Charly Sallé donne vie à ses sculptures de pierre Enregistrer au format PDF

Lundi 9 décembre 2019

Le Festival Cap Fraternité des paroisses Notre Dame de la Mer et d’Étables sur Mer se déroulera du 29 mars au 5 avril 2020.

Le Festival Cap Fraternité des paroisses Notre Dame de la Mer et d’Étables sur Mer se déroulera du 29 mars au 5 avril 2020. Le thème choisi par l’EAP sera « le beau ».
Afin de nous préparer à ce festival, chaque mois nous laisserons la parole à des artistes : musiciens, peintres, sculpteurs …..
Ce mois-ci nous avons rencontré Charly Sallé, Plérinais et sculpteur sur pierre.

Installé depuis 20 ans à Plérin, Charly Sallé travaille la pierre. D’un bloc de granit, il fait une statue, une fontaine, un chapiteau d’église … Rencontre avec un artiste qui métamorphose la pierre et le bois.
C’est toujours avec le sourire qu’il vous accueille dans son atelier de la rue Voltaire à Plérin. Il n’aime pas parler de lui mais il est intarissable dès qu’il s’agit de son art.

Comment est née votre vocation d’artiste ?

Ce métier, je suis tombé dedans quand j’avais neuf ans. Fasciné par ma mère, qui peignait, modelait et sculptait, j’ai dit « c’est ça que je veux faire ! ». J’étais pourtant un petit garçon débordant d’énergie, que l’on ne croyait pas capable de la concentration nécessaire à l’expression artistique. Je subtilisais les cuillères à café familiales, les limes et tournevis de mon grand-père pour en faire des gouges à sculpter le bois.
A 20 ans, j’ai rencontré un professeur de l’école Boule qui m’a convaincu de passer un CAP de sculpteur sur bois. Engagé ensuite par une manufacture de meubles des Vosges, j’ai passé plus de 5 ans à sculpter des feuilles d’acanthe et autres motifs sur des meubles. Mais bientôt l’envie de revenir au pays m’a tenaillé. J’ai épousé la petite-fille de l’ébéniste briochin Ernest David qui a mis à ma disposition un coin d’atelier.
De plus en plus attiré par la pierre, je me suis formé seul, par l’observation. Je préfère la pierre au bois. C’est un matériau plus dur qui nécessite plus d’outils mais l’approche des volumes est plus facile. Ma passion m’a conduit au concours de meilleur ouvrier de France, un titre que j’ai obtenu en 1990 dans la catégorie sculpteur praticien.

Comment se façonne une œuvre ?

Plutôt que de recourir au dessin sur papier, j’aime d’abord façonner mes statues dans l’argile, surtout quand les sujets ne sont pas trop imposants. C’est ainsi que travaillaient les artistes du 18e siècle. Il faut, avant de démarrer, avoir la pièce finale bien en tête. Je réalise une maquette en plâtre qui me servira à respecter les proportions, notamment pour les grandes pièces. Et ensuite je me sers du mètre, du pied à coulisse et surtout de l’œil. Pour façonner la pierre, j’utilise plusieurs outils comme la meuleuse à disque diamant et le pistolet pneumatique à pointes en carbure de tungstène, un matériau très dur et résistant. Le travail est aujourd’hui un peu plus facile car autrefois il fallait sculpter à la massette. Je finis par le ponçage avec des pierres aux grains de plus en plus fins.

2019 12 le 1 Mur des islandais et statue des veuves

Racontez-nous l’histoire des « Veuves de Paimpol » ?

C’est une œuvre qui m’a demandé 18 mois de travail. A la demande de l’association « Les amis de Pierre Loti », j’ai reproduit et agrandi une maquette dessinée en 1932 par le sculpteur briochin Francis Renaud. Par manque de financement, cet artiste était décédé avant de pouvoir démarrer la sculpture.
Il m’a fallu faire une maquette en plâtre avant de m’attaquer au granit. Un bloc de douze tonnes du plus beau granit de Bretagne, issu des carrières de Pleumeur Bodou. Fabriquer la maquette a demandé plus de 600 heures de travail et la statue en elle-même plus de 1 000 heures. Quand je travaille le granit, je pense aux millions d’années qu’il a fallu pour constituer ce matériau très noble et cela me donne la volonté très forte d’aller au bout et de présenter la plus belle statue possible.
Depuis 2017, la statue est exposée aux regards et aux vents de la mer à Lan Vraz en Ploubazlannec, près de Paimpol. Au départ, ce n’était qu’un gros bloc de granit qui s’est métamorphosé en une statue de 2,50 m de haut représentant Gaud et ses jolis galbes et Moan la grand mère au visage bien ridé, deux « veuves d’Islandais », pêcheurs paimpolais qui partaient pêcher la morue dans le grand Nord.
La fabrication de cette statue a été pour moi un long tête à tête qui m’a passionné.
Physiquement cela a été difficile car il faut être très concentré et précis mais je suis fier du résultat obtenu.

Avez-vous d’autres réalisations majeures ?

J’ai réalisé la statue du Curé d’Ars pour la Chapelle St Guillaume, celle de Jeanne D’Arc pour la clinique St Louis, le buste de François Mitterrand devant la gare de St Brieuc. J’ai également sculpté, en 2018, une statue de l’Archange St Michel pour un particulier de Dinard. La personne m’avait fourni des photos de St Michel et ne souhaitait pas de démon au pied de l’Archange. Je suis parti d’une pièce de granit des carrières de Lanhélin, près de Dinan, pesant 800 kg au départ pour finir à 250 kg environ. C’est aussi un beau granit à grain fin et moyen de couleur gris sombre bleuté. Le plus difficile a été de réaliser les mains de l’Archange pour qu’elles soient bien orientées afin de pouvoir y glisser la lance.

En dehors de ces œuvres majeures, quelles sont vos commandes habituelles ?

Je travaille pour les Monuments Historiques en sous-traitance. Je réalise actuellement des chapiteaux d’église qu’ils m’ont commandés. A la demande de particuliers ou de collectivités, je crée des œuvres pour des fontaines, pour des stèles funéraires, des statues pour des chapelles … Le travail est varié et passionnant.

Qu’aimeriez vous réaliser comme sculptures à l’avenir ?

J’aimerais donner une suite aux « Veuves de Paimpol ». Le projet se dessine un peu dans ma tête. Il s’agira de pêcheurs islandais. Je vois deux marins en action sur un bateau à fond plat type Doris, tirant à la main une ligne avec hameçons. Derrière, une grosse vague que l’on imagine engloutir le bateau. Ce bas-relief pourrait s’appuyer sur le mur du cimetière de Ploubazlannec devant les multiples plaques gravées au nom des 400 ou 500 marins décédés lors des campagnes de pêche en Islande. Tout un symbole mais ce n’est pour l’instant qu’un projet qui nécessitera surement beaucoup de démarches avant d’aboutir.

En tant qu’artiste, comment définissez vous une belle œuvre ?

Pour moi, c’est un ensemble de critères. D’abord le respect des proportions, puis le mouvement de la sculpture, son expression, la finition de l’exécution. Le bon coup de ciseau bien tranché. Nous avons la chance d’avoir des outils bien plus perfectionnés qu’au 18e siècle. Avec un pistolet pneumatique, on peut faire de la dentelle. Le visage des veuves de Paimpol a été réalisé entièrement au pistolet pneumatique avec une précision de chirurgien.

La volonté de transmettre
Bon pédagogue, Charly Sallé souhaite transmettre ses techniques de sculpture aux personnes sensibilisées à cet art. Il organise des stages pour des groupes de trois à quatre personnes, dans son atelier de la rue Voltaire à Plérin. L’initiation à la sculpture se fait sur bois, à raison de 3 heures par semaine pendant 10 semaines. Les matériaux et outils sont fournis.
Contact 24, rue Voltaire Plérin - Tél 06 66 28 16 47

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