Le Verbe se fait pain

Homélie du 20e dimanche ordinaire année B
lundi 20 août 2012
par  Bernard BLOYET (abbé) (†)
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Depuis quatre semaines, l’Église nous donne à méditer le discours de Jésus sur le pain de vie. Il est utile, avant d’aborder le texte de ce dimanche, de nous rappeler l’enseignement des dimanches précédents.

Nous sommes partis d’un miracle, d’un signe : la multiplication des pains. La foule avide d’entendre une parole vraie, un enseignement nouveau, en oublie les provisions pour le repas. Le Christ va leur donner le pain nécessaire pour la vie du corps. Dieu s’intéresse aussi à la nourriture matérielle des hommes.
Le deuxième dimanche Jésus affirme : « Moi je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif  » Jésus est la nourriture spirituelle, sa parole nourrit notre esprit, alimente notre conscience : elle est le pain de l’esprit.
Dimanche dernier, Jésus continue la révélation « Je suis le pain descendu du ciel  ». Le pain parole de Dieu était acceptable, mais lui Jésus, d’une famille connue de tous, comment pouvait-il être descendu du ciel ?
Malgré les murmures, Jésus insiste : « Le pain que je donne c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie  ». C’est une annonce voilée de sa passion et de sa mort. Le vocabulaire s’affine alors que la pensée avance. _ Il ne s’agit plus du pain de la vie, mais du pain vivant. C’est plus qu’une nuance, c’est une avancée dans la révélation. Le pain de vie était nécessaire à la vie spirituelle de l’homme. Le pain vivant préfigure l’Eucharistie car il est source de vie, germe de résurrection.
Le verbe « donner » a changé de sujet. Ce n’est plus le Père qui donne, mais Jésus lui-même qui donne sa vie et devient ainsi, au nom du Père, le donateur.
Le pain est identifié à la chair de Jésus. Ce terme ne désigne pas la substance de l’organisme humain, mais Jésus lui-même, dans sa condition mortelle. Pourquoi Jean l’évangéliste Jean a-t-il préféré le mot « chair » au mot « corps » traditionnel dans les paroles de Jésus à la Cène.
Probablement pour faire suite au prologue de son évangile : « Et le Verbe s’est fait chair  ». Pour insister sur le mode de présence de Jésus parmi nous. Il est parole, il est verbe. Il est chair, il est homme, il est Dieu incarné. C’est le mystère de l’Incarnation qui est ici rappelé.
Nous sentons que peu à peu, le discours évolue, glisse du pain du boulanger, au pain parole de vie, au pain vivant de l’eucharistie. Jésus affirme, non plus une identité mystérieuse, mais sa mort dans la chair, source de vie pour le monde.
« Le pain que je donnerai c’est ma chair pour la vie du monde  »
On remarquera que les auditeurs ont changé de nom : la foule est devenue les Juifs, terme qui chez Jean désignent les autorités de Jérusalem. Ils se posent la question bien normale : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?  »
Malgré cette réaction, Jésus maintient son enseignement et poursuit avec une certaine solennité : « Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous  » Il ne s’agit pas seulement de sa chair qu’il faut manger ( littéralement : mâcher soigneusement ) mais de son sang qu’il faut boire, donc de sa vie dont on doit s’abreuver.
Il est évident que ce texte a été écrit bien après l’institution de l’eucharistie et qu’il en porte les marques indéniables. Les rédacteurs finaux, qui comprenaient mieux ces paroles du Christ après la résurrection ont, sans doute, éclairci les paroles pour leurs auditeurs et leurs lecteurs.
On peut en conclure que la foi, c’est la manducation, la longue rumination du scandale d’un messie crucifié pour la vie du monde.
Laissons résonner en nous, pendant quelques instants de silence, cette parole du Christ :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle  ».


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