« S’asseoir avant de décider »

Homélie du 23° Dimanche C St Quay
lundi 9 septembre 2013
par  Bernard BLOYET (abbé) (†)
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Les sages de ce jour, nous invitent à nous asseoir, à rester assis.
Il faut toujours commencer par s’asseoir pour réfléchir avant de prendre une décision.

Certes vous n’avez pas de tour à construire, vous n’avez pas de guerre à mener, uniquement la paix à promouvoir. Mais vous avez une vie à bâtir, un combat de chaque jour à soutenir. Je suis toujours surpris de voir la simplicité de l’enseignement du Christ, le côté pratique de son enseignement.

Nous allons nous arrêter, nous arrêter devant les textes de ce dimanche (ndlr dimanche 8/09/13) notamment ceux tirés du livre de la sagesse et de l’Évangile.

Un sage s’est assis et se pose des questions : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? ». Pas de réponse immédiate dans le texte, (il faut prendre le temps de la réflexion) ; mais le psaume que nous récitons entre les lectures et auquel nous ne prêtons souvent que peu d’attention, nous donne une piste de réponse.
Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé psaume responsorial, c’est-à-dire psaume qui donne réponse à la lecture. Nous y trouvons :
« Tu fais retourner l’homme à la poussière
Apprends-nous la vraie mesure de nos jours »

La réflexion sur les intentions de Dieu conduit le croyant à l’humilité, à la vérité de sa condition humaine. Il est mortel. Il retournera à la terre un jour, car sa vie est limitée dans le temps.
Quelle est la vraie mesure de nos jours ?
Faut-il mieux vivre longtemps ?
Faut-il mieux vivre intensément et peut-être moins longtemps ?
Quelle qualité voulons-nous donner à notre vie ?

Réfléchissons, restons assis, écoutons Jésus dans l’Évangile.

Il est en marche vers Jérusalem, donc vers sa mort : Dans un geste symbolique, il se retourne vers la foule qui le suit. On peut imaginer sans peine ces foules bruyantes, enthousiastes, séduites par ce nouveau prophète qui parle haut et fort : « Si quelqu’un vient à moi, sans me préférer à son père, sa mère ou ses enfants, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ».

Luc est un évangéliste radical. C’est un converti et comme beaucoup de converti, il est absolu dans ses jugements, exigeants dans ses demandes. Il n’écrit pas dans la nuance. Il écrit en grec, un grec littéraire et il a voulu garder la force de l’expression araméenne, la langue utilisée par Jésus, une langue un peu primitive, qui ignore le comparatif. La traduction littérale serait plus proche de « haïr », que de préférer

Mais cela ne suffit pas pour comprendre la phrase de Jésus. Il faut revenir au rationnel. Jésus ne fait pas de populisme, il ne fait pas de sentiments Il rappelle la primauté de Dieu.

Dieu le premier, doit être le premier servi : c’est sa place. Adorer Dieu de tout son cœur, de toute sa force est le premier des commandements. Honorer ses parents ne vient qu’après comme une conséquence : c’est une question de hiérarchie, mais plus que de hiérarchie. Dieu est amour certes, mais c’est cet amour qui renforce l’amour de la famille.

L’amour naturel est d’abord un sentiment et comme tout sentiment, il peut avoir des failles, des faiblesses. Mais quand l’amour de la famille est sublimé par l’amour de Dieu, quand cet amour est renforcé, éclairé, assuré par Dieu, presque divinisé, il devient plus fort.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que Luc rapportait ces paroles pour des chrétiens victimes de persécutions. Pour les premiers disciples de Jésus, se joindre à lui c’était souvent s’aliéner sa propre famille, accepter la condition de paria.

Une autre phrase résonne au-dessus de la foule : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut être mon disciple »

Il s’agit bien de « sa croix » de sa propre croix et non de celle du Christ. Chacun d’entre nous a connu ou connaîtra sa croix, ses croix : décès, maladies, séparation etc. … Ce sont ces croix qu’il nous faut porter.
Ce faisant nous suivons le Nazaréen dans sa montée vers Jérusalem : il y trouvera la mort mais aussi la résurrection, la joie de la résurrection. Nous aussi.

S’il y a des croix dans notre vie, il y a aussi des joies, des bonheurs liés à notre vie chrétienne : la joie de pardonner, d’aimer, d’être aimé, la joie de partager et de rendre heureux, la joie de célébrer ensemble et d’être unis au Christ et, par là, à nos frères. La joie de suivre Jésus.

Mais pour suivre Jésus sur la route de Jérusalem, il ne faut pas s’encombrer d’inutiles bagages qui ralentiraient la marche ou la rendrait impossible.

Alors restons assis, réfléchissons avant de construire notre vie, avant de prendre une direction ;
Réfléchissons à notre liberté :

  • liberté face aux liens familiaux
  • liberté face aux biens d’ici-bas

Faisons le tri. Écoutons l’Évangile,
Prions au cours de cette Eucharistie pour que l’Esprit de Jésus nous aide à nous asseoir, à voir clair dans notre vie.


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