Fondateurs et abus sexuels Enregistrer au format PDF

Mercredi 26 février 2020 — Dernier ajout vendredi 28 février 2020

C’est avec stupeur et tristesse qu’on apprend que des fondateurs d’œuvres ou établissements religieux étaient des pervers sexuels. Leur charisme prophétique mélangeait mysticisme et sexualité. Leur Credo commençait par je crois en Dieu et finissait par une résurrection de la chair nous disait jadis un Père Supérieur !

A la suite du Père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ, des Frères Ephraim et Madre, des Lions de Juda, des Frères dominicains Philippe, voilà que le bon Jean Vanier, fondateur de l’Arche, apparaît comme un traître, il y a de quoi être bouleversé.

En 2011, Philippine de Saint-Pierre a invité sur Kto, le Père Henri Donneaud, chargé par Rome d’élucider les scandales au Lion de Juda ; il a présenté une clé pour tenter d’y voir clair dans ce scandale : une réflexion salutaire sur les charismes.

A l’origine, il faut admettre un réel charisme prophétique, une impulsion de l’Esprit-Saint qui anime ces pères fondateurs. On juge l’arbre à ses fruits, et il est indéniable que les Légionnaires du Christ, les adeptes des Béatitudes et les 150 Arches dans le monde sont un réel élan spirituel et charitable. Le charisme est un don, pour tout le Corps ecclésial. Dieu soit loué !
Gardons-nous de jeter le bébé avec l’eau du bain, dit le dicton familier.

Ce charisme fondateur est pour l’œuvre et n’est pas réservé à celui qui l’a lancée. Quels que soient l’aura, le prestige, l’admiration qui l’entoure, ce n’est pas un charisme de sainteté. La notoriété peut transformer ce père fondateur en gourou, le prophète devenant sorcier.

Les saints sont canonisés pour l’héroïcité de leurs vertus et non pour la grâce exceptionnelle reçue. Bernadette Soubirous l’a été pour sa vie au couvent et non pour avoir déclenché les pèlerinages à Lourdes. Saint François d’Assise n’a pas été canonisé pour avoir fondé l’ordre des Frères mineurs champions de pauvreté mais pour avoir mené une vie intime au Christ.

D’après le Père Donneaud, un travail de discernement et donc de distinction est nécessaire pour situer ces scandales.
Charisme de fondation et charisme de sainteté personnelle, ne pas confondre.
Les philosophes sont habitués à la gymnastique du distinguo, et les fidèles chrétiens invités à prier l’Esprit Saint pour les « septi formis munere » [1], chantés dans le Veni Creator, si indispensables.

En extrapolant un peu, tout en observant (mutatis mutandis) le monde des Arts, ne voit-on pas qu’on peut admirer la prose du célèbre écrivain Céline, tout en abhorrant ses thèses antisémites de 1937 ; un film reconnu comme excellent serait exclus des Césars, par suite de comportement sulfureux de son auteur ?

Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé dit Saint Paul Ro 5.20
O felix culpa [2], dit Saint Augustin, heureuse faute qui a mérité un si grand Rédempteur. !
Dieu est grand !

De la tristesse à la consolation : lettre de Mgr d’Ornellas à propos de Jean Vanier

[1Donne-nous les sept dons de ton amour

[2Dans la tradition catholique, l’expression est le plus souvent traduite par « faute heureuse », comme dans l’ Exsultet catholique. D’autres traductions incluent « chute bénie » ou « chute heureuse »

Voir en ligne : La Vie : Abus dans l’Église : Le prieur des Chartreux sort de son silence