Homélie de la messe du 22 septembre 2019 à Paris - Le Jour du Seigneur - Enregistrer au format PDF

Mardi 24 septembre 2019

Déjà au temps de Jésus, un homme riche avait confié son capital à un gérant (de patrimoine). Alerté de sa mauvaise gestion, il a voulu s’en défaire. Mais ce gestionnaire, habile pour détourner dans son seul intérêt, a continué à préparer ses arrières. Il a usé de son agilité pour établir de nouvelles relations intéressées. On croirait voir décrites des malversations financières dont nous parlent si souvent les médias. Il est étonnant d’entendre Jésus justifier cela et nous dire benoîtement : « Faites-vous des amis, avec l’argent malhonnête, afin que le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ».

Quels drôles d’amis ! Faut-il approuver un tel comportement ? Pour comprendre Jésus, soyons attentifs au processus évolutif qu’il nous propose.

Afin de résumer cela, permettez-moi d’insister sur 3 ‘’ V ’’ : Virtualité – Vertu – Vérité

La Virtualité

Au temps de Jésus, la monnaie qui servait à payer avait son pesant d’or, de métal.
Aujourd’hui, nous avons perdu l’habitude que l’argent pèse. Point n’est besoin d’avoir un porte-monnaie, si ce n’est pour la quête … mais peut-être monsieur le curé vous a-t-il proposé d’autres solutions. Le portefeuille tend à disparaître. Il est substitué par la carte de crédit voire une application sur votre téléphone. La monnaie s’est dématérialisée, elle est devenue virtuelle. Dans la parabole, le propriétaire avait accordé au gérant une confiance quasi « aveugle » sans jamais vérifier son honnêteté. Elle était présupposée mais elle est devenue virtuelle, sans plus de consistance ni de réalité. En lisant rapidement cet évangile, nous pensons que Jésus se satisfait de cette virtualité. Pourtant il insiste sur la nécessaire confiance que l’on peut avoir l’un envers l’autre. Le caractère virtuel de ce qu’on croit détenir se distingue du comportement exigeant mais ô combien fructueux : être digne de confiance … Le gestionnaire malhonnête ne méritait pas la confiance qui lui était faite. Aussi faut-il entrer dans un cercle plus vertueux.

La Vertu

Pour mériter la confiance, il s’agit d’accomplir un long travail, de nouer une relation dans le temps. Tout cela se concrétise dans des actes, des comportements. Qu’est-ce qui nous permet de faire confiance à quelqu’un ? L’amitié ? l’affection ? l’estime ? l’expérience commune ? Pour Jésus, notre rapport à l’argent est significatif de notre comportement dans les moindres choses ou les plus grandes. Si l’argent a une valeur précise, la confiance acquise n’a pas de prix. Elle ne se quantifie pas, elle s’accorde, se donne et s’entretient. C’est pourquoi, mériter la confiance est une vertu dont on peut profiter pour développer une relation tout au long de la vie. Saint Paul disait d’ailleurs aux Philippiens : « Mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte » (Ph 4, 8). Et nous pourrions ajouter, prenons-le en considération. Le vrai, bon et honnête gestionnaire ne cache rien. Il déploie ses qualités. N’est-ce pas ce que les parents essaient de transmettre à leurs enfants, petit à petit : savoir ne pas mentir, toujours faire confiance, oser dire la vérité.

La Vérité

Avouons-le humblement. Le plus difficile est de toujours agir dans la vérité, la clarté, la limpidité. Alors Jésus donne une clé qui ouvre toutes les portes menant au meilleur comportement : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent. » C’est la phrase choc de cet évangile que l’on trouve chez Luc comme chez Matthieu. Le propos est tranchant. Jésus nous propose de choisir le seul vrai Dieu et non pas un faux semblant. Aussi pouvons-nous redire avec saint Paul : « Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation, dans une foule de convoitises absurdes et dangereuses, qui plongent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre ». (Lettre de St Paul à Timothée, 6, 9-10)

Éviter la virtualité de nos comportements, cultiver la vertu de nos attitudes et toujours aimer Dieu en vérité. Afin de ne pas devenir les esclaves et les adorateurs des biens que nous voudrions accumuler, n’est-il pas souhaitable de rechercher d’abord le bien que le Seigneur nous propose de cultiver ? Notre profit ne se calculera pas en une somme faramineuse, mais se révèlera dans la joie incommensurable de l’être qui se sait aimé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il possède.

Références bibliques : Am 8, 4-7 ; Ps 112 ; 1Ti 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13

Prédicateur : P. Vincent Cabanac
Paroisse : Eglise Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts
Ville : Paris