Homélie de la Veillée Pascale - Mt28,1-10 Enregistrer au format PDF

Samedi 11 avril 2020
Dimanche 12 avril 2020 — Dernier ajout mardi 14 avril 2020

Frères et sœurs,

Jésus vient de nous dire : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (Mt28)

Il ne manque d’audace ce Jésus. Alors que nous sommes au cœur d’une épidémie qui nous oblige au confinement. Alors que, nombreux de nos contemporains sont hospitalisés parce que contaminés par ce virus, qui plonge certains d’entre eux, dans un état critique. Alors que l’ensemble du personnel médical, les chercheurs, les scientifiques, les pompiers, les ambulanciers, déploient des forces incommensurables d’énergies pour sauver les personnes malades. Alors que les acteurs économiques, sociaux, politiques sont contraints de prendre des décisions pour freiner la propagation du virus. Voilà que ce Jésus qui apparaît à Marie-Madeleine et Marie au petit matin, ose nous inviter à la confiance.

En rassurant Marie-Madeleine et Marie, Jésus veut déjà leur faire partager une bonne nouvelle : la mort n’est pas le dernier mot de la Vie. Il veut aussi leur signifier que lui, - cet homme de Nazareth qui a cheminé avec elles sur les routes de Palestine, qui a partagé la condition humaine, qui a côtoyé les personnes en attente d’une guérison, d’une libération, qui est passé du triomphe de son entrée à Jérusalem au rejet et à la mort sur la croix, - est sorti des affres de la mort et, grâce à Dieu son Père, nous ouvre, par sa résurrection, un horizon d’avenir, un horizon d’espérance.

Et le rendez-vous qu’Il donne à ses deux femmes et à ses disciples pour le retrouver c’est la Galilée. Que peut signifier ce terme de Galilée ? Certes, nous pouvons penser à un lieu géographie situé sur la carte du monde. Mais la Galilée dont parle de Jésus est plus que cela : c’est tout lieu où nous vivons.

Ainsi, en ce jour de Pâques, au cœur de notre épreuve, au cœur de l’épidémie, Jésus vient nous dire qu’il nous rejoint dans le quotidien de nos vies. Il nous rejoint discrètement pour nous aider à vivre les passages dans la sérénité et pour nous apporter une parole d’espoir et nous inviter à croire en un autre avenir possible.

Une parole d’espoir : La promesse de Dieu au matin de Pâques est une promesse d’espoir en la vie plus forte que toutes nos morts. Cette promesse d’espoir est un acte de libération. En effet, en ressuscitant son Fils Jésus, Dieu le Père nous ouvre dès maintenant la porte d’une vie qui ne prend pas fin avec notre mort terrestre et physique. Toutefois, le passage par la mort, la séparation d’avec un être cher, demeure une douloureuse épreuve qu’il nous faut traverser par tout un travail de deuil pour continuer à vivre autrement. Pourtant, dans la foi, nous croyons que par la résurrection du Christ, nous sommes déjà ressuscités parce que notre vie est action de grâce et libération et que cette résurrection sera totale et définitive lorsqu’il nous faudra également passer par la mort pour accéder à la vie qui ne finit pas, à cette vie d’éternité où nous serons « tous en tout », « tous réunis dans le cœur de Dieu ».

Un autre avenir est possible : La mise en retrait du monde que nous vivons, - que nous subissons- est, pour chacun, l’occasion de faire le point sur notre manière de vivre, sur ce qui est prioritaire, essentiel, pour que nous puissions vivre dignement et raisonnablement sur cette même planète. Nous ne pouvons tout attendre des autres. Il en va de la responsabilité de chacun. Et nous ne pouvons pas croire que nous sortirons de ce confinement, indemne, sans rechercher collectivement d’autres chemins pour que la Vie l’emporte sur toute force de mal, toute forme de mort. Une course effrénée au profit, une course effrénée à la compétition, une course effrénée au pouvoir, une course effrénée à l’accaparement des richesses au détriment du pauvre et de la sauvegarde de la création, ne peuvent pas continuer à nous ouvrir un chemin de salut et de résurrection. Or, croire en la Résurrection de Jésus-Christ, c’est croire que depuis ce premier matin de Pâques, où la relation entre le Ciel et la Terre a de nouveau été rétablie, une nouvelle création est à l’œuvre. Cette création renouvelée par la force de la Parole de Dieu, cette création qui s’enracine dans l’esprit des béatitudes, dans les valeurs de puissance d’amour, de puissance du service, de puissance de fraternité et de solidarité.

Le pape François dans son encyclique sur l’écologie intégrale écrivait notamment ceci il y a déjà 5 ans : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs.

Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre. » (Laudate Si n°160)

Frères et sœurs,

A Pâques, la vie surgit du tombeau, un nouveau commencement est possible. Puissions-nous en ce dimanche de Pâques entendre l’appel de Jésus à nous centrer sur le cœur de notre vie, sur ce qui fonde notre bien vivre-ensemble, sur ce qui fonde notre communauté de destin, à la fois dans le tissage respectueux de relations de proximité et planétaires, sur ce qui nous entraîne sur des chemins d’humanité où la Vie pourra toujours triompher parce qu’elle sera respectée dans sa fragilité, dans sa diversité, et accueillie comme le don d’un Autre, de ce Dieu Père et Créateur, qui continue de faire en nous et par nous, par le don de l’Esprit Saint « toutes choses nouvelles ». Gardons le cap de la confiance et de l’espérance !
Oui, « le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! »

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