Marie : un exemple pour rester ferme dans la foi

Témoignage d’un jeune JMJiste de Madrid 2011
mercredi 23 novembre 2011
par  Guillaume BERNARD
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suite du 2e volet :
Ces JMJ ont été aussi l’occasion de grands moments de spiritualité, tant pendant les messes que lors des catéchèses des évêques. Parmi ces dernières, l’une d’elles m’a particulièrement marqué, celle de Monseigneur D’Ornellas. L’archevêque de Rennes nous a en effet parlé de la Vierge Marie. Citant Charles Péguy, il nous a rappelé en premier lieu qu’elle était «  infiniment mère  » et «  infiniment proche  ».
Contrairement à nous, poursuit Mgr D’Ornellas, Marie est née sans aucune trace du péché originel : Elle est l’Immaculée Conception.
En effet, même si chez nous chrétiens, le péché originel a été effacé par le baptême, il en reste malheureusement des traces, qui prennent la forme de pulsions au Mal. C’est dans ces moments-là qu’il convient d’invoquer la Vierge, à chaque fois qu’apparaît la tentation.

Monseigneur nous parle aussi de l’écusson qu’avait choisi Jean-Paul II : une croix, avec à sa base le « M » de Marie et la devise « totus tuus », tout à toi Marie. Jean-Paul II s’est ainsi inspiré de la dévotion que portait Saint Louis-Marie Grignion de Montfort pour la Sainte Vierge. Le Saint Père aimait en Marie cet Amour infini qu’Elle portait à Son fils, surtout devant la croix.
Le choix de ces armes me fait penser à un autre très beau poème de Charles Péguy, La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, où le poète ( mort au combat en 14, dans un dernier assaut furieux ) oppose tour à tour les armes de Jésus et les armes de Satan. Il dit notamment :

Les armes de Jésus, c’est sa croix équarrie,
Voilà son armement, voilà son armoirie,
Voilà son armature et son armurerie ;

Les armes de Jésus, c’est sa face maigrie,
Et les pleurs et le sang dans sa face meurtrie,
Et l’injure et l’outrage en sa propre patrie.

Monseigneur nous invite ensuite à méditer la Parole qui dit : « stabat Mater juxta cruce », c’est à dire : « Sa mère se tenait debout près de la croix  ».

Tous les mots ont leur sens ici :

  • la mère, d’abord ( il faut ici se rappeler la prière du Je vous salue Marie : « le fruit de vos entrailles est béni  » ) ;
  • « se tient debout », c’est à dire que Marie n’est pas effondrée, mais qu’Elle affronte l’épreuve en restant digne ;
  • auprès de la croix : prise dans son sens littéral, la préposition juxta ( para en grec ) a même un sens plus fort, qui signifie « tout près ». La Vierge ressent donc exactement les mêmes souffrances que Son fils, elle souffre avec lui.
    Cette attitude de compassion de Marie envers Son Fils est un exemple pour tous les chrétiens et cela aussi Benoît XVI nous l’a rappelé : « Tournons maintenant nos yeux vers la Vierge Marie qui nous fut donnée pour mère au calvaire, et supplions-la de nous soutenir par sa protection aimante sur le chemin de la vie, en particulier quand nous passons à travers la nuit de la souffrance, afin que nous réussissions comme elle à demeurer fermes dans la foi au pied de la croix ».

D’ailleurs, je tenais à dire que cette fermeté de la foi devant les souffrances, je l’ai particulièrement rencontré chez les personnes en situation de handicap avec lesquelles nous cheminions. J’ai été frappé par leur capacité à garder le sourire et la joie en toutes circonstances, même après des moments de fatigue ou de déprime. A ce titre elles resteront un exemple pour moi.

Porter les souffrances des autres

Dans cette même homélie du vendredi le Saint Père renvoie par plusieurs fois à son encyclique Spe salvi. Je tiens à en citer certains passages car ils prennent vraiment tout leur sens dans le cadre de la démarche de l’hospitalité diocésaine.

Saint Jean le dit clairement : « À ceci nous avons connu l’amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3 , 16). La passion du Christ nous pousse à charger sur nos épaules la souffrance du monde, avec la certitude que Dieu n’est pas quelqu’un qui est distant ou lointain de l’homme et de ses vicissitudes. Au contraire, il s’est fait l’un d’entre nous « pour pouvoir compatir avec l’homme de manière très réelle, dans la chair et le sang … De là, dans toute souffrance humaine est entré quelqu’un qui partage la souffrance et la patience ; de là se répand dans toute souffrance la con-solatio ; la consolation de l’amour qui vient de Dieu et ainsi surgit l’étoile de l’espérance » (Spe salvi, 39).
Chers jeunes, que l’amour du Christ pour nous augmente votre joie et vous aide à être proches de ceux qui sont dans le besoin. Vous qui êtes très sensibles à l’idée de partager la vie avec les autres, ne passez pas à côté de la souffrance humaine, où Dieu espère en vous afin que vous puissiez donner le meilleur de vous-mêmes : votre capacité d’aimer et de compatir. Les diverses formes de souffrance qui, tout au long du chemin de croix, ont défilé devant vos yeux, sont des appels du Seigneur pour édifier nos vies en suivant ses traces et pour faire de nous des signes de sa consolation et de son salut : « Souffrir avec l’autre, pour les autres ; souffrir par amour de la vérité et de la justice ; souffrir à cause de l’amour et pour devenir une personne qui aime vraiment – ce sont des éléments fondamentaux d’humanité ; leur abandon détruirait l’homme lui-même  » (ibid .).
Je trouve que ces lignes résument parfaitement la philosophie qui a été celle de notre groupe pendant les 10 jours que nous avons passé ensemble. Comme nos responsables nous l’ont répété souvent, il n’y a pas de distinction, pas de hiérarchie entre les personnes valides et les personnes en situation de handicap. Bien sûr que non ; il y a seulement des hommes et des femmes, fragiles, qui ont besoin du soutien des autres personnes qui elles possèdent la totalité de leurs moyens.

Un soutien physique, dans tous les gestes de la vie quotidienne, mais aussi un soutien moral, par le simple fait de notre présence aimante.

Et c’est là que les mots de Benoît XVI prennent tout leur sens. Le Saint Père nous montre que nous devons être prêts à souffrir comme le Christ : Jésus ne peut pas, ne doit pas être seul à supporter la charge de la souffrance humaine. Au contraire, chacun de nous doit supporter, selon ses forces, une part de la souffrance des autres, en particulier celle des plus faibles, des plus démunis. Voilà pourquoi ces mots de Benoît XVI ont particulièrement résonné en moi au cours de ces JMJ.

Cela me fait penser par ailleurs à une lettre de Léon Bloy, immense écrivain catholique, malheureusement oublié aujourd’hui et que j’ai déjà eu l’occasion de citer tout à l’heure, qui disait un jour à son amie, Raïssa Maritain :

« Votre désir de me voir moins malheureux, bonne Raïssa, c’est une chose qui était en vous, profondément dans votre être substantiel, dans votre âme qui prolonge Dieu, longtemps avant la naissance de Nachor qui fut grand-père d’Abraham. C’est strictement le désir de la Rédemption, accompagné du pressentiment ou de l’intuition de ce qu’elle a coûté à Celui qui pouvait payer [le Christ]. C’est le christianisme cela, et il n’y a pas d’autre manière d’être chrétien.
Agenouillez-vous donc au bord de ce puits et priez ainsi pour moi :
Mon Dieu, qui m’avez achetée à grand prix, je vous demande très humblement de faire que je sois en union de foi, d’espérance et d’amour avec ce pauvre qui a souffert peut-être mystérieusement pour moi. Délivrez-le et délivrez-moi pour la vie éternelle que vous avez promise à tous ceux qui seraient affamés de vous.
Voilà, très chère et très bénie Raïssa,, tout ce que peut vous écrire aujourd’hui un homme, vraiment malheureux, mais comblé de la plus sublime espérance pour lui-même et pour tous ceux qu’il porte dans son cœur
 »

Il n’y a rien à retrancher ici : Léon Bloy, ce Pauvre sublime, nous montre à quel point prier et agir pour l’autre, dans le but d’apaiser ses souffrances et de le soutenir, est la clé du Salut et de la Résurrection.

La veillée du samedi et l’Adoration du Saint Sacrement

Les JMJ, ce sont avant tout des images qui restent gravées dans les mémoires. Il y a des images personnelles, ainsi celle que j’évoquais au tout début de l’article ; mais il y a aussi des images qui sont davantage collectives.

Parmi celles-là, je n’en retiendrais qu’une seule, sans doute la plus forte : celle de la veillée du samedi. Ce soir-là, la tempête s’est abattue d’un seul coup sur l’assemblée, forçant le pape à interrompre son homélie, tandis que notre groupe s’efforçait tant bien que mal de protéger de la pluie et du vent nos amis en fauteuil, à l’aide de bâches.

Mais le plus étrange, après un tel tumulte, fut le recueillement d’une étonnante sérénité qui s’est installé spontanément au sein de la foule, afin de préparer les cœurs à la cérémonie de l’adoration.
C’est ainsi que par deux fois au cours de cet été, j’ai éprouvé de façon certaine la conviction de la présence agissante de Dieu.

La première fois, vous vous en rappelez, c’était en Israël, dans le désert du Néguev.

La nuit, seul face à l’immensité du désert, devant la beauté époustouflante de la création de Dieu, j’ai senti Son Souffle battre sur mes tempes ; j’ai senti Sa force vivifiante envahir mon âme.

Je me suis dit que tant de merveilles ne pouvaient venir que du Seigneur, Yahvé qui a aidé les Juifs à sortir du désert et à gagner la Terre Promise ; qui a envoyé ensuite Son propre Fils, Jésus Christ, sur la terre.
La seconde fois, c’était justement lors de cette célébration de l’adoration de l’eucharistie à Madrid.

Là, face au déchaînement des éléments au début de la veillée, suivi de cette intensité unanime des jeunes dans la prière, j’ai pensé à la Pentecôte (Actes des apôtres, chapitre 2) :

« Tout à coup vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent […] Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à s’exprimer en d’autres langues  »

J’ai aussi relu par la suite ces paroles de Pierre qui cite le prophète Joël devant la foule :

« Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. […] Et quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé  »

Puisse le Saint Esprit nous communiquer ainsi la même foi que celle des premiers apôtres, et la même ardeur à évangéliser le monde.

Conclusion : un grand espoir de renouveau

« Désirer quelque chose de plus que la routine quotidienne […] et aspirer à ce qui est réellement grand, tout cela fait partie de la jeunesse. Est-ce seulement un rêve inconsistant,qui s’évanouit quand on devient adulte ? Non, car l’homme est vraiment créé pour ce qui est grand, pour l’infini. Tout le reste est insuffisant, insatisfaisant  » ( Benoît XVI ).

Ce message du Saint Père, délivré juste avant les JMJ, je pense que tous les jeunes présents à Madrid l’ont entendu et compris. Car il s’agit là un formidable appel à l’action.

Face à un individualisme et un matérialisme de plus en plus marqués dans notre société actuelle, la « juventud del papa », c’est à dire la jeunesse du pape, notre génération, représente un espoir formidable de renouveau.

Il nous faut répondre à l’appel du Saint Père et combattre la médiocrité, aspirer à la grandeur, à l’infini. Pour cela, il n’y a qu’un seul moyen : suivre le Christ.
Affermis dans la foi, nous ne risquons rien à ses côtés ; en tentant de L’imiter, par le service, par l’humilité, par la prière, par la volonté de faire connaître l’Évangile et ainsi de faire grandir les autres, là nous pouvons atteindre « ce qui est vraiment grand ».

Dans le chapitre 3 de l’Évangile selon Saint Jean, il y a ce passage où le Christ discute avec Nicodème, le sceptique.

Jésus lui dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu  ».

Cette renaissance par l’Esprit, je crois l’avoir ressentie à l’issue de mes deux pèlerinages, en terre sainte puis en Espagne.

Là est aussi le cœur de la conversion, de l’évangélisation. Car cette renaissance, j’aimerais tant la faire connaître aux autres, à ceux qui ne croient pas en toi, Seigneur ; à ceux qui encore aujourd’hui te bafouent et rendent plus lourde Ta Croix chaque jour.

Seigneur Jésus, inspire les jeunes, fais descendre Ta Grâce sur eux pour les aider à témoigner, à faire connaître Ton formidable message d’espérance et d’amour. Suscite des vocations sacerdotales : fais que ces JMJ soient pour certains d’entre nous comme un souffle qui nous donne le désir de te consacrer entièrement notre vie, car tu l’as dis toi-même, Seigneur Jésus, en regardant avec beaucoup de tristesse et de pitié les foules sans bergers : la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux.

Seigneur Jésus Christ, tu nous a donné le plus bel exemple de vie humaine sur terre ; donne nous la force de T’imiter. Aide nous à sans cesse élever notre âme vers Toi en nous tournant vers les plus faibles, vers les plus petits, car ce sont eux « les princes du ciel ».

Seigneur nous te prions enfin pour l’Église d’Espagne ; pour l’Église de France, afin qu’elle retrouve la foi de son baptême, comme le demandait Jean-Paul II ( et pour cela nous invoquons aussi Notre Dame de France ) ; enfin, pour l’Église universelle ; qu’elle ressorte encore plus unie de ces JMJ.

Surtout, nous te rendons grâce pour tous les moments d’amitié partagés ; en particulier pour l’hospitalité et l’accueil chaleureux de la communauté espagnole.

Je tenais enfin à dire une dernière chose, en forme de conclusion, sur l’universalité de l’Église justement. J’ai trouvé fascinant, au cours de ces JMJ, la diversité présente dans l’Église.

Chaque jour en effet, une messe était proposée au groupe. Cette messe, elle réunissait parfois seulement 30 personnes ( lorsque nous ne pouvions la faire que dans l’intimité du groupe ) ; parfois elle avait lieu devant plusieurs centaines ou plusieurs milliers de fidèles ; jusqu’au clou final, la messe présidée par le Saint Père devant près d’un million et demi de jeunes.

Pourtant à chaque fois ce fut la même émotion, car « que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux  » (Mathieu, 18, 20). L’universalité de l’Église, c’est bien cela, cette capacité des chrétiens à célébrer le Christ « en tout temps et en tout lieu », et cela sera le dernier enseignement que je retirerais de ces JMJ.


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