n’ont pas choisi les personnes avec qui ils vivent ici. Au quotidien, il faut donc apporter de la fraternité dans cette « cohabitation forcée ». Chacun a ses qualités, ses dons qu’il met à disposition des autres, notamment dans les tâches communautaires (mise des couverts, portage du journal quotidien, dépôt du courrier à la poste…). Tous les jours, il faut s’aider les uns les autres, s’écouter et essayer de comprendre pourquoi, parfois, cela ne va pas.
Pour que la pression collective ne soit pas trop forte, chaque résidant dispose de son studio équipé d’une kitchenette où il peut recevoir parents et amis s’il le désire.

 N’y-a-t-il pas des difficultés pour un nouvel arrivant à s’intégrer dans une collectivité existante ?

« Dans cette cohabitation qui leur est imposée, tous (la personne qui arrive comme ceux qui sont déjà présents) doivent développer de la tolérance, faire des efforts, être attentif à l’autre », confie Pierre Hérissard. « La juste présence ne se décrète pas. Elle se construit par des temps de parole car la parole fait vivre. Ceux qui n’ont pas l’usage de la parole ont d’autres moyens techniques et parfois un simple signe suffit pour comprendre ».

 Existe-t-il des barrières par rapport à la population ?

"Quand on connaît, on n’a pas peur. Les résidants sortent dans les rues de Plérin et certains sont bien connus. Ils sont visibles dans les différents lieux publics. Chacun, en fonction de sa propre évolution (culturelle, physique, psychique, sociale, avancée en âge…) dispose ici d’une solution lui offrant le meilleur épanouissement personnel dans un cadre de vie adapté et sécurisant.

I.M.C. et paralysie cérébrale
L’infirmité motrice cérébrale (IMC) est le résultat de lésions cérébrales précoces survenues au cours de la grossesse, autour de la naissance ou pendant la petite enfance, avant l’âge de 2 ans, c’est à dire pendant le plein développement du cerveau. Ces lésions qui surviennent sur un cerveau encore immature ne sont pas héréditaires et n’évoluent pas avec le temps. Elles sont responsables de déficiences motrices, de difficultés à commander, organiser et contrôler le mouvement, ce qui entraîne des faiblesses et des raideurs musculaires. Si l’I.M.C. est un terme largement répandu en France, le terme paralysie cérébrale est plus généralement utilisé dans tous les pays du monde.
Thierry « la joie de vivre, de bons échanges »
Thierry est un résidant rentré récemment (octobre 2014). « Mon intégration s’est faite naturellement, je n’ai pas constaté de clans ni de groupe préformés. L’ambiance est chaleureuse et les échanges sont constructifs. Tout est fait dans la bonne humeur. Je me sens bien. Le foyer Ker Spi respire la joie de vivre grâce à ces bons échanges et au partage. C’est un lieu qui me convient bien ».

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