Dépendance Enregistrer au format PDF

grandeur et décadence, décadence et grandeur.
Mardi 21 mai 2019 — Dernier ajout jeudi 23 mai 2019

Que de maux sont évoqués sous ce terme de dépendance !

A notre époque imbue des préoccupations du « Siècle des Lumières », Liberté, Egalité, Fraternité etc … quoi de plus prometteur que l’indépendance, donc du rejet de la dépendance.

Le Larousse décrit bien la palette d’application du mot dépendance, avant tout une relation étroite entre deux, dont l’un régit l’autre.

On peut citer quelques domaines :
Politique, notamment dans le colonialisme, l’esclavage, la traite des êtres humains
Commercial, dans le business, les relations économiques.
Professionnel, dans la hiérarchie du travail, notamment chez les fonctionnaires ( notation, avancement, mutation ), l’apprentissage.
Sociétal, toutes les formes d’addiction, jeux, tabac, alcool, internet, smartphones.
Psychologique, quand un être ou un groupe entretient une emprise sur d’autres (sectes, chantage, harcèlement).
Immobilier, même les châteaux et grandes propriétés ont leurs dépendances … simples annexes !

Et the last but not the least [1], la perte d’autonomie, l’AGGIR qui mesure en 6 niveaux l’autonomie gérontologique. Abandon sur le lit d’hôpital où le patient se livre entre les mains des soignants. Perte de pudeur, de dignité parfois.

Il est quand même intéressant de voir l’anamnèse de la dépendance chez l’être humain :

Dès sa naissance le nourrisson est dépendant ; petit enfant ses parents guettent les premiers signes d’autonomie : le pot, le langage, la marche. Viennent les pourquoi, et les premières réactions « Na » !
Toute l’éducation, e ducere, conduit l’enfant à gagner de l’autonomie, tout en devant accepter des actions de saine dépendance. C’est l’apprentissage de comportements civilisés, le respect, et toutes les valeurs de la vie en société.
A l’adolescence, l’enfant se frotte à l’autorité parentale et scolaire, il a hâte de sortir de sa minorité, de la dépendance que la société lui impose.
Et pourtant l’apprentissage, les cours scolaires ou universitaires, le maintiennent dans la dépendance de ceux qui savent, alors qu’il a tout à apprendre.

Comme quoi certaine forme de dépendance est nécessaire et utile à la formation humaine.
D’ailleurs dans formation il y a mise en forme, ce qui n’est pas inné.

Personnalité et dépendance

La personne humaine est essentiellement relationnelle. Robinson est un mythe.
Pas d’épanouissement sans se frotter aux autres. Serge Paugam a bien expliqué en quel sens l’homme a besoin de faire partie d’un groupe humain pour se réaliser. La vie en société, quel que soit le groupe suppose des règles du jeu, des normes, des contraintes. Il est de bon ton en notre époque de prôner l’autonomie, l’indépendance tous azimuts, et de bannir les contraintes. Trop de liberté, de licence, tue la liberté personnelle. L’individualisme règne.

Et pour la spiritualité ?

Le religieux est celui qui est relié au divin, moine ou consacré, il fait le sacrifice de certaines dispositions bien humaines pour se fier au Divin. « Mon Père, mon Père, je m’abandonne à Toi ». En fait par le baptême, le catéchumène revêt une nouvelle identité, frère de Jésus, co-ressuscité, co-héritier du Royaume. Tout chrétien est donc en dépendance, cette relation étroite (Larousse) avec le Dieu créateur et Miséricordieux. L’enfant prodigue se jette au pied de son père et revient vers lui.

L’envoi des disciples : Mt6/8 « il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture. » ; autrement dit de ne penser qu’à la mission, dépendants de la charité. On ne peut célébrer autrement la valeur du service et l’humilité qui sied à celui qui vit et propose l’Évangile.

Quand on pense à une Marthe Robin toute sa vie sur son lit, entièrement tournée vers le Père, quel éloge de la dépendance !
Comme quoi dans ce mot qui fait peur, surtout pour ceux qui connaissent le grand âge et les lits d’hôpital, il y a aussi un sens plus transcendant :

Dépendance : décadence corporelle parfois, mais aussi grandeur spirituelle.

Illustration : Pixabay woman-65675__480.

[1ndlr le dernier mais pas des moindres

Voir en ligne : Qu’est-ce que la dépendance et la perte d’autonomie ?