Retour de Terre sainte : « osons le Christ »

dimanche 13 novembre 2011
par  Guillaume BERNARD
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A nos amis internautes, nous allons découvrir ci-dessous le 1er volet des impressions personnelles d’un jeune Plérinais ayant participé au pélerinage en Terre Sainte puis aux rencontres de la Jeunesse à Madrid cette année. Les textes étant un peu long, nous avons souhaité en faire 3 volets qui seront mis en ligne à suivre tous les 8 jours. Merci de votre compréhension.

Ayant participé à un pèlerinage en terre sainte au cours du mois de juin dernier, j’ai profité de la suite des vacances pour mettre par écrit quelques unes de mes impressions personnelles.

La Terre sainte, terre de richesses

Richesses : c’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à la terre d’Israël. Car la Terre Sainte est pleine de richesses, et surtout des richesses spirituelles, des trésors de grâce : tout y est grâce, pour reprendre les mots qu’emploie Georges Bernanos à la fin du Journal d’un curé de campagne.

En effet, comme nous le disait Monseigneur Marcutzo, évêque du patriarcat de Jérusalem, qui nous a accueilli dans son évêché : « Profitez ; profitez de tout : en terre sainte tout respire la grâce de Dieu : les monuments, les mosaïques ; la nature : oiseaux, fleurs, vent ( et c’est là la présence du Souffle de l’Esprit) ; même les cailloux…  »

Une fois que le pèlerin a bien cela à l’esprit, tout s’illumine : on se rend compte en effet que Dieu a élu cette terre par deux fois : d’abord pour y installer Son peuple, ensuite pour y envoyer Son propre Fils, Jésus Christ. L’amour de Dieu pour cette terre sainte n’est-il pas incroyable ?

Lamartine, qui, comme beaucoup d’écrivains du XIXe siècle, avait accompli un voyage en Orient, l’a très bien compris, puisqu’il écrivit à son retour : « Le pays qu’un grand homme [Le Christ] a habité et préféré durant son passage sur la terre m’a toujours paru la plus sûre et la plus parlante relique de lui-même  ».

C’est à dire que la Terre Sainte est dessinée à l’image du Christ : c’est une terre de contrastes où l’on rencontre à la fois pauvreté et humilité ( par exemple à Bethléem et Nazareth ), tout comme le Christ a vécu toute sa vie en pauvre de Dieu.

Mais en même temps on trouve en Israël beaucoup de majesté, notamment dans la grandeur de la dignité de la population, ou encore devant la beauté des sites, devant l’importance des événements qui se sont déroulés là … de même que la majesté n’a jamais quitté le Christ, tant pendant sa vie sur terre que dans le ciel.

Sur cette terre, la richesse des récoltes alterne avec l’aridité des déserts ; ou encore le calme des éléments peut se transformer en fureur. Justement, avant d’écrire cet article, je relisais le texte du jour « le Christ marchant sur les eaux ». Et je repensais à la traversée du lac de Tibériade que nous avions faite avec le groupe, sur ces mêmes eaux où le Christ a accompli son miracle.

Quel contraste, me disais-je, entre la sérénité que nous avions éprouvée lors de cette traversée, et la violence de la tempête dans laquelle était pris les disciples, avant que le Christ ne leur vienne en aide ! Et bien c’est cela, la Terre sainte : une terre de contrastes.

Cette correspondance entre le Christ et la Terre sainte est frappante, et j’ai eu l’occasion de la vérifier plusieurs fois pendant le pèlerinage.

Toutefois le désert reste pour moi l’endroit où l’on ressent le plus la présence du Christ.

Majesté et pauvreté du désert ; Majesté et pauvreté du Christ

En effet, au milieu du pèlerinage, nous avons eu la chance de découvrir le désert du Néguev, qui occupe plus de la moitié d’Israël. Notre hôtel étant situé à Arad, au sud du pays, nous avions le privilège, le soir, de nous rendre ainsi aux portes du désert.

Ce qui se passe est alors indescriptible. Imaginez-vous un paysage lunaire, d’une beauté à couper le souffle : les montagnes semblent contempler, en haut, les astres, et en bas, l’immensité du vide.

La première réaction que l’on a face à un tel paysage est celle-ci : devant une telle grandeur, qui semble presque irréelle, on chante la louange de Dieu, car lui seul peut être à l’origine de tant de beauté, de tant de puissance.

Ensuite on pense à cette très belle prière de Charles de Foucault, que le père Pierre nous a rappelé dans l’une de ses homélies :

Mon père, je m’abandonne à toi,


fais de moi ce qu’il te plaira.


Quoi que tu fasses de moi,


je te remercie.


Je suis prêt à tout,


j’accepte tout. […]


Je remets mon âme entre tes mains.

Et en effet face au désert c’est cette volonté d’abandon total à Dieu qui nous envahit ; car l’on se sent transporté par une force irrésistible : celle de l’Esprit Saint. Le vent violent qui nous fouette le visage est là pour nous rappeler son soutien sans failles. C’est à ce moment là que sont revenus en moi avec force les mots que le Christ adresse à Nicodème :

« Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit  ».

Alors certes l’on se sent infiniment petit face à la grandeur de cette Création ; mais en même temps l’on est fortifié par l’espoir qu’il nous appartient de très grandes choses à accomplir au service de Dieu, afin de Lui rendre une partie, ne serait-ce qu’infime, de ce qu’Il nous a donné.

Enfin on pense au Christ qui est venu là, quelque part dans cette immensité, se recueillir quarante jours avant de réaliser la mission que Son Père Lui a confié.

C’est ici que Jésus est venu rechercher de la force pour surmonter les épreuves qui L’attendaient ; c’est ici qu’Il a dû repousser les démons qui Le poussaient à abandonner, en se confiant sans cesse à son Père.

Dimitri, l’un des héros de Dostoïevski dans Les Frères Karamazov ( le plus grand roman qui ait jamais été écrit, selon notre pape Benoît XVI ) dit à un moment :

« La beauté, quelle chose terrible et affreuse ; une chose terrible. C’est là que le Diable entre en lutte avec Dieu ; et le champ de bataille, c’est le cœur de l’homme  ».

C’est pourquoi l’on n’a aucun mal à imaginer que, au milieu de cette beauté absolue du désert, Satan soit venu tenter le Christ et ait voulu le faire chuter. Mais Jésus a su magnifiquement y résister, avec l’appui de son Père, et de l’Esprit Saint dont j’évoquais la présence tout à l’heure.
La Passion et la révélation du mystère de l’Incarnation

Autre moment fort que je tenais à partager : le chemin de croix à Jérusalem, que nous avons suivi à la fin du pèlerinage. Il n’est d’ailleurs pas sans point commun avec le désert ; puisque dans le désert comme sur la croix, Jésus a refusé à chaque fois de réaliser un miracle qui L’aurait éloigné du chemin que Lui avait indiqué Son Père.

Ainsi au désert, le Christ a refusé de tomber du haut de la montagne pour se faire retenir par les anges, comme le lui demandait Satan ; de même sur la croix, Il n’a pas répondu aux soldats qui, se moquant de Lui, lui disaient : «  descends maintenant de ta croix et nous croirons en toi ! »

A chaque fois Jésus a refusé d’accomplir ces prouesses pour ne pas faire dépendre notre foi d’un miracle, pour ne pas faire procéder Son Amour illimité d’un tour de magie. Il nous a laissé ainsi une entière liberté pour Le choisir, sans nous imposer quoi que ce soit.

Mais revenons au chemin de croix. La via dolorosa, à Jérusalem, est un parcours constitué de plusieurs stations, souvent des chapelles, qui a été tracé par les frères franciscains, bien après l’époque de Jésus Christ et qui aboutit à la basilique du Saint Sépulcre. Le tracé originel a en effet disparu, suite aux différentes invasions.

Néanmoins le chemin que nous empruntons à travers les ruelles de Jérusalem devait être très similaire à celui qu’a emprunté Jésus plus de deux mille ans auparavant.

Et pendant que nous marchons, lorsque nous traversons les rues encombrées de souks, l’on n’a aucun mal à imaginer Jésus portant Sa croix au milieu d’une foule vaquant à ses activités habituelles, criant, marchandant.

Jésus marche seul, tête baissée, droit devant lui. Il entend les ricanements de la foule ; il entend les pleurs des femmes de Jérusalem. Il tombe une première fois, il tombe une seconde fois, il tombe une troisième fois, mais à chaque fois se relève.

Deux choses ont dû être terribles pour Jésus, en plus de la souffrance à porter ce lourd fardeau : la haine de la foule qui Le suivait et L’insultait ; et peut-être pire encore l’indifférence du reste des gens qui ne voyaient là qu’un homme qu’on allait crucifier parmi d’autres.

Seuls Simon de Cyrène, qui a aidé Jésus à porter Sa croix, et Véronique, qui a essuyé Sa Sainte Face, ont allégé cette souffrance-là.

Surtout, en faisant ce chemin de croix, l’on se rend compte à quel point le Christ était humain, c’est à dire à quel point il a douté, tant ses peines étaient lourdes.

Jusqu’au bout, il implore son Père : d’abord, à Gethsémani, pendant que ses disciples dorment : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! » avant de préciser « cependant non pas comme je veux mais comme tu veux  » puis sur la croix : « eli, eli, lamma sabaccthani  », «  mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? » (Évangile selon Saint Mathieu).

Et au fur et à mesure que l’on passe dans les chapelles qui constituent les stations du chemin de croix, on repense à ces moments de doute, et l’on se dit qu’une seule chose a pu soutenir le Christ : l’espérance en la Résurrection. Derrière chaque souffrance, cette espérance est là et elle nous attend au Saint Sépulcre ; cette espérance devient même une certitude à chaque fois que nous nous rapprochons de la basilique.

Cet espoir, ce sont les chrétiens arméniens qui ont su le mieux l’exprimer. Dans leur liturgie, la croix est toujours représentée fleurie, et nous avons pu voir plusieurs croix de ce type à Jérusalem.

Ainsi, les nombreuses fleurs qui viennent prolonger chacune des branches de la croix viennent-elles symboliser l’espérance de la Résurrection après le calvaire du Golgotha : la souffrance de la croix annonce la joie de la Résurrection.

Le Saint Sépulcre

Le Saint Sépulcre est donc l’aboutissement de tout pèlerinage en terre sainte. Ce lieu Saint est considéré par la tradition chrétienne comme le centre du monde. Pourtant, la première fois que le pèlerin s’y rend, il a de fortes chances d’être déçu. Dans la basilique, la foule est impressionnante.

Les chrétiens de toute confession se pressent devant le Tombeau du Christ et le moindre espace est occupé par les accessoires de dévotion les plus divers : encensoirs, cierges, icônes … à tel point que la basilique semble surchargée, saturée de magie.

Mais, une fois que le pèlerin s’est habitué à cette ambiance quelque peu surréaliste, une fois que son esprit est parvenu à rentrer en prière avec le Seigneur, les grâces qui lui sont accordées peuvent être infinies. Car dans cet endroit on ne peut plus reculer, comme l’a montré Mgr Lustiger. Il s’était rendu en terre sainte en 1951, alors qu’il était encore séminariste. Mais laissons lui la parole :

« Je me suis retrouvé devant la plaque de marbre qui recouvre la roche.
Alors je me suis dit : « Aussi vrai que cette pierre est là, que tu la touches, qu’elle résiste à tes mains et à ton front, et s’impose à tes sens, il faut que tu te décides si, oui ou non, tu adhères pleinement au Christ ressuscité, à Dieu sauveur, à l’appel de Dieu à son peuple pour le salut du monde. Ou bien tu t’en vas, il n’est que temps
 ».

Et la lumière fut donnée à cet instant-là. »

Monseigneur Lustiger nous montre admirablement comment la foi n’est pas un acte de croyance purement abstrait ; c’est au contraire un don de soi presque physique, où l’âme doit se confier entièrement à Dieu. Il ne saurait y avoir de demi-mesure dans la foi.

Il y a donc au moins deux possibilités : soit l’on ressort quelque peu incrédule de la basilique, encore abasourdi par l’éclat des lumières et par le son des prières prononcées dans toutes les langues de la chrétienté ; cela a été mon cas lors de mon premier pèlerinage en terre sainte.

Ou bien, comme Jean-Marie Lustiger, l’on quitte le site du Saint Sépulcre, frappé au cœur, convaincu que, ici, le Christ a retrouvé la Lumière bienfaisante du Soleil au sortir du tombeau.

On repart alors de la terre sainte, portant en soi un extraordinaire espoir qui est la Vie Eternelle. Et c’est exactement cette impression-là que j’ai ressentie lors de mon second pèlerinage en Israël.

Dieu qui s’est fait homme

Vous l’aurez compris, l’expérience la plus forte du pèlerinage en Terre Sainte a été ( du moins d’un point de vue personnel ) de redécouvrir, de revivre cet incroyable mystère du christianisme : l’incarnation. C’est à dire qu’ici, en ces lieux saint, Dieu s’est fait homme ; ce qui signifie qu’il a éprouvé les mêmes sentiments que peut éprouver tout homme : la colère, la tristesse, la joie ; la souffrance.
Le chemin de croix n’est d’ailleurs pas le seul endroit à Jérusalem où l’on peut ainsi revivre le mystère de l’incarnation. Sur le site de l’esplanade du temple, Jésus s’est mis en colère contre les marchands, d’une colère noire, face à tant d’hypocrisie. Plus loin, sur les hauteurs de la ville, le Christ a pleuré ( Dominus flevit ) sur Jérusalem :

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulus rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes … et vous n’avez pas voulu ! » (Évangile selon Saint Mathieu).

Mais pour moi, l’endroit où le Christ s’est montré sous son visage le plus humain, se trouve à Saint Pierre en Gallicante, toujours à Jérusalem. Là, après que Pierre ait renié par trois fois Jésus, selon saint Luc, « le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre ». Lorsque l’on arrive à l’endroit présumé où cet épisode a eu lieu, comment ne pas repenser à ce regard ? Un regard où tant de choses devaient s’exprimer : à la fois une immense tristesse du Christ, et beaucoup de déception vis-à-vis de Pierre. Mais en même temps, de ce regard du Christ émanait aussi beaucoup d’amour miséricordieux, de pardon. C’est le regard que le Christ pose sur nous à chaque moment que nous doutons : c’est pourquoi j’ai été particulièrement ému dans ce lieu.

Un dernier lieu m’a marqué, plus inattendu : la prison dans laquelle le Christ aurait passé la nuit du jeudi saint au vendredi saint, selon une tradition qui nous a été laissée par les évangiles apocryphes.

L’endroit est froid, humide, vide. On peut encore y apercevoir les traces des trous dans lesquels étaient fixées les cordes, les chaînes qui emprisonnaient les détenus. On se dit que Jésus y a peut-être été suspendu.

Le père Éric nous lit alors le psaume 87 dit « prière du fond de la détresse ».

Les plus beaux psaumes sont ceux qui ont été inspirés dans des moments de doute et de douleur, car ce sont dans ces moments-là que l’homme se retrouve le plus proche de Dieu.

Que l’on songe aux psaumes écrits par David, notamment après qu’il ait trompé son Seigneur en envoyant Urie à une mort certaine, pour mieux conquérir la femme de celui-ci, Bethsabée.

Ainsi en est-il du psaume 22, dit « souffrances et espoir du Juste », dont le Christ reprendra les premiers mots sur la croix : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » ; ou encore du « cantique de l’Arc », magnifique, où David pleure la mort du roi Saül et celle de Jonathan (l’ami de David) : « comment des héros sont-ils tombés ? Comment leurs armes se sont-elles perdues ? ».

Le psaume 87, lui n’a pas été rédigé par David mais il compte aussi parmi les plus belles prières qui aient jamais été adressées au Seigneur.

Écoutons en les premières strophes, que le Christ a peut-être prononcées ici, dans cette prison lugubre.

« Mon âme est rassasiée de maux
et ma vie est au bord du shéol ;
déjà compté comme descendu dans la fosse,
je suis un homme fini.

Tu as éloigné de moi mes compagnons,
tu as fais de moi une horreur pour eux ;
je suis enfermé et ne puis sortir ».
Avec beaucoup d’émotion, chacun essaie d’imaginer la nuit que le Christ a dû passer ici. Une nuit consacrée à la prière. Une nuit où, dans l’attente des pires souffrances, Jésus implore encore son Père de le soutenir.

Après avoir vécu tout cela : le chemin de croix, la basilique du Saint Sépulcre, et les différents sites sur lesquels le Christ a vécu les derniers instants de sa vie sur terre, l’on a envie de s’écrier, comme le centurion romain au pied de la croix : « Vraiment cet homme était le fils de Dieu ! » (Évangile selon Saint Marc).

L’homme qui a prononcé ces paroles était, avant cette révélation, un misérable ; c’est lui qui en toute apparence a dirigé les soldats romains pendant qu’ils mettaient en place les croix sur la colline du Calvaire (« la crapule du corps de garde et des cuisines » comme le disait Baudelaire) . Mais devant la grandeur de ce sacrifice, il s’incline et ne peut s’empêcher de crier cette Vérité : Dieu a envoyé Son Fils pour nous sauver. Et bien, après un tel pèlerinage, nous aussi pèlerins avons envie de crier à la face du monde cette vérité éternelle : « Vraiment cet homme était le fils de Dieu », tant à chaque minute qui passe nous ressentons davantage cet amour de Jésus pour l’humanité.

« Laissez venir à moi les petits enfants… »

Je voudrais aussi évoquer un autre moment où nous avons vécu une parole de l’Évangile et qui a marqué l’ensemble du groupe : c’est cette rencontre avec des enfants arabes, abandonnés et recueillis par les sœurs de Bethléem.

Lorsque nous sommes arrivés à la crèche, ces enfants, très jeunes, sont accourus vers nous, à la plus grande stupéfaction de chacun. C’est que, même s’ils bénéficient de la protection des religieuses qui les ont recueillis et qui veillent constamment sur eux, ils n’ont jamais connu l’amour d’un père et d’une mère ; leurs yeux, brillants d’amour, imploraient cette affection qui leur manque tant.

Les réactions des membres du groupe ont été très différentes : certains jouaient avec eux, d’autres les portaient dans leurs bras, d’autres se contentaient de les regarder en souriant, incapables de faire plus, tant l’émotion était forte.

C’est véritablement à cette occasion que j’ai compris cette parole du Christ :

« Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des cieux ». Car cela nous l’avons vraiment vécu : les petits enfants sont venus à nous. Il y a encore beaucoup d’amour à donner, tout autant qu’à recevoir.

La redécouverte de l’Ancien Testament

Enfin, si l’Évangile s’est trouvé au centre de notre pèlerinage, je tiens à dire que ce séjour en Terre Sainte m’a permis aussi de redécouvrir l’Ancien Testament. En effet celui-ci a tendance aujourd’hui à être délaissé par certains d’entre nous, catholiques, par rapport au Nouveau Testament (du moins c’était mon cas) ; or l’Ancien Testament est d’une richesse considérable et en terre sainte sa lecture se fait sous un jour nouveau.

La relecture de l’Ancien Testament en terre sainte nous a permis de nous remémorer la longue histoire du peuple de Dieu, les exploits des chefs d’Israël que Yahvé avait investis d’une mission sacrée : installer son peuple dans une Terre où il pourrait vivre en paix et louer Son nom.

Et au fur et à mesure que nous avons relu cette histoire, je me suis aperçu à quel point le peuple d’Israël avait souffert. A chaque visite, le père Éric nous rappelait les différentes déportations et invasions qu’a dû subir ce peuple : les Égyptiens, le royaume de Babylone ; les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Croisés (dont les anciennes forteresses sont pour certaines encore dressées sur les montagnes), les Turcs, et j’en passe ; la dernière agression étant l’extermination des Juifs par les nazis qui nous a été retracée par le Mémorial de Yad Vashem.

A cet égard, la patience du peuple Juif, sa ténacité est exemplaire. Car même s’il a souvent douté, comme lors de la fuite hors de l’Égypte vers la Terre Promise, où Moïse a dû souvent « batailler » pour le faire revenir à la raison, le peuple juif a toujours tenu bon. Pourquoi ? Parce que comme le Christ plus tard, il a constamment maintenu sa confiance en Dieu.

Le lieu le plus symbolique de cet esprit de résistance des Hébreux, nous l’avons visité, à Massada.

Dans cette forteresse, les Juifs ont longtemps tenu tête aux Romains (entre 69 et 73 après Jésus Christ), avant de céder sous le poids du nombre.

L’immense rampe, construite patiemment (pendant 2 ans) par les Romains avec de la terre et des pierres, est là pour témoigner du caractère inéluctable de la prise de Massada.

On se met à la place des Juifs, on imagine leur peur : chaque jour, ils assistaient, impuissants, à l’avancée des Romains. Le génie militaire des Romains était supérieur à la ténacité des Juifs.

Mais ils ne se sont pas livrés vivants à l’envahisseur. Il faut relire Flavius Josèphe qui dans La Guerre des Juifs, nous a retranscrit le discours sublime de Eléazar, le grand prêtre de la cité.

Eléazar exhorte ses fidèles à mourir en hommes libres (en se donnant mutuellement la mort dans un ultime sursaut d’orgueil) plutôt que de vivre en esclaves :

« Il y a longtemps, mes braves, que nous avons résolus de n’être asservis ni aux Romains, ni à personne, sauf à Dieu, qui est le seul vrai, le seul juste maître des hommes ; et voici venu l’instant qui commande de confirmer cette résolution par des actes.

Laissons seulement les vivres ; ceux-ci témoigneront pour les morts que ce n’est pas la disette qui nous a vaincus, mais que, fidèles à notre résolution première, nous avons préféré la mort à la servitude ».

Les hommes vont écouter le grand prêtre et réaliser ce qu’il demande, persuadés qu’après la mort ils connaîtront enfin l’immortalité. Les Romains, quand ils entrèrent dans la citadelle déserte, voyant les cadavres, admirèrent la noblesse d’âme et l’honneur de ce peuple, « de tant d’hommes qui avaient agi avec constance jusqu’au bout » nous dit Flavius Josèphe.

Encore aujourd’hui, les cadets de l’armée israélienne viennent prêter serment sur le sommet de la citadelle en jurant : « Jamais plus Massada ne tombera ».

On pense aussi aux rebelles commandés par Bar Kokhba, qui, alors qu’ils s’étaient réfugiés dans des repères aménagés dans les collines, ont été étouffés par des feux allumés par les Romains à l’entrée des grottes.

Enfin, la résistance de Massada fait penser également au panache de Samson dans le livre des Juges.

Alors qu’il a été humilié par ses ennemis, les Philistins,en étant jeté en prison, il demande à Dieu de lui donner encore un peu de force pour venger l’honneur de son peuple. Et avec l’énergie du désespoir, il parvient à renverser les colonnes du temple, tuant ainsi avec lui des milliers de Philistins.

Le Christ nous a d’ailleurs prévenu : « le Salut vient des Juifs » (Jean, IV, 22) ; car Son Père a choisi ce peuple, il l’a élu pour garder l’Arche d’Alliance. En contrepartie, et cela à l’image de la colonne de feu qui précédait les Hébreux dans le désert, Il leur a toujours assuré Son appui indéfectible.

En guise de conclusion

Charles Péguy, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, faisait dire à Dieu lui-même :

« La foi ça ne m’étonne pas.
Ça n’est pas étonnant.
J’éclate tellement dans ma création.

La charité ça ne m’étonne pas.
Ça n’est pas étonnant.
Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres.

Mais l’espérance, voilà qui m’étonne.
Moi-même. Ça c’est étonnant.
Que ces pauvres enfants voient comme ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin.
Ça c’est étonnant et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce ».

Le mystère de la foi, il m’étonnait avant ce pèlerinage.

Que veut bien dire cette exclamation du prêtre pendant la messe : « il est grand le mystère de la foi ! » ? J’ai compris en terre sainte que la grandeur de ce mystère, c’était la liberté que nous donne le Christ pour le suivre ; une liberté totale, donc, mais qui, si l’on accepte d’oser le Christ, oblige à se donner entièrement : « va, vends tout et suis moi ! ». C’est là que réside la grandeur du mystère de la foi.

La seconde vertu, l’espérance, est celle qui pose le plus de problème à Péguy.

Pourtant, l’espérance n’est que confiance. Confiance dans le Roi de paix qui siège à la tête d’un royaume infiniment plus grand que tous les empires qui ont été conquis sur terre : le Royaume de Dieu.

Cette confiance, après un pèlerinage en terre sainte, elle devient naturelle. Car sur place, l’on se rend compte davantage de l’immensité du sacrifice du Christ et du Don extraordinaire qu’il a fait aux hommes : celui de Sa propre chair, de Son propre sang. Comment ne pas mettre alors toute sa confiance en lui ?

Quant à la troisième vertu théologale, la Charité, c’est celle-là qui me posait davantage problème.

Car si elle paraît aller de soi, il est tellement difficile de l’appliquer concrètement … Ce n’est qu’après les JMJ que j’ai pu enfin comprendre, au moins en partie, ce troisième mystère, comme vous allez vous en rendre compte.


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