Comment parler de la mort aux enfants ?

jeudi 3 novembre 2016
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Parler de la mort est difficile car cela met en jeu notre propre rapport à la mort, à la vie, au corps, à nos référents culturels, religieux, à notre vulnérabilité d’être mortel et à notre impuissance à pouvoir l’empêcher.

Il n’existe pas de méthode, pour annoncer la mort. La douleur des proches ne peut être comprise et ne peut être apaisée qu’en restant dans un lien humanisant qui fait de toute rencontre un moment unique.
Parler de la mort à l’enfant est souvent perçu comme plus délicat car l’enfant surtout très jeune n’a pas les mêmes modalités d’expressions que l’adulte et la crainte de ne pas savoir « comment dire » amène bon nombre d’adultes à préférer ne rien dire.
La réaction des adultes face à la mort est proche de celle qu’ils peuvent avoir à l’égard des questions infantiles sur la sexualité. Lorsqu’un enfant est concerné par la mort, une gêne évidente se manifeste souvent : comment parler à un enfant de quelque chose qui nous échappe à un tel point ? Comment mettre des mots sur un événement que nous ne parvenons pas nous-mêmes à expliquer ? Comment répondre aux questions qu’il risque de nous poser et pour lesquelles nous savons à l’avance que nous n’aurons pas de réponse ? Comment le préserver de tout ce chagrin ?
Le désarroi des adultes, le malaise face à l’enfant témoigne surtout de l’effroi des adultes face à la mort, de cette inextricable frayeur qui incite à se taire pour ne pas être submergé par la vague traumatique et projeté à nouveau sur ces rives insupportables de la mort. Parler de la mort à l’enfant c’est prendre le risque d’être confronté à ses réactions, ses interrogations, ses questions ; c’est aussi le considérer comme un petit d’homme lui-même mortel. Occulter la réalité de la mort à un enfant serait ainsi une défense ultime qui viserait à projeter dans l’enfant une image idéalisée d’enfant immaculé, ignorant, préservé des souffrances de ce monde et à l’abri de savoirs douloureux : un enfant innocent et immortel. Mais les enfants ne sont pas des anges : ils sont sexués, vivent, sont confrontés à la mort et, un jour plus ou moins lointain, meurent.

Lorsqu’il est concerné par un événement funeste, parler de la mort à un enfant est plus que nécessaire : c’est indispensable. Les enfants ne sont pas des objets, nous avons à leur égard un devoir de parole : une parole juste, car cet événement aussi douloureux soit-il fait partie de leur histoire.

Ainsi, il est nécessaire d’utiliser des mots justes et vrais à propos des événements et des sentiments qui le concernent : être mort ce n’est pas être « endormi » ; ce n’est pas « être parti » ; ce n’est pas « être en voyage » ; ce n’est pas « surveiller du ciel ». Il est donc important de bien choisir ses mots car l’enfant prend au comptant chaque mot exprimé. Le mot « mort » doit être prononcé, très simplement, sans chercher à masquer ses émotions : ce n’est pas tant le fait de voir un proche pleurer qui perturbe l’enfant que de ne pas savoir pourquoi il pleure. Si l’adulte explique à l’enfant ce qu’il ressent (tristesse, inquiétude, colère…) l’enfant se sentira autorisé à son tour à exprimer ce qu’il ressent sans chercher à maîtriser son chagrin pour ne pas faire de la peine aux adultes. Plutôt que de fuir le face à face avec la mort en banalisant, déniant ou cherchant des faux-fuyants c’est dans le vif de l’émotion que l’adulte pourra aider un enfant à parler de la mort et l’accompagner dans l’intégration de ses émotions.

D’après un article d’Hélène Romano, psychologue clinicienne, Paris 2007


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