L’heure lumineuse de l’amour à neuf

Ml 3, 1-4 - Ps 23 - He 2, 14-18 - Lc 2, 22-40
mercredi 1er février 2012
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Du P. Philippe Vallin, c.o.
Avec l’aimable autorisation de la revue Esprit et Vie - Edition du CERF -
( n°98 - janvier 2004 - 2e quinzaine, p. 41-42 )

Loin avant la nuit de Pâques, loin surtout de contempler le Sauveur dans la perfection de son âge adulte, ressuscité pour la vie éternelle dans la stature de l’homme nouveau, nous avons pourtant formé un buisson de lumières autour de l’enfant Jésus, « lumière des nations et gloire d’Israël », qui bientôt s’en retournera entre ses parents étonnés grandir dans l’obscurité de Nazareth. Que se passe-t-il ? Serait-ce que la liturgie, paresseuse et en manque d’imagination, a voulu encore déposer dans la main des fidèles ce cierge de toutes les occasions, de toutes les veillées, toujours bon pour les plates alternances de la nuit et du jour et pour les contrastes faciles ? Que vient faire ici la lumière entre les deux ombres où Dieu s’était enveloppé, le réduit de Bethléem qui abrita la naissance clandestine du Verbe incarné et puis la Galilée des nations en laquelle fut celée sa croissance ?

L’amour maintenant !

Mes frères, la Présentation du Seigneur est l’embrasement d’un lieu où Dieu a établi sa demeure et où il agrée, par le feu, l’offrande du peuple serviteur ( Malachie ). Elle est l’embrasement d’un temps, l’heure choisie parmi toutes pour la visitation de ceux qui, « justes et religieux, attendaient la consolation d’Israël  ». Elle est l’embrasement du culte et l’embrasement de la Loi, lorsque les deux petites colombes sont substituées au premier-né. Mais on ne pourra plus dire cette fois qu’un fils d’Adam, un homme de sa descendance, est incapable d’offrir le sacrifice du cœur profond qui seul plaît à Dieu. L’Évangile révèle au contraire avec le solennel « Maintenant » de Syméon, que le fils de Marie fut réuni, en cette heure, à ces deux figures de l’offrande inscrite dans la Loi, pour les déclarer sans doute authentiques en leur temps, mais surtout pour ouvrir le temps de l’amour neuf où la substitution ne sera plus authentique. « Car mes yeux ont vu ton salut  », chante en retour l’allégresse de l’ancienne espérance qui n’avait vu que des colombes. Colombes pour attendre autant que le Maître souverain fait attendre, pour persévérer dans la sévère fidélité où se mérite l’embrasement de la joie. Colombes pour apprendre à obéir encore et encore, sans jamais savoir obéir de l’obéissance infinie qui répond au commandement infini de la volonté divine. Mais voici qu’est venue l’obéissance du Fils bien- aimé.

Vision de paix et signe de contradiction

Jésus marque ici la jointure heureuse de la promesse, retenue en très patiente mémoire par les justes d’Israël, et de l’événement qui n’est autre que la consécration entière du Premier-né, du Fils monogène, après lequel il n’est plus d’autre sacrifice que le sien, embrasé du feu de l’amour du Père. Heure d’allégresse, à coup sûr, car le Père reconnaît « maintenant » dans le cœur humain du tout petit enfant le battement créé de la charité incréée. Heure pacifique pour les vieillards du Temple, Anne et Syméon, élus prophètes de la joie du Père puisque, « maintenant », le Verbe-enfant ne sait encore aimer le monde qu’en silence. Ce n’est pas dire que le juste Syméon, en Israël et selon les prophéties de la Loi, aurait en partage un Messie contemplé dans une vision de salut, une « vision de paix  » qui le dispensât de la paix de la croix, acquise au prix du sang du Premier-né. Non pas : le vieux serviteur peut s’éloigner dans la paix, parce qu’il a vu, en cet enfant présenté au Temple, le « signe de contradiction  » où s’accomplissent tous les signes de sang répétés dans le sanctuaire, à quoi l’Épître aux Hébreux rendait justice par la fin, autrement dit par le sacrifice parfait et définitif dont Jésus est le grand prêtre, l’autel et la victime. L’allégresse de Syméon embrasse l’ombre du Vendredi saint sur l’horizon de la lumière de Pâques, et ce vivant qu’il prend dans ses bras est tenu, devant le Seigneur, comme l’offrande suprême, savoir la plus haute et la dernière.

L’amour qui perfore les cœurs

Bientôt, suggère-t-il, ce cœur à l’amour infini publiera, en paroles, la vérité unique et neuve de son sacrifice d’obéissance, et la louange adressée au Père selon la communion du Fils déclarera le mensonge des obéissances feintes, des hommages avoués du bout des lèvres, bref, de toutes ces colombes offertes non par substitution pour la figure et l’espérance, mais par imposture et par calcul : « Ainsi seront dévoilées les pensées d’un grand nombre  ». Au Temple de Jérusalem, dans des termes presque égaux, on avait pu augmenter la vérité et la pureté du culte comme on avait pu y soustraire. Alors la nouvelle économie en un sens continue l’ancienne, celle du feu divin «  pareil au feu du fondeur  », s’il est vrai que la gloire du Christ ressuscité paraîtra insoutenable au monde pécheur : « Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ? »

En un autre sens, la Présentation du Seigneur, sous sa forme de nourrisson inoffensif, subvertit l’ancienne économie parce qu’elle annonce l’extrême force, la force plus réelle encore et concrète de l’amour crucifié. « Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu  » : devant cet amour, si vrai qu’il dévoile et ravage les impostures, seule Marie « a pu se tenir debout  » (Malachie). L’enfant de la Chandeleur est offert en pleine lumière, et c’est parce qu’il ne garde rien pour lui dans un amour entièrement abandonné entre les mains des hommes qu’il deviendra un signe de contradiction terrible et doux au milieu du monde : terrible de douceur ! Sa douceur s’en prendra, non pas, aux corps des pécheurs pour les rudoyer ainsi qu’on le fit encore devant lui pour la femme adultère. Sa douceur va s’en prendre « aux pensées secrètes d’un grand nombre », et à ce niveau de profondeur et d’obscurité des consciences. Le Seigneur doux et humble de cœur insinuera un salut de lumière pour tous les pénitents ramenés à leur Dieu. Lumière qui purifie et qui affine, de même que refusée, elle devra provoquer la chute de ceux qui auront préféré la désobéissance des fils de la nuit : Non serviam !

Dans la joie de cette fête, frères et sœurs, et remplis d’espérance, confions notre conversion au Sauveur qu’on tient dans ses bras : au bout de la course, rapetissés au gré de sa miséricorde, ayant perdu en poids d’orgueil, nous le verrons venir à notre rencontre dans sa douce majesté, et alors c’est lui qui nous tiendra entre ses bras, enfants de Dieu offerts à leur Père.

ESPRIT ET VIE : Revue catholique de formation permanente
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art …


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