La Coquille Saint-Jacques en pays Goëlo

lundi 16 octobre 2017
par  Bernard LE NEEL
popularité : 1%

Comme chaque année, la pêche à la coquille St-Jacques a débuté en baie de Saint-Brieuc.
Il y a certes d’autres régions, en Normandie, en mer Iroise, en Écosse où ce fameux coquillage est récolté.

Mais chez nous, la coquille est une institution, un évènement ; Erquy, Loguivy et surtout Saint Quay Portrieux sont les champions de cette collecte. Sur 16 000 tonnes récoltées en France, nous en totalisons 6 500 !
Dans le domaine maritime, pour les pêcheurs et les mareyeurs, c’est une véritable aubaine annuelle très importante. Soucieux de ménager la ressource, de ne pas hypothéquer l’avenir, des mesures draconiennes sont prises : temps de 45 minutes de pêche, quelques jours par semaine, quelques mois seulement. Un avion est même affrété pour surveiller et garantir la régularité de la pêche.
Jadis on n’appelait coquille St-Jacques que la pecten maximus, la vraie ; désormais sa cousine l’argopectens, la pétoncle a le droit à l’appellation et certains restaurants ou fabricants de plats cuisinés n’hésitent pas à nous berner. La pétoncle, c’est bien, mais rien à voir avec la pectens maximus.
Parlons donc un peu de notre coquille ! Elle est hermaphrodite … pourquoi pas ? en tout cas sa glande génitale, le corail est délicieux. Au bas de l’eau, par forte marée, il faut se dépêcher de la ramasser, car c’est avec vivacité qu’elle se propulse dans l’eau. Elle joue de ses deux valves pour dégager vite fait, quelle hydropropulsion !
Les pêcheurs savent qu’il faut plusieurs années pour qu’elle atteigne la taille adulte : 11cm ! Les juvéniles sont donc condamnées à rester dans l’eau, l’heure de la drague n’est pas pour aujourd’hui.
Il me souvient du temps de la découverte des gisements de la coquille dans la baie de Saint-Brieuc, dans les années 1960. Le port de Binic était envahi de bateaux coquilliers, surtout du Finistère. Les bateaux restaient à quai après la pêche, et les marins repartaient vers Brest pour le week-end. Il fallait voir les binicais sur la jetée à l’arrivée des bateaux ! la vente de la godaille était permise, en particulier pour les coquilles dites cassées ou trop petites. Les Affaires Maritimes se hâteront alors d’y mettre fin, réorganisant la pêche, la criée et la gestion des gisements, avec l’accord de la profession.

La coquille est considérée par les gourmets, comme un mets particulièrement délicat. Fut un temps ou les cuisinières préparaient les coquilles avec maintes sauces : béchamel, champignons, il fallait meubler la coque ! Puis, vint la cuisson la plus simple possible pour mieux la déguster : en brochettes, plus ou moins bardée, en sauce à l’armoricaine avec un soupçon de cognac, ou simplement saisie à la poêle avec ou sans ail.
Mademoiselle Coquille s’apprécie vraiment dénudée, habillée, parfumée seulement d’arôme bien choisi.
Ils l’ont bien compris les restaurateurs et les Offices de Tourisme qui mettent en exergue ce fabuleux mollusque.

La coquille quel symbole !

JPEG - 44 ko Botticelli dans sa fameuse Vénus la fait sortir d’une coquille Saint-Jacques, malgré les symboles érotiques qu’elle présente, cette peinture demeurera l’éloge, le symbole de la pureté, l’innocence des la naissance .
Revenant de pèlerinage à Jérusalem, les pèlerins prirent l’habitude d’orner leur coiffure d’une conque. Dès le Xe siècle, le tombeau de Saint Jacques ayant été découvert en Espagne, les jacquets (pèlerins de Compostelle) prirent l’habitude de cette décoration, et notre conque, simple mollusque, devint Coquille Saint-Jacques.

Les grands itinéraires du pèlerinage de Compostelle sont bien connus, ils sillonnaient l’Europe. Mais foin de chauvinisme, nous en avons un dans notre pays.
Il part de Beauport près de Paimpol, passe par Tréméven, et sauf avis contraire passe chez nous à la Ville Jacob. La statue de Saint Jacques à la chapelle St Gilles le montre bien avec son bourdon, son grand chapeau et la coquille. Coquille dont de nombreux pasteurs se servaient pour baptiser. Ne reculant pas devant l’audace, on demanda aux marins de ramener de grandes coquilles, des tridacnés, pour en faire des bénitiers.
JPEG - 37.5 ko
Le bourdon, gros bâton de pèlerin.


Commentaires

Bouton Facebook Bouton Contact image Jésus
image Noel
Bannière denier
Bannière RCF