Questions à …

Céline Robert Enregistrer au format PDF

conservatrice des antiquités et objets d’art pour le département des Côtes d’Armor.
Lundi 10 août 2020 — Dernier ajout jeudi 20 août 2020

Du diagnostic jusqu’à la restauration des objets inscrits et classés, elle intervient dans les différentes églises et chapelles pour faire en sorte que le patrimoine puisse être transmis aux générations futures.

Céline Robert est conservatrice des antiquités et objets d’art pour le département des Côtes d’Armor.

En quoi consiste votre fonction de conservatrice des antiquités et objets d’art ?

Céline Robert
Céline Robert

En tant que conservatrice des antiquités et objets d’art, j’interviens sur les objets mobiliers protégés au titre des Monuments historiques dont la conservation présente un intérêt public au niveau historique, artistique, scientifique ou technique. Cette mission, que j’exerce au sein des Archives Départementales des Côtes d’Armor, a été créée suite au transfert de propriété institué par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Les églises et les chapelles construites avant cette date et les biens qu’elles contiennent sont devenus la propriété des communes. Cette loi s’applique bien entendu sans interférences sur les pratiques religieuses.
En Côtes d’Armor, 5321 objets sont classés et inscrits au titre des monuments historiques. Ce sont en majorité des objets issus du culte catholique, conservés dans les églises et chapelles et propriété des communes, qui en assurent la conservation.

Leur typologie doit être très variée ?

Le tableau datant de 1752 sur la délivrance d'un possédé par un Evêque a été restauré en 2010, Il a retrouvé sa place dans l'église d'Etables.
Le tableau datant de 1752 sur la délivrance d’un possédé par un Evêque a été restauré en 2010, Il a retrouvé sa place dans l’église d’Etables.

Oui, il s’agit d’orfèvrerie comme les calices, du patrimoine campanaire (les cloches), des textiles anciens (les bannières) des statues, des meubles (confessionnaux), des tableaux, des vitraux, des autels, des retables, des jubés, des peintures murales, des lambris peints …
Un objet protégé au titre des Monuments Historiques se distingue des collections de musée car il est conservé « in situ ». Il n’est pas extrait de son contexte et témoigne de sa fonction d’usage et plus largement des relations qui l’unissent à son environnement humain et matériel.
Les conditions de conservation de ce patrimoine mobilier sont particulièrement complexes. Il peut y avoir des altérations dues au confinement, à l’humidité, aux infestations d’insectes ou de moisissures. Si ces problèmes sont liés à l’état sanitaire du bâtiment, on peut travailler avec l’Architecte des Bâtiments de France pour aider la commune à les résoudre. Le facteur humain joue aussi un rôle important. Ainsi il arrive que certains objets soient délaissés dans les greniers. Parfois, certaines restaurations n’ont pas été maîtrisées, ou les techniques utilisées ne sont pas conformes à la déontologie actuellement en vigueur. Ou, croyant bien faire, on refait, par exemple, une main cassée sans tenir compte des proportions … Des altérations peuvent aussi être liées au déplacement d’un objet sans précaution.

Votre intervention se fait en plusieurs étapes ? 

A l’occasion de visites régulières, il s’agit d’abord de vérifier si tous les objets inscrits et classés sont bien présents dans l’édifice et de surveiller leur état de conservation.
Quand une œuvre est repérée, je mesure son intérêt et je présente un dossier en Commission Régionale de l’Architecture et du Patrimoine pour proposer son classement ou son inscription au titre des Monuments Historiques.
J’apporte aussi des conseils pour la conservation, la restauration, la valorisation, la sécurisation des objets inscrits et classés, en collaboration avec la Conservatrice des Monuments Historiques de la DRAC. J’exerce avec elle un contrôle scientifique et technique sur tous les travaux ou déplacements qui peuvent affecter les objets.
En effet, pour intervenir sur un objet inscrit ou classé, il faut une autorisation préalable.
J’opère un suivi de l’œuvre, avant et pendant les travaux. Nos conseils peuvent aussi porter sur le montage de dossiers pour les demandes de subvention que les Communes peuvent solliciter auprès de l’Etat, la Région ou le Département. Les aides cumulées peuvent aller jusqu’à 75 % du montant des travaux pour les plus petites communes.
C’est un travail varié et intéressant car chaque restauration est différente. La phase de diagnostic est importante et nécessite de bonnes connaissances.  

Il existe plusieurs degrés de protection d’un objet ?

Le premier degré est l’inscription au titre des Monuments Historiques. L’intérêt doit être suffisant pour nécessiter une protection de l’œuvre, à l’échelon local ou régional. Le classement est le second degré. Pour qu’une œuvre soit classée, elle doit avoir un intérêt public. Ce classement s’opère selon des critères nationaux.
Quand un patrimoine est inscrit ou classé, cela signifie que collectivement, on se donne les moyens de transmettre ces objets aux générations futures, en conservant leur intégrité au maximum, car ils témoignent de notre histoire et de nos pratiques.

Comment intervenez-vous pour conserver les œuvres ?

Je peux préconiser des mesures préventives, qui visent à agir sur les objets ou sur leur environnement pour prévenir les altérations. Toutes les personnes qui côtoient les œuvres sont concernées par les précautions à prendre.
L’intervention peut aussi être curative quand il s’agit de stopper les altérations. Parfois les interventions sont peu visibles lorsqu’il s’agit de traiter les attaques d’insectes. C’est important mais cela ne se voit pas. Ces opérations précèdent la restauration qui est facultative.

Sur la paroisse de Notre Dame de la mer, quels sont les travaux en cours ?

Plérin :
La chapelle St Éloi conserve des statues de poutre de gloire datant du XVe siècle en bois peint : un Christ entouré de la Vierge et de St Jean. A l’occasion d’une visite en 2017 avec les services de la commune, nous avons constaté que le Christ penchait. De plus la polychromie (décor peint formé de couches successives de peinture témoignant de l’histoire colorée de la statue) se soulevait en grosses plaques et menaçait de tomber. L’ensemble a été déposé et une étude sur la polychromie est en cours dans l’atelier Coréum près de Pontivy. Plusieurs sondages réalisés sur cet ensemble ont montré qu’il y avait, par endroits, 8 couches successives de peinture pour le Christ et 4 pour St Jean et la Vierge. La restauration de cet ensemble est envisagée par la municipalité. L’objectif ne sera pas de revenir à la couche originale mais au quatrième niveau commun à l’ensemble des statues et bien conservé. Par ailleurs, un traitement curatif sera à faire car des attaques de xylophages ont été constatées sur la Vierge.

La poutre de gloire de la chapelle de St Eloi à Plérin datant du XVe siècle est en cours de diagnostic
La poutre de gloire de la chapelle de St Eloi à Plérin datant du XVe siècle est en cours de diagnostic

Dans plusieurs chapelles, nous conseillons aussi de sécuriser les statues par un cadenas dorsal.
Pour la restauration en cours du chœur de l’église St Pierre, j’ai été consultée pour donner un avis sur les modalités de conservation du retable, qui est inscrit. Un chœur tout neuf pour l’église Saint Pierre de Plérin.

Pordic :
En dehors de la vitrine installée dans l’église dans laquelle il y aurait un problème de climat à résoudre, nous avons travaillé avec la municipalité sur une toile de Lucien Chatain qui est une copie de « La Visitation », un tableau de Sebastiano del Piombo, conservé au Louvre. C’est une toile donnée par l’État à la commune de Pordic en 1871. Elle était très endommagée. En 2017, elle a été consolidée de manière provisoire et stockée dans l’église en attente de restauration.

Et sur la paroisse de Binic-Étables sur Mer ?

Tableau de l'église d'Etables en cours de restauration à l'atelier de Pontivy avec deux restauratrices Guenola Corbin et Claire Le Goff
Tableau de l’église d’Etables en cours de restauration à l’atelier de Pontivy avec deux restauratrices Guenola Corbin et Claire Le Goff

A Étables sur Mer, un tableau représentant la Délivrance d’un possédé par un Evêque, datant de 1752, a été restauré en 2010. Il s’agit d’un tableau inscrit au titre des Monuments Historiques. Nous avons découvert sous cette toile une peinture sur panneaux de bois plus ancienne, datant du XVIIe siècle, sur le même thème iconographique, et d’une très belle facture. Présenté en commission régionale en 2018, ce tableau a été inscrit au titre des Monuments historiques.
En 2019, la commune a décidé de restaurer le tableau, et le travail vient de démarrer.  

La cathédrale de Saint-Brieuc a également bénéficié de gros travaux ?

La restauration a été conduite sous la maîtrise d’ouvrage de la DRAC de Bretagne, car la cathédrale est la propriété de l’État, et sous la maîtrise d’œuvre de Christophe Amiot, architecte en chef des Monuments Historiques. Les dernières tranches de travaux ont permis de mettre en valeur le volume intérieur de l’édifice. Les parements et joints intérieurs en ciment ont été purgés et la pierre a été badigeonnée de chaux, ce qui éclaire l’édifice. Dans la nef et les transepts, la tonalité claire des murs met en valeur les objets, et la chapelle axiale a retrouvé son décor polychrome du XIXe siècle. La cathédrale va ainsi retrouver sa splendeur.
Rapidement après l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, j’ai participé à la mise à jour du plan de sauvegarde des œuvres de la cathédrale, réalisé par la DRAC en liaison avec les pompiers du Service départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) et le diocèse. Des documents, des fiches avec plans, photos, procédures à suivre ont été élaborés pour les différents objets avec des priorités d’intervention pour les pompiers en cas d’incendie. Un exercice grandeur nature test a été effectué en novembre 2019.

Les objets classés ou inscrits dans la Communauté pastorale :   Près d’une centaine d’objets ont été inscrits ou classés au titre des Monuments Historiques dans les paroisses Notre Dame de la Mer et Etables sur Mer : 46 à Plérin (22 inscrits et 24 classés) 7 à Pordic (5 inscrits et 2 classés) 1 à Trémuson (inscrit), 15 à Binic (inscrits) et 25 à Étables (19 inscrits et 6 classés).