Le Liban se rapproche de Plérin

lundi 17 octobre 2016
par  Patrick BEGOS
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Depuis quelques années, l’école Jean Leuduger de St Laurent [1] et le collège Cadmous du Liban sont jumelés. Fin juin, le Père Younès a partagé une semaine avec les enfants et les enseignants plérinais. Il nous explique le contexte libanais d’aujourd’hui.

Une croix très simple à l'entrée du collège Cadmous
Une croix très simple à l’entrée du collège Cadmous

 Père Younès, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis directeur du collège Cadmous au Liban, une école qui regroupe 800 élèves de la maternelle à la terminale. Ces élèves sont en majorité musulmans chiites, il n’y a en effet que 145 élèves de religion catholique. Depuis la création du collège, il y a cinquante ans, nous avons cette majorité d’élèves musulmans. La cohabitation se passe bien, malgré l’épisode de l’assassinat du père Abi-Akel, père supérieur du collège, en 1986, lors de la guerre civile.

 Qu’est-ce qui incite les parents musulmans à inscrire leurs enfants dans une école catholique ?

Je pense que c’est d’abord la qualité de l’enseignement et des enseignants de notre collège. Malgré le nombre important d’écoles musulmanes dans notre ville, les parents préfèrent l’ambiance et l’ouverture de notre école dont les valeurs humaines sont reconnues.
Une autre raison nous est souvent donnée. Beaucoup de familles musulmanes ne souhaitent pas que leurs enfants soient exposés à des idées politiques. Malgré la mosaïque de religions dans l’école, nous sommes une oasis de paix.

 Quel est l’objectif de votre venue à Plérin ?

Notre collège et l’école Jean Leuduger de Plérin entretiennent des contacts depuis plusieurs années, avec des échanges d’enseignants et de parents. Mon séjour de quelques jours à Plérin a pour but de finaliser un projet entre les deux écoles. En juin 2017, 25 élèves libanais de CM2 et 5 enseignants séjourneront à l’école Jean Leuduger. Nous avons préparé cette visite, les enfants travailleront durant l’année scolaire 2016-2017 sur ce projet grâce à des échanges par Skype ou par le blog de l’école. Ils pourront notamment découvrir et étudier l’histoire de la Bretagne ou celle du Liban.
Nous avons rencontré le maire de Plérin et nous avons senti que l’école, la paroisse et la mairie souhaitent que ce projet aboutisse. Dès le mois de septembre 2016, deux enseignantes libanaises seront d’ailleurs présentes à l’école Jean Leuduger pendant une semaine. Un autre partenariat pourrait se mettre en place avec les lycéens de St Pierre, à Saint-Brieuc, sous le patronage de l’association des écoles catholiques.
Pour nos élèves, c’est une chance car ils sont dans un contexte de vie très instable avec d’un côté Israël et de l’autre la Syrie. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous tourner vers la mer et d’aller vers un autre pays, une autre culture. L’association Francophonia-Liban soutient la pratique du français au Liban, notamment dans les milieux défavorisés. Elle nous a beaucoup aidés dans ces échanges avec la France.

 Pouvez-vous nous décrire la vie au Liban, actuellement ?

Le Liban est un pays de 3 millions d’habitants soit à peu près l’équivalent de la Bretagne. Depuis 1948 puis la guerre de 1967, nous accueillons 500 000 palestiniens installés dans les bungalows des camps de réfugiés. Des irakiens s’y sont rajoutés puis des syriens depuis trois ans. Au total, le Liban accueille 2 millions de réfugiés, soit les 2/3 de sa propre population.
Cet afflux de réfugiés a des effets économiques, certains occupent des emplois qui pourraient être tenus par des libanais. D’autres font du travail non déclaré…. Ce qui peut créer des tensions.

 Comment peut-on vivre sa foi dans ce contexte ?

Durant la guerre d’Irak, nous avons perdu des chrétiens. Depuis la guerre en Syrie, nous perdons encore des catholiques et des orthodoxes. Il reste environ 1,2 million de catholiques sur 3 millions d’habitants.
Au niveau du culte, nous n’avons pas de pression particulière, chacun peut vivre sa foi. Les différentes guerres ont avivé les tensions entre chiites et sunnites. Les chrétiens sont au milieu de cette guerre inter-religieuse. Beaucoup de familles de chrétiens libanais ayant 2 à 3 enfants sont parties à l’étranger car elles aspiraient à une autre vie pour leurs enfants.
Malgré ce contexte difficile , l’Église est très active et les célébrations sont très vivantes. Toutes les congrégations (maronites mais aussi jésuites, salésiens….) ont beaucoup de vocations missionnaires.

 Quel regard portez-vous sur l’Église d’ici ?

La France est protectrice de l’enseignement catholique, elle donne leur chance aux jeunes. Par contre, le manque de vocations sacerdotales me fait mal. C’est triste.
L’Église de France devra être missionnaire. Le rôle des prêtres est d’être présents et proches des gens comme l’était Jésus Christ.
L’Église de France est généreuse, elle aide les chrétiens d’Orient à financer leurs projets. Le Supérieur général des missionnaires libanais maronites catholiques a adressé une lettre à Mgr Moutel pour lui demander d’accueillir des séminaristes ou des jeunes prêtres libanais qui puissent continuer leurs études en France et assister les prêtres français.

 Avez vous un message à nous transmettre ?

Un seul message : n’oubliez pas la communauté chrétienne du Moyen Orient. Au delà de l’aide financière, les Chrétiens du Moyen Orient ont surtout besoin de soutien. Le Liban est la dernière « forteresse chrétienne » au Moyen Orient. Si l’Église catholique disparaît chez nous, le dernier rempart saute face à l’Europe. Il est donc souhaitable de nous apporter plus de soutien au niveau des instances internationales. Les catholiques de France doivent être la voix des chrétiens du Moyen Orient.

Une mosaïque de religions

Au Liban, la proportion de chrétiens a baissé, passant de plus de 60 % à environ 37 à 40 % de la population (répartis en 20 à 25% de maronites, 7% de grecs-orthodoxes, 5% de grecs-catholiques, 4% d’Arméniens, orthodoxes et catholiques). Mais la diaspora libanaise compte environ 6 millions de personnes, principalement des chrétiens, dont un tiers aux États-Unis, et le reste réparti entre l’Europe, l’Amérique latine, l’Afrique subsaharienne et l’Australie.
Au Liban, un partage du pouvoir assure une certaine stabilité et une liberté politique, intellectuelle et religieuse. Les chrétiens sont impliqués dans les réseaux éducatifs, hospitaliers, surtout dans certaines régions où ils sont majoritaires. Le poids des chrétiens sur l’échiquier politique est actuellement assuré par un régime qui garantit la représentativité confessionnelle au sein du pouvoir. Au Liban, on passe tour à tour de la méfiance à un réel dialogue. À l’image des communautés, églises et mosquées se côtoient dans une forme de proximité bienveillante et de rivalité mimétique.

L'abbé Roland Le Gal accueilli dans une famille musulmane chiite
L’abbé Roland Le Gal accueilli dans une famille musulmane chiite
Quatre famille vivent dans un village mixte chrétiens/musulmans dont certains enfants sont scolarisés au collège Cadmous.

« Impressions d’un séjour au Liban »

J’ai eu la chance de vivre une semaine au Liban au mois d’août. J’ai découvert ce pays d’une superficie égale à la Bretagne. Un pays meurtri par des années de guerre. Un pays aujourd’hui stable et en pleine reconstruction. Je me suis laissé plonger dans la beauté de ce pays de bord de mer et de montagnes, laissant le soleil m’éclairer sur les paysages mais surtout sur les personnes. De la ville de Tyr où se trouve l’école/collège de Cadmous, de la ville de Sidon, à la ville de Zahlé dans la montagne et proche de la vallée de la Bééka, j’ai pris conscience de l’histoire de ce pays qui concentre l’histoire de plusieurs périodes et de plusieurs civilisations. J’ai eu la chance de mesurer l’accueil chaleureux et généreux de nos frères et sœurs chrétiens et de découvrir de l’intérieur la liturgie orientale en rite maronite. Des frères et sœurs en Christ à soutenir régulièrement et à porter dans notre prière. Quelle joie d’être accueilli dans une famille musulmane, de partager le dîner, de dialoguer dans le respect de nos identités et de mieux percevoir les courants qui traversent l’Islam. Ce séjour m’a donné le goût de mieux de connaître la religion musulmane. Il est urgent, chez nous, de pouvoir développer le dialogue interreligieux. Ce dialogue, entre croyants, pourra permettre d’ouvrir des chemins de citoyenneté, de construire des ponts qui faciliteront la fraternité, d’éviter tout amalgame entre les croyants musulmans et les barbares qui tuent au nom de Dieu alors que « tuer au nom de Dieu est satanique » selon l’expression du Pape François. (Homélie lors de la messe d’hommage au Père Jacques Hamel).
Abbé Roland Le Gal


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