Homélie célébration d’A-Dieu de Bruno Auffray Enregistrer au format PDF

Jeudi 9 août 2018 église Saint Pierre de Pordic
Vendredi 10 août 2018

Jeudi 9 Août 2018 – Pordic
Homélie pour la célébration des obsèques de Bruno Auffray
Abbé Hervé Le Vézouët
Lectures : 1 P 1, 6-9 ; Luc 10, 25-37

Depuis dimanche, nous sommes nombreux à être habités, de manière insistante, de souvenirs liés à Bruno ; autant de moments partagés ensemble, heureux ou difficiles, bons souvenirs ou événements plus douloureux.

Pour ma part, les souvenirs de Bruno me renvoient essentiellement vers ces bonnes soirées qu’avec quelques amis communs nous avions l’habitude de programmer en nous invitant à tour de rôle les uns chez les autres. La prochaine date était déjà fixée en septembre. C’est Bruno qui devait nous recevoir…

Et voilà que la soudaineté de sa disparition nous surprend tous et nous assomme brutalement. La relation que nous avions tissée avec lui, qu’elle soit de nature familiale, amicale, professionnelle (à l’école, dans la commune ou la paroisse) se rompt brutalement sans que le temps nous ait été donné, ni à lui, ni à nous de nous dire au-revoir. C’est la source d’une peine tellement difficile à consoler
… parce qu’il nous semble que celui qui est parti a été privé de se préparer à ce départ
… parce que s’installe en nous qui restons, le douloureux sentiment que nous avions encore _ du chemin à parcourir ensemble. Cette rupture brutale à laquelle nous n’étions pas préparés nous désarçonne, nous fragilise. Nous sommes confrontés à ce mystère d’une vie reçue, donnée et, aujourd’hui, interrompue brutalement.

« Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Une question, simple, directe, essentielle, posée à Jésus ce jour-là par un Docteur de la Loi (une question comme celles qu’ont sans doute posées bien des fois de jeunes élèves à Bruno) qui finalement trouvera sa propre réponse après que Jésus l’ait invité à chercher cette réponse dans les Écritures. « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? demande Jésus, Que lis-tu ? ». L’homme répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même ».

La parabole du Bon samaritain que Jésus raconte ensuite pour éclairer celui qui lui demande « Qui est mon prochain » nous touche aujourd’hui. Bruno a tantôt été le bon samaritain, celui qui s’arrête, qui se rend proche, qui provoque la rencontre, qui prend soin de son prochain. Il a aussi, à d’autres moments de sa vie, été celui qui sur le bord du chemin se laisse approcher, consoler, qui demande à être aimé. Nous-mêmes, au cours de notre vie, nous sommes tantôt l’un, tantôt l’autre …

Même si c’est difficile à entendre, j’ose affirmer que ce qui est important, ce n’est pas la durée d’une vie, mais son intensité. Lorsque quelqu’un que l’on aime meurt, nous réalisons que la vie, c’est quelque chose d’extrêmement fragile. La mort soudaine de Bruno nous le rappelle. La vie est précieuse, même si parfois elle est difficile à vivre, même si elle nous réserve de mauvaises surprises.

C’est pourquoi il nous faut gouter la vie à chaque instant, en accueillant chaque moment d’amitié partagée, de solidarité vécue, de bonheur reçu, comme de véritables cadeaux. Je crois que Bruno vivait de cette manière …

Les textes que nous entendons au cours de cette célébration nous parlent, chacun à leur façon, de l’espérance des hommes, de la grandeur d’une vie qui dépasse les apparences. C’est une invitation à la confiance qui nous est adressée aujourd’hui.

Non, ni le mal, ni la mort n’auront le dernier mot ! C’est notre espérance, c’est notre foi ! C’était celle de Bruno. Le Christ, par sa résurrection nous le révèle. Même si, à vue humaine, la mort met un terme à notre pèlerinage sur cette terre, que rien ne sera plus comme avant, que l’absence de l’être aimé génère une souffrance dont on ne se remet jamais vraiment… La foi en la résurrection ouvre une espérance là où la situation semble définitive, achevée, irréversible …

Même si nous n’avons pas toutes les réponses aux questions qui nous habitent aujourd’hui, nous pouvons être sûrs que rien n’effacera ce qui a été vécu dans l’amour, par amour … Ainsi, notre vie d’ici-bas est appelée à entrer pleinement dans l’éternité et nous comprenons que la mort n’est pas un point final mais un passage.

En nous retrouvant dans cette église de Pordic cet après-midi, nous voulons présenter à Dieu, par cette célébration, ce qu’il y a eu de lumière, de bonté, de beauté dans la vie de Bruno, trop courte à nos yeux et si pleine pourtant. Il faut laisser résonner en nous toutes ces paroles de vie. Au cœur de nos nuits, de nos questions, de nos révoltes aussi, elles peuvent faire jaillir une lumière. Aujourd’hui, demandons à Dieu la grâce de la force dans l’épreuve terrible qui nous atteint.

Bruno croyait en cette vie promise au-delà de la mort. Un jour, nous nous retrouverons tous. Que Dieu ravive en chacun de nous cette foi et cette espérance.

AMEN

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