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« Guide de la prière lors des obsèques, notre mission » Enregistrer au format PDF

Marie-France d’Hérouville : « Appelée pour être en situation d’écoute »
Vendredi 16 mars 2018 — Dernier ajout lundi 7 mai 2018

Être Guide la prière lors des funérailles est un long chemin qui demande un investissement personnel. Marie France d’Hérouville d’Étables et Pierre Louboutin de Plérin ont accepté de témoigner.

Marie-France d’Hérouville : « Appelée pour être en situation d’écoute »

Comment êtes-vous devenue guide de la prière ?

Après la mort de ma fille religieuse Xavière, assassinée au Tchad en 1997, le curé de notre paroisse de Paris m’a demandé de créer une équipe d’accompagnement des familles dans le deuil. J’avais besoin de souffler, de prendre du temps pour relire après ce tragique évènement ce qui m’avait permis de « rester debout ». Quelques années plus tard, en 2001, j’ai accepté mais uniquement pour l’accueil des familles. Il y a 13 ans, nous sommes arrivés à Etables et le curé m’a proposé de mettre en place une équipe paroissiale de funérailles commune aux 6 relais afin d’accompagner les familles.

Comment fonctionne ce groupe ?

Il a évolué avec la mise en place des guides de la prière depuis 10 ans. Sur la paroisse d’Étables, nous avons actuellement une équipe de 15 personnes avec 6 guides de la prière. Nous fonctionnons par semaine et par équipe de trois : le guide de la prière, la personne gérant le téléphone portable en lien avec les pompes funèbres et une autre personne. Elle peut être renforcée en cas d’obsèques nombreux. Le planning est réalisé tous les mois. Cette équipe accueille la famille en deuil au titre de la communauté paroissiale et non à titre personnel, elle organise le déroulement des obsèques.

Comment se déroule la rencontre avec la famille ?

Nous écoutons les membres de la famille dans ce qu’ils ont à vivre, un accueil humain et fraternel avant tout. Qu’ils soient proches ou éloignés de l’Eglise, cette situation d’écoute nous permet d’entendre leur souffrance liée à la perte d’un être cher, même si nous ne pouvons pas porter cette souffrance. Nous apportons notre témoignage de foi : la mort n’est pas une fin en soi. C’est au contraire, l’espérance d’une autre vie avec Dieu. Nous ne pouvons pas aller plus loin, c’est ensuite à chacun, en fonction de sa propre histoire avec Dieu, de croire ou non en cette Espérance. Dans cette écoute fraternelle, nous devons parfois faire face à des tensions familiales, à de fortes angoisses. Bien entendu, nous n’avons pas à prendre parti ni à juger, simplement être là pour les accompagner. C’est un temps d’évangélisation qui est exigeant et difficile, un vrai ministère de compassion où nous portons la souffrance de l’autre dans nos prières. Dieu accompagne les personnes dans leur souffrance, même si elles ne le savent pas.

Et la célébration ?

La célébration est la suite des échanges que nous avons eu avec la famille. L’accueil en début de cérémonie est important car c’est un accueil au nom de la communauté et de l’Église d’une assemblée où il y a des croyants et des non-croyants. La mort n’est qu’un passage. Croyant ou non, Dieu est présent dans le cœur du défunt. Celui-ci laisse des trésors sur lesquels ceux qui restent peuvent s’appuyer. Par son comportement et ses gestes, le guide de la prière aide l’assemblée à prier dans un temps de paix et d’espérance.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

La préparation est difficile. Il ne faut pas banaliser le temps d’échange mais être à l’écoute en prenant en compte la souffrance de la famille. Certaines personnes ne comprennent pas que ce soit un guide laïc qui assure les obsèques et non un prêtre. Chaque guide a reçu une lettre de mission de son curé. Que le prêtre soit présent ou non, le rituel est le même, seule diffère l’Eucharistie. Entre la rencontre de la famille et la cérémonie, la préparation du commentaire d’Évangile exige de trouver le mot juste et personnalisé. Ce n’est pas du « copier-coller ». C’est très prenant et le risque est de tomber dans la routine.

Que ressentez vous à titre personnel ?

Quelle que soit la souffrance de la famille, Dieu est présent à nos côtés, je le ressens fortement. Cette Espérance que j’ai vécue, j’ai envie d’en témoigner. A partir de ce vécu, je me sens appelée pour être en situation d’écoute vis-à-vis des familles en deuil. Cette souffrance que Dieu n’a pas voulu, il l’a vit avec nous. C’est parfois difficile de ne pas se laisser absorber par la situation. Il faut être en paix avec soi-même et ne pas vouloir porter la souffrance des autres. Dans notre équipe, certains sont plus à l’aise comme accompagnateur plutôt que guide. Devenir guide de la prière est un chemin, ce n’est pas simplement donner du temps.

Voir en ligne : La Xavière (Missionnaire du Christ Jésus) - Une « visitation »

Vos témoignages

  • le néel 20 mars 2018 22:47

    C’est très bien de donner la parole à une guide de la prière ; comme tous les autres guides elle le fait avec beaucoup de présence, d’humanité. Un seul regret qu’aucune mention de l’organiste n’y figure. On se fait quand même un point d’honneur à trouver pour chaque célébration un organiste.Il y a des paroisses où on se contente de jouer des disques… Il n’est pas rare d’avoir 2 obsèques le même jour dans la paroisse. L’accompagnement des chants est vraiment utile, il a sa place dans une célébration religieuse. Nous sommes plusieurs à accompagner les équipes funérailles une centaine de fois par an.