Difficile, mais nécessaire changement,

le changement c’est vraiment maintenant
mercredi 6 février 2013
par  Bernard LE NEEL
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Pour beaucoup de gens, l’image de marque du Carême est la pénitence entachée parfois de privations, voire de dolorisme négatif, d’insistance sur un mea culpa moraliste réducteur.
Invités à la metanoïa, à la conversion, nous pouvons méditer sur cette notion de changement et de métamorphose.

I - Le changement est inscrit dans nos gènes :

1/ Dès la conception et au-delà de la mort, l’être vivant, et donc l’être humain est soumis aux changements. Après les stades morula, etc … à travers la récapitulation de l’histoire de la vie, l’ontogénèse, le fœtus revit d’une certaine façon toute l’évolution de la vie depuis la création.
Une fois né, l’être humain continue toute sa vie à se métamorphoser : quoi de commun entre le bébé de jadis et l’homme mur, le vieillard ? Même après la mort, l’enveloppe humaine continue à changer au point de disparaître dans la terre.
On peut donc admettre que ce changement physiologique et biologique est inéluctable. On est bien obligé de l’accepter avec plus ou moins de fatalité. Il échappe à notre volonté.

2/ Animal social, l’homme est soumis à l’environnement de la société où il vit, que ce soit dans les domaines climatique, culturel voire religieux. Sans accepter le point de vue rousseauiste « l’homme nait bon c’est la société qui le déprave », force est d’admettre que par l’éducation, on pourrait dire le terrain d’élevage, l’être humain est influencé par le milieu ambiant. Son libre arbitre et sa volonté sont certes en général maintenus ; c’est le paradoxe de la nature humaine.
Les modifications du comportement au cours de la vie sont influencées par l’environnement social et sociétal.
En Mai 68, des tabous sont tombés. Ne retenons que l’autorité.
Schématiquement avant cette révolution soixante-huitarde, il allait de soi que ceux qui détenaient une forme d’autorité, de par leur naissance, leurs compétences, leur niveau intellectuel, leur statut, leur position sociale, bénéficiaient d’une certaine reconnaissance, et même de la notoriété. C’était incontestable et bien admis.
Un changement profond s’est alors produit, plus ou moins consciemment. _ Changement ici encore indépendant de la volonté humaine, personnelle. Comme dans nos gènes, le changement social s’est subrepticement imposé. On peut y voir la manifestation d’un certain conformisme. En faisant comme tout le monde, en vivant comme tout le monde, (en s’habillant de jeans et en buvant du coca cola), on s’identifie à la masse. Est-ce cela être du monde, dans le monde ? On reviendra in fine sur le conformisme, car il peut être vu comme une nouvelle forme de dictature.
Anecdote de ce changement de perception : un jour dans la région parisienne, un ami voisin m’a rendu visite ; il était architecte de profession, mais gauchiste extrémiste ; il n’arborait pas le nœud pap, DPLG de jadis. Une vieille tante qui était chez nous le vit et nous avoua ensuite l’avoir pris pour un plombier. Car profession et métier en ces temps-là se différenciaient. Désormais il n’y a guère de changement d’apparence que dans l’exercice même du métier, sur les chantiers. C’est une évolution qui prouve que le changement existe partout.

II Pourtant nous sommes allergiques au changement  :

A part certaines personnes, légèrement malades car hyperactives, (celles qui bougent tout le temps), la plupart des gens préfèrent le doux oreiller, non du doute, mais de la quiète sérénité.
Le changement fait peur car il déstabilise ; il requiert en effet que l’on modifie ses habitudes, donc certains points de repère. L’exemple le plus flagrant est la révolution, sociale ou politique, pour ceux qui la subissent. Dès qu’une municipalité décide par exemple d’inverser un sens unique ou d’en créer un, c’est la panique.
Changer les habitudes, les manières de faire, un casse-tête pour les responsables des entreprises.

Il existe ainsi désormais dans les entreprises des expériences de management au changement
Regarder comment ce changement est étudié et proposé dans la société civile n’est pas éloigné de notre quête de sens de la « conversion ».
Dans les entreprises, les Services, ces changements sont perçus :
d’une part comme des ruptures plus ou moins fortes, des remises en question, des façons d’agir et de penser jugées insatisfaisantes et d’autre part comme le développement de compétences conduisant l’organisation à une situation nouvelle.

  • Pourquoi ces organisations doivent elles changer, Quelles
    sont les motivations de ces changements ?
  • Comment changer ? Cette question s’inscrit dans l’espace situé
    entre la situation d’insatisfaction et la situation visée, espace que
    l’on peut appeler « processus de changement ».

En résumé :
Déterminer le diagnostic : les raisons de changer
Définir l’objectif : le but à atteindre
Préciser les moyens : la relation aux résistances
Le moteur de cette réflexion, de cette analyse est évidemment la motivation.

En conclusion, si on récapitule ce que le terme de changement implique, on peut retenir :

Que les changements physiologiques, biologiques et sociaux sont inéluctables et le plus souvent indépendants de notre volonté.
Heureusement les changements psychologiques, l’évolution du comportement, que l’éducation promeut, laissent place à l’acquiescement de notre volonté.
N’empêche, le changement fait peur, car ce n’est pas dans la nature humaine de se remettre en question.
Pour cela avec la motivation à la clé, après avoir fait face à la situation, fixé l’objectif et listé les moyens, il est possible d’envisager la mise en œuvre du processus.

III Le carême qui s’annonce est l’occasion de lancer ce processus :

« Changez vos cœurs, croyez en la Bonne Nouvelle » sera-t-il dit le Mercredi des Cendres.
Ce changement que les Pères de l’Eglise appellent metanoia , est un changement d’esprit, un retournement, une conversion en somme. Les prophètes de l’Ancien testament, Jean le baptiste et Jésus en ont fait la condition d’entrée dans le Royaume des Cieux et pour nous hic et nunc l’occasion de parachever notre Pâque initiée au baptême. Le ticket d’entrée est la conversion que chaque année le Carême nous propose.
Benoit XVI dans l’exhortation Verbum Dei ne dit-il pas
« le chemin quadragésimal que nous parcourons est une occasion favorable d’un effort décisif de conversion et de renouvellement spirituel pour un réveil à la Foi authentique, pour retrouver de façon salutaire un rapport avec Dieu et un engagement évangélique plus généreux ».
En comparaison avec le management en entreprise évoqué plus haut, le point de départ est la situation actuelle : l’état de pécheur indigne d’entrer dans le Royaume, notre appel en creux de la Miséricorde Divine.
L’objectif à atteindre est une plus grande transparence à la grâce, la Foi nous justifie, pas nos œuvres dit Luther.
quant aux moyens de cette conversion, la pénitence c’est-à-dire la sortie du conformisme, le recours aux sacrements et la fidélité à la Parole de Dieu.
«  La parole du Seigneur demeure pour toujours. Or cette Parole, c’est l’Evangile qui vous a été annoncé » 1P1,25 Le Verbe s’est fait chair, est entré dans l’Histoire, et demeure « jusqu’à la fin des temps ».
Pour le pape, toujours dans Verbum Dei, la fréquentation de cette Parole est « source de renouvellement constant et plus loin « que chacune de nos journées soit donc façonnée par la rencontre renouvelée du Christ, le Verbe fait chair…. Faisons silence pour écouter la Parole du Seigneur et pour la méditer, afin que, par l’action efficace de l’Esprit-Saint, elle continue à demeurer, à vivre et à nous parler tous les jours de notre vie. De cette façon, l’Eglise se renouvelle et rajeunit grâce à la Parole du Seigneur qui demeure éternellement  » VD 124

C’est une vision plutôt positive du Carême

Pas de changement, pas de conversion sans se «  tourner vers » la Miséricorde divine.
Luther, qui avec angoisse s’interrogeait sur le Dieu vengeur et punisseur, trouva dans la Miséricorde Divine, la Foi en Christ qui seul sauve, la paix et la joie de chrétien.

« Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ? ». Que cette question ait été la force motrice de tout son chemin, me touche toujours à nouveau profondément. Qui, en effet, se préoccupe aujourd’hui de cela, même parmi les chrétiens ? Que signifie la question de Dieu dans notre vie ? Dans notre annonce ? » Tel est l’hommage rendu par Benoît XVI à Luther lors de sa rencontre avec les communautés protestantes au couvent des Augustins d’Erfurt le 23 septembre dernier. Un questionnement que « La Foi prise au mot »reprend à son compte pour la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, pour une émission consacrée à la spiritualité de Luther, proposé actuellement comme un témoin de la Foi.

Et l’ascèse, la pénitence, la morale dans tout cela ?

Le philosophe Mounier disait que la « morale est la logique de la personne ». A partir du moment où la personne chrétienne recherche des sources efficaces de mieux-être chrétien, une fixation à Dieu-Miséricordieux, dans cet objectif de conversion, de metanoia, la conséquence logique est que le comportement doit se caler sur des valeurs évangéliques, vécues.

Le pape répète que le conformisme peut être une véritable dictature. » penser comme tout le monde, agir comme tout le monde … le consensus de la majorité devenant parole ultime à laquelle nous obéissons, alors qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.

Socrate fut condamné à mort pour athéisme ; il ne pouvait pas croire que les idoles d’argile et de pierre incarnaient Dieu … il préféra boire la cigüe que de se renier. Bel exemple « qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes », comme le disait Pierre devant le Sanhédrin (Ac 5)

Changez vos cœurs, croyez en la Bonne Nouvelle, croyez que Dieu vous aime  :

Quel dynamique programme pour le Carême !

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