« J’étais étranger et vous m’avez accueilli »

lundi 26 septembre 2016
par  Jean-Claude LECA
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En mai dernier, à la rubrique évènement du bulletin, est paru un article précisant sur quels fondements les chrétiens sont invités à s’appuyer pour éclairer leur pensée ou prendre position. Un bref parcours à travers la Bible et particulièrement l’Ancien Testament était proposé tandis qu’était annoncée une suite pour aborder le Nouveau Testament.

C’est l’objet du présent article ; il va révéler que Jésus de par ses origines, sa vie, fut pleinement étranger et que son enseignement témoignera d’un souci constant pour l’étranger. Du salut pour un peuple, il passera lui-même au salut pour tous. Cet élargissement est au cœur du nouveau Testament.

 - En bref, la généalogie de Jésus

Matthieu nous raconte la vie de Jésus le Christ et nous le présente comme le descendant, le fils de David (Mat 1, 1). David est le petit dernier de Jessé (1 Sam 16, 11-12). Jessé est le petit-fils de Booz (Ruth 4,17). Booz est un riche notable de Bethléem (Ruth 2,1) qui épouse Ruth (Ruth 4, 13), une jeune veuve étrangère de Moab (Ruth 1,22).

Pour avoir Salomon, son héritier, David épouse Bethsabée (2 Sam 12,24), mais cette Bethsabée, séduite par David, est la veuve d’un mercenaire hittite (2 Sam 11,3), que David a fait assassiner (2 Sam 11,15).

 - L’enseignement du Christ

Plus de trente ans avant de commencer sa vie publique, Jésus eut une petite enfance perturbée. En fin de grossesse, Marie est astreinte à un déplacement long et pénible (Luc 2,4-5) et accouchera dans des conditions très rudimentaires (Luc 2,7), faute de centre d’hébergement. Les ennuis du pauvre Joseph ne s’arrêteront pas là, car bientôt, il doit prendre la route de l’exil sur les pistes égyptiennes. Joseph devient un travailleur émigré qui doit subvenir aux besoins de sa famille déplacée (Luc 2, 13-23).

Lorsque les temps furent venus, Jésus prononce à Nazareth le discours inaugural de sa campagne messianique (Luc 4, 16-21). S’inspirant d’Isaïe (61, 1-2), il annonce un plan social en faveur des pauvres, des captifs, des opprimés. Si les étrangers ne sont pas expressément indiqués, on a le droit d’imaginer qu’ils n’ont pas été oubliés, comme le suggère le psaume 146, 7-9, qui reprend le texte d’Isaïe en précisant « Le Seigneur protège les émigrés ».

Pour faire passer son message, Jésus préfère donner l’exemple de sa vie quotidienne et s’exprime en paraboles. Jésus n’hésite pas à traverser le pays des Samaritains, ces frères Juifs devenus étrangers par 1000 ans de schisme religieux et politique. Il aborde une Samaritaine volage (Jn 4,18) et lui promet une eau éternelle (Jn 4, 14). Aux spécialistes intégristes de la Loi de Moïse (Luc 10,25), Jésus donne comme définition du prochain (Luc 10,29) l’exemple d’un Samaritain bien plus charitable envers le blessé en sang que les prêtres et lévites uniquement préoccupés de préserver leur pureté rituelle (Luc, 10, 31-32).

Au cours de ses déplacements en terre païenne, Jésus se laisse attendrir par l’humilité de la Cananéenne qui n’hésite pas à s’assimiler à un petit chien pour obtenir que Jésus lui accorde un miracle qui semblait être réservé initialement aux enfants d’Israël (Mt 15, 21-28).

Le Sermon sur la montagne est présenté par Matthieu comme un grand meeting rassemblant une foule populaire venue de tout le pays (Mt 4,25). Jésus y promet la bénédiction divine aux délaissés de la société : les sans-voix, les pacifiques, les déboutés de la justice. On devine les étrangers dans les exclus (Mt 5, 3-11).

Avant sa mort, Jésus rappelle cet enseignement à ses disciples et précise à nouveau qui seront les bénis de son Père : les dames des vestiaires du Secours Catholique, les bénévoles des Restos du Cœur, les visiteurs d’hôpitaux, les visiteurs de prison, les agents des services d’accueil des étrangers (Mt 25, 34-40).

L’enseignement de Jésus ne devait pas s’arrêter avec lui. Les disciples sont chargés de la relève et reçoivent, au pied du mont de l’Ascension, leur ordre de mission, simple, clair, mais redoutable : « Allez dans toutes les nations » (Mt 28,19).

 - Les actes des apôtres et les épîtres

Devant une telle charge, les Apôtres restent bouche bée, les yeux vers les nuages, espérant que Jésus en redescendra pour les aider (Actes 1, 10-11). Il faudra une mini tornade pour envoyer les Apôtres au feu de l’action, poussés par le feu de Dieu (Ac 2,3).
Les Apôtres se trouvent face à une foule d’étrangers mais les étrangers du jour de la Pentecôte sont tous des convertis au judaïsme ou des sympathisants venus en pèlerinage (Ac 2, 5-11). Le salut des étrangers doit-il donc encore passer par Israël ?
Il faudra une sommation de l’Esprit Saint (Ac 10, 20) pour que Pierre entreprenne un voyage pastoral vers une terre païenne pour y être reçu à Césarée par un officier romain, un crime pour un juif (Ac 10, 28).
Après sa conversion et un stage d’un an, Paul est déclaré par l’Esprit-Saint apte à devenir l’Apôtre des Nations (Ac 13, 2-4) et peut commencer ses voyages en pays païen. Paul participera en qualité d’expert au premier Concile de Jérusalem (Ac 15,12) et entendra le premier Pape déclarer « Les nations païennes sont devenues croyantes (Ac 15,7) sans différence entre elles et nous » (anciens Juifs : Ac 15,9).

Pierre doit alors admettre l’universalité du message chrétien : « Dieu n’est pas partial ; en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. Jésus Christ est le seigneur de tous les hommes » (Ac 10, 34-36).

L’ensemble du monde connu de l’époque est évangélisé et Paul peut écrire : « Il n’y a plus grec et juif, circoncis et incirconcis, barbares, esclaves, hommes libres : le Christ est en tous » (Col 3,11). Pour le Pape Pierre, il n’y a plus de Nation sainte. Les chrétiens doivent vivre au milieu des païens « comme des gens de passage et des Etrangers » (1 Pi 2,11).
Puisque Dieu est venu supprimer les barrières entre les hommes de tous pays et de toutes races, les Epitres n’ont plus besoin de rappeler les devoirs sociaux envers les étrangers.
Cependant, les chrétiens n’étant pas parfaits, Jacques met solennellement en garde les riches contre les abus de pouvoir envers les pauvres (Jacq 2, 1-9 et 5, 1-6) et Paul demande à son ami Philémon de considérer son esclave comme un frère (Phm 10).

 - L’apocalypse

Le dernier livre de la Bible nous indique le terme du voyage. Un immense cortège s’avance : en tête les délégués des douze tribus juives (Ap 7, 4) et aussitôt après « une foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7,9). C’est un défilé unitaire, avec une seule banderole et un seul slogan à la gloire du Dieu qui siège sur le trône (Ap 7,10).

Comme Abraham avait accueilli les envoyés de Dieu sous sa tente (Gen 18), Dieu accueille tous les hommes sous sa tente pour les protéger de la faim, de la soif et de la chaleur (Ap 7, 15- 16). Cette tente immense sera abritée dans les remparts de la nouvelle Jérusalem céleste (Ap 21, 10-12) ; ce sera un nouveau paradis avec son fleuve d’eau vive et l’arbre de la vie (Ap 22, 1-2). Il n’y aura plus besoin de l’ancienne terre (Ap 21,1).
La Bible se referme sur cette ligne « La Grâce du Seigneur Jésus est avec tous »
(Ap 22,21).


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