Questions à … des équipes funérailles

De l’écoute, de la discrétion et de l’humilité pour accompagner les funérailles
lundi 7 octobre 2013
par  Patrick BEGOS
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Les célébrations de funérailles sont et seront de plus en plus prises en charge par les laïcs. Une mission essentielle dans un contexte de diminution des prêtres.

Rencontre avec quelques membres des équipes :
JPEG - 61.7 ko Marie-Thérèse - Jocelyne -Françoise - Emilienne - Anne-Marie - Yolande

  Comment fonctionnent les équipes funérailles à Plérin et à Pordic ?

Plérin, l’organisation repose sur 4 équipes, soit 9 personnes dont deux guides de la prière. Concrètement, chaque semaine, deux équipes de deux personnes prennent en charge alternativement les obsèques de la semaine. La semaine suivante, c’est le tour des deux autres équipes.
A Pordic, deux équipes de 2 à 3 personnes et 2 guides de la prière gèrent alternativement les obsèques, l’une est de service et l’autre vient en soutien. _ A Tréméloir, une équipe prépare les obsèques. Toutes ces personnes répondent à un appel de l’Eglise, adressé par le curé de la paroisse.

La mission des équipes consiste à recevoir la famille, à préparer la cérémonie et à y participer. Les guides de la prière ont une fonction supplémentaire. En effet, les prêtres ne sont pas disponibles pour les obsèques le samedi (mariages et baptêmes) et le lundi (jour de repos). Ces jours-là, le relais est assuré par les guides qui prennent en charge le déroulement complet de la célébration, y compris le commentaire des lectures et de l’Evangile.

 Concrètement, comment procéder lors d’un décès ?

En général, ce sont les pompes funèbres qui appellent le presbytère. La personne assurant l’accueil retransmet l’information à l’équipe funérailles de service. Celle-ci contacte la famille et fixe un créneau horaire pour la préparation. La prise de contact est parfois compliquée, surtout si une partie de la famille est éloignée.

 Comment se déroule la préparation ?

L’équipe reçoit la famille au presbytère. Ce premier contact permet d’échanger sur la vie du défunt, sur les circonstances de son décès. C’est une phase d’écoute qui suscite beaucoup d’émotions de part et d’autre. Ensuite, nous préparons le déroulement de la célébration, en reprenant les rites du baptême. Le mot d’accueil retrace la vie du défunt. Il est écrit par la famille, souvent avec l’aide de l’équipe. Un livret propose les textes d’Évangile et autres lectures. Certains sont plus parlants que d’autres. Nous devons souvent les guider dans leur choix. Une liste de chants est proposée. Nous fredonnons les refrains, ils choisissent les chants et les couplets. Certaines paroles sont plus appropriées pour éveiller la foi. Les chants profanes sont exclus de la célébration car ils ne sont pas porteurs de sens chrétien. Par contre, certaines musiques (classiques) peuvent être adaptées à la situation.

Au sein des équipes funérailles, nous avons besoin de réfléchir au déroulement des rites pour avoir une progression dans la célébration, permettant de passer du chagrin à l’espérance. Les textes et les chants de cette cérémonie doivent parler aux participants et résonner par rapport à leur vécu de chrétiens.

 Ces contacts et préparations ne s’improvisent pas. Comment réagissez-vous dans ces situations ?

« Il faut de la distance pour se protéger  ». Françoise souligne que son ancien métier d’infirmière l’a préparée à cette fonction. « Nous prenons le temps de créer une relation d’empathie avec les membres de la famille du défunt ». Pour Jocelyne, « la discrétion et l’écoute sont des qualités essentielles dans cette fonction. Il est indispensable de pouvoir partager en équipe, ce que l’on ressent ». Anne-Marie insiste sur la motivation chrétienne qui l’a menée vers cet engagement. « C’est un service d’Église qui est difficile mais où l’on reçoit énormément en retour ». Émilienne insiste aussi sur « la discrétion car on entre dans l’intimité des familles. La confiance est la base de notre mission, il ne faut surtout pas juger ou faire des commentaires sur telle ou telle situation ». Yolande souligne « la notion d’appel et de mission qu’ont les équipes au sein de l’Église en ajoutant qu’il faut avoir la capacité à ne pas vouloir porter toute la misère du monde, tout en étant compatissant  ». Marie-Thérèse intervient surtout en soutien des équipes pour le chant et elle coordonne la formation.

 Comment faites-vous face à des familles non croyantes ?

Pour un non-baptisé, il peut y avoir une célébration, mais sans le rappel des rites du baptême. Nous sommes parfois surpris de certaines demandes (par exemple ne pas prononcer le mot Père ou Dieu). Nous nous adaptons au cas par cas et dans quelques situations, nous sollicitons l’avis de notre curé.
Guider la prière est un véritable engagement !
Être guide de la prière est un moment fort. Notre rôle est de prier pour le défunt et de faire prier l’assemblée. La cérémonie doit aussi apporter un certain apaisement à la famille. Dans le commentaire d’Évangile, on affirme sa foi aux yeux de toute l’assemblée. La célébration doit être bien conduite, les gens écoutent attentivement. Nous sommes dans une situation d’évangélisation, car les funérailles rassemblent souvent plus de non pratiquants que de pratiquants. Quelle que soit la foi, Dieu ne fait pas de distinction entre le croyant et l’incroyant. Sa miséricorde s’adresse à tous. Le salut est pour tous les hommes.
Être guide, cela suppose une grande intériorité. Il faut être capable de méditer les textes en lien avec la personne. Chaque commentaire d’Évangile est personnalisé en fonction du défunt. Ce n’est pas du « copié-collé ». Avant et durant la cérémonie, il faut se concentrer. La prière nous donne la force de gérer ces situations. Les quatre guides (Yolande Andrieu et Pierre Paugam à Plérin, Jocelyne Léchelard et Bruno Auffray à Pordic)ont reçu une lettre de mission de l’Évêque remise lors d’une messe communautaire. Ils sont beaucoup soutenus par les membres des équipes et quelques paroissiens fidèles qui participent aux cérémonies.

 Les équipes suivent-elles des formations spécifiques ?

Au départ, c’est un appel par un membre de l’équipe et un prêtre. « Nous avons vraiment une mission d’Eglise  ». Des réunion de formation sont organisées régulièrement. Les nouveaux membres sont souvent formés « sur le tas », au contact des membres plus anciens. « Cependant, il est important d’actualiser régulièrement les chants et les textes et d’avoir des temps de relecture des moments forts que nous vivons  ».

 Comment vivez-vous cette mission auprès des familles de défunts ?

Les membres des équipes prennent leur mission très à cœur, en étant «  des compagnons de douleur, un peu à l’image de Jésus cheminant avec les disciples sur la route d’Emmaüs ». Les contacts avec les familles sont des lieux importants d’humanité et d’évangélisation. Ce sont des fonctions très prenantes qui demandent beaucoup de disponibilité, avec des incidences sur la vie personnelle et familiale. A partir du moment où l’on prend en charge une célébration d’obsèques, on vit les deux à trois jours qui précèdent la cérémonie, en ayant souvent en tête la préparation de ces obsèques. Pour tous, ces moments sont très enrichissants, autant sur le plan personnel que spirituel.


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