Témoignage d’un prêtre brancardier durant la Guerre 14-18 (2e partie)

lundi 4 avril 2016
par  Louis-Claude PATUREL
popularité : 1%

Voir la première partie

 2. Les conditions de vie du soldat

Soldat du front plutôt que prêtre, l’Abbé Amicel endure toutes les souffrances du soldat et doit effectuer toutes les corvées du soldat. Elles sont nombreuses et le plus souvent très prosaïques : A la Toussaint 1916, il fait un « temps de Toussaint » : pluie, boue, vent, froid et eau qui détériorent routes et chemins. Le soldat-prêtre se fait alors cantonnier : « Tous les 3 ou 4 jours, nous faisons office de cantonniers ! Racler la boue, creuser des puisards et des rigoles, brouetter, empierrer les routes défoncées par les autos : à 12, nous en faisons bien vingt mètres par jour. »
Début janvier 1917, son logement est un « grenier rempli surtout de courants d’air avec ses tuiles mal jointes. La nuit, on est obligé de s’enfoncer profondément dans notre « sac à bidoche » et de nous couvrir la tête avec des couvertures de laine… Dans le grenier, nous avons un cercueil, fait par et pour le propriétaire de la maison, il y a trente ans : le cercueil sert de couchette à l’un de mes camarades, le saltimbanque ! »
JPEG - 25.1 ko L’hiver 1917 est particulièrement rude et de la mi-janvier à la mi-février, la température tombe à -15°/-20°. Les occupations se résument aux corvées : « Nos journées se suivent et se ressemblent avec une monotonie désespérante. Samedi : corvée de rondins et de madriers - dimanche : corvée de fumier - lundi : corvée de débris de bois - mardi : corvée de cantonnement. Quand c’est fini, cela recommence. Le tout, entremêlé de théories et d’exercices … Quand nos bonnes dévotes lèveront les yeux au ciel et vous diront : « Oh, comme nos prêtres doivent faire du bien au front ! Vous saurez quoi leur répondre ».
« En attendant de remonter peut-être aux tranchées le 4 mai prochain, on nous occupe aux travaux les plus hétéroclites. C’est ainsi que dimanche, toute la journée sous le poids de la chaleur, j’ai creusé des tombes pour les « Morts pour la France ». Vous voyez qu’après la guerre, le choix des métiers ne me manquera pas : prêtre, infirmier, brancardier, porte-faix, cantonnier, fossoyeur et même quelque peu rentier oisif ! ». Moissonneur, il fera la fenaison. Bucheron, il abattra des arbres de la forêt pour réparer les routes embourbées. Rien n’est épargné au prêtre-soldat !

 3. Vivre pleinement son état de prêtre

Toute la correspondance de l’Abbé Amicel est imprégnée de sa vie de prêtre : « Un grand bonheur pour moi, c’est que je puis dire la Sainte Messe tous les matins à 5 heures ». Il écrit au Chanoine Gadiou : « je suis toujours avec vous par la prière et aux pieds de N.D d’Espérance » ; Le 15 août 1916, il reçoit l’autel portatif qu’il avait demandé et c’est une grande joie. « Veuillez en recevoir mes remerciements et ceux de MM Delanoë, Auffret et Collin, qui auront la joie d’en bénéficier avec moi. Je vous assure qu’il nous rendra de réels services. »
« Jusqu’ici depuis Chaumont, je n’ai manqué la messe qu’une seule fois mais il faut se lever quelquefois à 4 heures et pendant 3 ou 4 jours, c’est l’autel portatif d’un prêtre absent qui nous a sauvés. Avec cet autel, je vais enfin pouvoir célébrer les messes qui m’ont été recommandées ! »
Au cœur du danger « Je compte sur vos bonnes prières et sur la protection maternelle de Notre-Dame d’Espérance. Heureusement que nous pouvons dire la messe tous les matins ; c’est une grande consolation pour nous, au milieu de cette vie matérielle et de ces souffrances physiques et morales qui donnent le vertige à notre pauvre raison : que cet autel portatif nous rend service ! ».
En mai1917, « en ce premier jour de ce beau mois de Marie, j’envoie à Notre-Dame d’Espérance le souvenir de son pauvre chapelain et son immense regret de ne pouvoir jouir des splendeurs et des consolations de ses fêtes. Enfin que la volonté de Dieu soit faite ! Dans deux ans, espérons-le, je pourrais revivre ce beau mois !…. Auriez-vous la bonté de m’envoyer quelques hosties ? Les aumôniers nous ravitaillent en vin mais pas en pain maintenant. »
JPEG - 17.3 ko La lecture du bréviaire, du courrier qui circule bien et de la presse locale, principalement religieuse : « la semaine religieuse du Diocèse », « la Croix des Côtes du Nord », « le Messager de N.D d’Espérance » sont autant de liens précieux avec ses parents et ses confrères religieux : les relations de profonde confiance filiale avec le Chanoine Gadiou sont vraiment émouvantes. Les lettres à l’Évêque Monseigneur Morelle montrent le souci constant des prêtres d’apporter des nouvelles et apportent le témoignage des terribles épreuves supportées par les prêtres-soldats.
Une guerre 14-18, effroyablement meurtrière, marquée par le danger permanent de la mort et une vie de soldat d’une extrême pénibilité. Une guerre traversée par le Père Amicel avec une foi, un courage et un sens du devoir exemplaires.
Quelle leçon pour nous autres, chrétiens du XXI ème siècle !


PS :

Voir aussi tous les articles publiés Le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier pendant la guerre 1914-1918


Commentaires

Bouton Facebook Bouton Contact image Jésus
image Noel
Bannière denier
Bannière RCF