Homélie du 2è dimanche de Pâques - Dimanche 19 avril 2020 - Enregistrer au format PDF

Samedi 18 avril 2020

Lectures : Actes 2, 42-47 ; Ps 117 (118) ; 1 Pierre 1, 3-9 ; Jean 20, 19-31

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Chers amis,

Ce fut là la profession de foi de l’apôtre Thomas après avoir réclamé et vu de ses yeux les marques de la crucifixion sur le corps de Jésus, lui qui avait affirmé devant ses confrères apôtres : « si je ne vois pas, je ne croirai pas » (Jn 20, 25).
Si Thomas est vu aujourd’hui comme la figure emblématique de l’incrédulité, un peu de clémence de notre part nous fait reconnaître que ce n’était pas si évident pour lui de croire (sans voir) que celui-là qui a été mis à mort est vraiment vivant ! Nous pouvons aussi voir le doute de Thomas dans la ligne de celui de ses contemporains et compatriotes. Nous nous rappelons bien cette question des Pharisiens à Jésus : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous croyons en toi ? » (Jn 6, 30). La société contemporaine dans laquelle nous vivons n’est pas non plus épargnée. Bien au contraire, 2000 ans après, il persiste des hésitations, des doutes, et de plus en plus carrément un radicalisme négatif par rapport à l’idée de Dieu. Alors on lui reproche l’absence des signes visibles et crédibles : « il est trop silencieux, il est invisible, il ne prend pas soin de tout le monde … », des positions qui effleurent souvent les non croyants, mais aussi, parfois nous croyants… nous chrétiens … nous …
Nous voilà depuis quelques semaines en pandémie contre un virus. Et il est très facile de se demander en de pareilles circonstances : Où est-il ce Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ?
Où est-il ce Dieu plein de puissance, qui fait traverser le Jourdain à pied sec à son peuple et le nourrit pendant quarante ans au désert, où est-il aujourd’hui devant cette humanité consternée et prosternée, fragile devant une pandémie dont l’issue semble encore loin ?
Le vendredi saint, en suivant la célébration de la Passion à Rome - comme beaucoup de chrétiens en ces moments - je n’ai pas pu résister à mon émotion en voyant le visage de notre Saint Père … un visage qui exprime la souffrance qu’a endurée le Christ sur ce chemin combien pénible et douloureux de salut, mais qui traduit aussi la souffrance et l’angoisse de toute cette planète affolée en pleine semaine sainte ! L’homme dans son humanité expérimente au quotidien ce semblant de déréliction, d’abandon, de silence du ciel ! Et alors, on se demande et on se redemande : que fait-il ce Dieu dont on nous prêche toujours la grandeur, la puissance et la bonté ? La réponse à tous ces questionnements se retrouve encore dans cette péricope de l’évangile de saint Jean que nous méditions en ce dimanche.
Souvenons-nous : quand Jésus fut arrêté, pratiquement tous ses apôtres l’ont abandonné. Pierre, leur chef, affirma qu’il ne le connait même pas. Ils se voyaient alors perdus, désespérés, pratiquement trahis par ce Maître qui n’a pas dépêché une forte armée d’anges du ciel pour le défendre contre ses bourreaux. Et par peur des Juifs, contrairement à nous aujourd’hui, ils choisissent délibérément le « confinement », avec les portes closes et verrouillées à trois tours … et surtout dans la prière ! C’est dans ce désarroi que le Maître trahi, abandonné et renié, apparaît à plusieurs reprises. On s’attendrait facilement à ce qu’il leur exprime sa déception devant leur attitude de trahison et de manque de foi. Mais non, sans les juger, sans les réprimander, il leur pardonne, les salue, les réconforte : « la paix soit avec vous ! ». C’est là la nature de Dieu en son fils Jésus Christ : La Miséricorde.
Nous le savons bien, ce deuxième dimanche de Pâques a été dédié à la divine miséricorde par le pape Jean-Paul II, il y a 20 ans cette année (le 30 avril 2000) pour nous faire contempler davantage le visage infiniment miséricordieux de Dieu.
Qu’il est beau, ce regard de Jésus, ce regard de tendresse, ce regard de miséricorde ! Ne perdons jamais confiance en cette Miséricorde infinie de notre Dieu. C’est une source intarissable et inépuisable de grâces et de bénédictions que nous recevons dans l’humilité. Rappelons-nous les propos de Saint Paul : De quoi pourrais-je me vanter, sinon de ma faiblesse, de ma pauvreté ? C’est vraiment dans l’humble reconnaissance de notre faiblesse, de notre fragilité, de notre péché que nous pouvons voir, rencontrer, contempler et recevoir la miséricorde de Dieu, son amour, sa vie.
Dans notre expérience personnelle, il nous est certainement déjà arrivé de contempler ce visage miséricordieux de Dieu, sa patience et sa douceur ; il nous est arrivé de voir en de nombreuses personnes le courage d’entrer dans une relation profondément intime avec Dieu parfois en dépit d’un temps long de séparation. Il n’est jamais tard pour revenir à Dieu. Il nous attend toujours d’un Amour unique et nous appelle à être le signe de cet Amour dans le monde.
Chers amis, quoiqu’il arrive, laissons toujours luire en nous une étincelle d’espérance et de charité. Les apôtres, en dépit de tout, avaient encore en eux cette étincelle d’espérance, faible, mais pas éteinte. Ce qui leur donna la force et le courage de continuer à se rassembler, se soutenir, se mettre ensemble devant le quotidien… et même de prier, certainement, tel que le Christ le leur a appris. C’est un grand signe, un bel exemple pour nous aujourd’hui, pour nos petits groupes, nos familles, nos sociétés, notre humanité, d’avoir toujours les yeux et le cœur non éternellement tourné vers les échecs du passé, mais en toute confiance vers l’avenir que nous ne connaissons pas et qui ne nous appartient pas. C’est à cette foi que Jésus invitait Thomas, c’est à elle qu’il nous invite aujourd’hui : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Dans la faiblesse de nos doutes et détresses, que le Seigneur lui-même par sa miséricorde infinie nous donne le cœur d’avoir toujours en lui cette confiance et cette foi qui nous font avancer dans la sérénité.
Que la Paix soit avec chacun de nous !
Bonne fête de la Divine Miséricorde !