Abbé Jean Hamon : « mon regard sur la guerre 1914-1918 »

mercredi 8 juin 2016
par  Patrick BEGOS
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Deux ans d’analyse des archives diocésaines ont permis au l’abbé Jean Hamon d’approfondir son regard sur la guerre 14-18 et de voir comment l’Eglise a évolué, grâce aux prêtres et séminaristes engagés.

 Qu’est-ce qui a motivé ce travail de recherche ?

Né en 1933, j’ai entendu parler dans mon enfance de la guerre 14-18. Trois oncles et mon père y ont participé. Encore enfant, j’ai interrogé ma mère et reçu ses explications sur la situation des veuves de guerre, proches de chez nous. Plus tard, au séminaire, l’un de mes professeurs, très marqué dans sa santé par les gaz de guerre, nous a souvent évoqué l’investissement personnel des prêtres. J’avais donc envie d’en savoir plus sur cette période qui m’a toujours fascinée. J’aime bien me situer dans l’histoire.

 Dans quel contexte se trouve le diocèse avant la guerre ?

Je me suis appuyé sur les écrits de Mgr Morelle. Avant d’être nommé évêque de St Brieuc en 1906, il a été secrétaire particulier de l’évêque dès 1890, puis vicaire général et vicaire capitulaire. Il a donc vécu toutes les exactions commises dans le département : spoliation des congrégations, exil des religieux, laïcisation des écoles, inventaires, vols sacrilèges,… Il a suivi la montée de l’anticléricalisme et rendu compte dans ses écrits du contexte très tendu de cette époque. Le 19 juillet 1907, tous les séminaristes sont mis à la porte du séminaire de St Brieuc et les séminaires de Plouguernével et Tréguier sont annexés.

 Et la guerre est déclarée ?

Le 4 août 1914, la mobilisation est proclamée. Malgré la pression anticléricale très pesante, l’évêque envoie une lettre très patriote à la population. Sur les 1 640 prêtres, 600 seront mobilisés ainsi que 115 à 120 séminaristes. Mgr Morelle manifeste une grande fraternité vis à vis de la population, face à l’épreuve. Il est très présent auprès des soldats qui partent au front et de ceux qui en reviennent. Un premier convoi de 800 blessés arrive à Saint-Brieuc, trois semaines plus tard. Il écrit pour soutenir le moral, participe aux pardons, rencontre les familles, les veuves, les orphelins et les gens en situation de grande pauvreté. Il va jusqu’à modifier quelques lois autorisant ainsi la viande, les participations des paroissiens aux battages le dimanche, …

 Comment vivent les prêtres au front ?

Les prêtres cherchent leur place. Certains se trouvent assez vite pressentis comme aumôniers. La grande majorité est investie dans les services infirmiers ou directement engagée sur le front. Au début, l’enthousiasme religieux est bien présent avec une bonne participation aux messes de Noël ou Pâques. Prêtres et séminaristes partagent le sort de leur compatriotes. C’est le coude à coude, dans la misère, la peur du danger.
Au bout de quelques mois, l’essentiel sera moins de viser les conversions que d’apprendre à se faire proche de chacun. C’est l’amitié qui prédomine. Pour le chanoine Le Douarec, les prêtres sont transformés par les rencontres humaines, sur le front. Prêtre ou civil, on se découvre de part et d’autre. Les barrières tombent. Les conditions inhumaines dans les tranchées sont un ciment de fraternité, impensable il y a quelques mois.
Dans le diocèse, le souci du partage prédomine. Le peuple de Dieu est sollicité : le sou du soldat dans les écoles, le secours diocésain pour les églises dévastées… En lien avec les autorités civiles, les appels au peuple se multiplient au travers de l’emprunt national, la lutte contre l’alcoolisme et la tuberculose.

 En 1918, comment reconstruire l’Eglise diocésaine ?

Les pertes sont lourdes : 47 prêtres et 41 séminaristes trouvent la mort, sans compter les multiples handicapés. L’urgence est maintenant de reconstruire l’Église diocésaine. L’expérience de la guerre se traduit chez les prêtres mobilisés par de nouvelles manières de se situer dans le monde et d’être pasteur. Des expressions nouvelles apparaissent dans la bouche de l’évêque : « Soyons les ouvriers de l’Évangile, le sel de la terre ».
Durant les années 1922, on est impressionné par les nombreuses initiatives prises sur le terrain. Les jeunes sont l’objet d’une attention privilégiée. Les patronages entrainent de plus en plus d’enfants et de jeunes. Les « cercles études », l’école catholique, les congrès de jeunes, s’impliquent dans la formation des « élites » qui seront demain à la disposition des autres jeunes.
L’Église montre un nouveau visage. Le prêtre n’est plus figé dans sa fonction cléricale, ses rapports avec la population ont évolué grâce à l’expérience humaine riche que certains ont pu acquérir au front. C’est une conversion du regard vis à vis de l’Église, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.


PS :

« Le diocèse de St Brieuc pendant la guerre 1914-18 » au prix de 15 € + frais de port auprès de l’abbé Jean Hamon 10, rue Gabriel Guégan 22590 Pordic.
tel 02 96 79 13 50
j.f-hamon wanadoo.fr

Voir ausi l’article Le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier pendant la guerre 1914-1918


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