Cléricaux … corico ! Enregistrer au format PDF

Vendredi 21 septembre 2018 — Dernier ajout dimanche 23 septembre 2018

A la suite de la « Lettre au peuple de Dieu » du pape François, exhortant les baptisés à guérir l’Église du cléricalisme, le journal La Croix vient de consacrer huit pages à ce fléau.

Nous sommes marqués, notamment en Bretagne, par l’Histoire. Aux Ve et VIe siècle, des commandos celtes ont débarqué en Armorique. Merci à eux de nous avoir apporté l’Évangile !
Ces vagues évangéliques étaient souvent conduites par un saint moine, en tout cas un chef charismatique et nous en avons faits des saints. Le peuple n’avait plus qu’à suivre la houlette du pasteur omnipotent. Nos prêtres en charge de paroisse ont longtemps été qualifiés de recteurs, mot très dense qui incarne bien l’autorité. Un peu druides !

L’Église s’est confortablement installée dans l’héritage constantinien, calquant l’Institution sur le modèle pyramidal, impérial. N’a-t-on pas parlé longtemps de la Cour de Rome, des Princes de l’Église, de palais épiscopaux. En 1955, à l’Hôpital de Bégard, j’avoue avoir ressenti un malaise, voyant Son Éminence le cardinal de Rennes arborant une traine bien rouge de plusieurs mètres de long. Mais c’était avant le Concile ! Depuis beaucoup de signes extérieurs ont été supprimés, à l’appellation de Monsieur l’Abbé a succédé le mot Père, mais Monseigneur tient encore la route. Sous Monseigneur ne peuvent rester que des vassaux.

Il est difficile de définir le cléricalisme, car il s’enrobe de mystère et de sacré.
Le clerc est consacré, ordonné, investi sacramentellement, mis à part, ce qui lui confère une personnalité hors du commun des fidèles. « Autre Christ », il a, seul, le pouvoir de célébrer le Mémorial eucharistique. Si en plus, dans l’Église de rite latin où il est célibataire, comment ne pas se rappeler que Jésus a dit « Certains se sont faits eunuques pour le Royaume ». Une exception aux prescriptions de la Genèse, mais pour le Royaume.
Comme de nos jours le sacré se perd, certains clercs ressortent le col romain ( que les anglais nomment dog’s collard ) la soutane et même la barrette. Recherche d’identité cléricale.

Le cléricalisme, vu comme la propension à dominer la gouvernance, a perdu beaucoup de son influence, mais demeure dans le subconscient. Il est confortable : il donne aux clercs une autorité incontestable, quasi de droit divin, et aux laïcs, qui aiment bien être des ouailles bien fidèles, une assurance de chrétiens consommateurs bien nourris. Après tout, ce qu’on souhaite de nos prêtres c’est d’être des dispensateurs de sacrements. Et pour la gouvernance, le mieux est de laisser Monsieur le Curé se dépatouiller. « la soumission ou la démission des laïcs font le lit de l’autoritarisme hiérarchique » (La Crois dixit).

Mais le monde change. Vatican II, quand il est suivi … ! Mai 68 et la chute de l’autoritarisme ; le manque de pasteurs, et maintenant les exhortations incessantes du pape François au discernement et à la responsabilité des laïcs. « Peuple de prêtres, Peuple de rois, assemblée des saints … Peuple de baptisés » chantons-nous. C’est l’incitation à la sainteté, à faire fructifier la grâce du baptême , notre socle commun, clerc ou laïc.
Les laïcs qui veulent bien être des fidèles, des brebis, rejettent l’idée d’être des moutons, simples godillots disant amen à la hiérarchie. Baptisé c’est une dignité, héritier et co-héritier du Christ ressuscité. L’Église, Institution et donc perfectible, est aussi notre mère. Nous sommes donc appelés à faire communauté avec nos prêtres. Beaucoup de paroisses ont commencé cette révolution.
L’EAP est parfois considérée comme un Conseil d’Administration et d’Animation missionnaire de la Paroisse. Pour la gouvernance, inutile de déranger le curé pour des questions matérielles banales.
Faire communauté ce n’est pas introduire la démocratie, l’anarchie, mais l’écoute pour une action commune volontaire. On parle beaucoup de débats, il faut s’entendre sur les mots. Les plateaux de télé sont pleins de débats, le plus souvent très creux, chargés de promotions de soi, de ses idées ; alors qu’en Église on a besoin d’échanges, de communion. En créant l’être humain, Dieu l’a fait mâle et femelle, homme et femme. Quelle pauvreté de la langue française qui ne connaît que le mot « homme » et l’Église jusqu’à présent qui ne connaît que les hommes, célibataires. Il est temps de donner sa place aux femmes, que le mariage unit en deux moitiés. Quand elles auront accès au diaconat, il ne faudra pas les affubler d’un col romain, à l’instar des anglicans .

En Église comme dans un chœur, soprano ou alto, elles mêleront leurs voix aux ténors et basses. Quelle richesse humaine !

Voir les articles :