Homélie du 29e dimanche ordinaire B - 21 octobre 2018

Lundi 22 octobre 2018

Chers amis,

La première lecture, du livre d’Isaïe nous emmène réfléchir sur des thèmes qui ne sont pas trop faciles à entendre, ni à expérimenter. Pour ceux qui sont habitués au livre d’Isaïe, ils ont dû retrouver dans ce passage le 4e chant du serviteur, personnifiant Israël déporté, meurtri et humilié, et que Dieu va libérer et ramener sur sa terre. Mais, comme pour toute vision prophétique, le vrai sens ici dépasse infiniment cette situation historique restreinte, liée à l’expérience propre du peuple juif. Notre planète a fait la lourde expérience de servitude et d’esclavage dont l’on garde encore aujourd’hui des loques ensanglantées, difficiles à guérir. Tous ceux qui ont eu à vivre ces événements de près ou de loin, peuvent percevoir le sens le plus profond de la souffrance de serviteur et du service. Le sort de tout serviteur, c’est de sacrifier de son temps, de son intelligence, de ses forces, sa liberté, c’est de pâtir pour donner pleine satisfaction aux autres.

Dans le contexte du livre d’Isaïe, Dieu transforme la souffrance de son juste Serviteur en service de salut, en sacrifice d’expiation pour la justification de la multitude chargée de péchés et de mort. La souffrance du Serviteur, comme passion pour les autres, devient alors source de fécondité, de plénitude de vie. On a longtemps cherché à identifier ce serviteur exceptionnel, qui en souffrant, apporte le salut aux autres. Et nulle figure n’a put dépeindre parfaitement ce personnage, sinon celle du Christ. C’est bien lui le Serviteur souffrant, méprisé et malmené, qui a porté nos souffrances par sa croix et vaincu le mal par sa résurrection, pour nous aider à les assumer et nous introduire dans la plénitude de la vie. Et c’est effectivement à ce sens de vie que le Christ dans l’évangile veut appeler ses disciples. Jacques et jean les deux frères s’avancent vers Jésus et lui font la demande : « accorde-nous de siéger dans ta gloire l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. » Rappelons-nous que les deux frères sont les seuls avec Pierre à être admis dans la maison de Jaïre (Mc 5,37), puis appelés à être témoins de la Transfiguration et certainement à d’autres moments importants du ministère du Christ. Ils sont donc habitués au Maître, eux qui ont ce grand privilège d’être choisis parmi les « choisis ». Mais ils veulent plus. Ils veulent siéger l’un à sa droite, l’autre à sa droite dans la gloire du ciel. Apparemment, cela n’a rien de mal. C’est un désir pur de vouloir toujours être proche du bon Dieu. Et en tant que chrétien, on ne peut pas désirer mieux. Qui ne voudrait pas être tout près du Seigneur là-haut ? Mais le contexte de l’évangile est particulier. L’intention des deux frères n’est pas droite ; elle est sectaire. Ils se soustraient du groupe des 12 et veulent s’accaparer à eux seuls le Maître. Alors que Jésus venait juste de leur parler des événements imminents de douleur qui le concernaient, il attendait certainement une autre demande de leur part que celle-là. Voilà pourquoi à leur demande, il réagit en rappelant que tout appel de Dieu est gratuit et vise à mettre au service des autres. Si Dieu lui-même en arrive jusqu’à se faire « Serviteur souffrant » des hommes, cela signifie qu’aucun appel divin ne saurait être un positionnement, une promotion, un pouvoir … à la manière du monde. « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi » : le pouvoir qui vient de Dieu doit être géré comme service de la volonté de Dieu, c’est-à-dire au bénéfice des hommes. La grandeur du pouvoir, c’est sa capacité de servir, par amour désintéressé et non dans un narcissisme qui enferme dans le culte de sa propre personne. On l’aura compris, la mission de Jésus n’est pas d’ordre terrestre, ni politique. À ceux qui veulent le suivre, il souligne que la gloire à laquelle ils aspirent, on n’y parvient que par le service qui implique humilité, détachement, sacrifice, chemin de rédemption et source de vie. Jésus notre Maître et Rédempteur est venu servir en donnant sa vie pour le salut de la multitude. Pour nous qui nous mettons à sa suite, il n’y a pas d’autre chemin que celui-là. Et en ce dimanche des missions, il nous est vraiment utile de redécouvrir la valeur du service et du sacrifice pour la fécondité de l’annonce de l’Évangile dont nous sommes porteurs par notre foi et notre baptême.

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