Homélie du 33è dimanche du temps ordinaire A Enregistrer au format PDF

Dimanche 15 Novembre 2020
Dimanche 15 novembre 2020 — Dernier ajout samedi 14 novembre 2020

Frères et Soeurs,

S’il fallait d’une phrase résumer l’évangile que nous venons d’entendre nous pourrions dire : « Un homme n’est un homme que pour autant qu’il est responsable ». Alors, regardons ensemble l’attitude du maître et des trois serviteurs de la parabole et demandons-nous : en quoi être créé à l’image de Dieu c’est assumer notre condition humaine, en homme, en femme, responsable ?
Voici donc un riche négociant dont les responsabilités sont lourdes et que ses serviteurs redoutent parce qu’il ne les ménage pas. Il est dur au gain. Jésus ne le loue pas pour cela, il utilise simplement, comme on le faisait dans la culture de son pays, l’image familière du maître puissant et riche qui fait confiance à ses subordonnés. Cet homme part en voyage. Voyage d’affaires, dirions-nous aujourd’hui, et voyage de longue durée pendant lequel il ne veut pas que son capital reste improductif.
Les sommes qu’il confie à ses serviteurs sont énormes : le talent valait quelque 240 000 €. Il ne s’agit donc pas de serviteurs subalternes mais plutôt de gouverneurs.
Il n’est pas impossible que le maître veuille les mettre à l’épreuve ; s’ils s’acquittent avec succès de la responsabilité qu’il leur confie maintenant, il pourra les promouvoir demain à des fonctions comportant des responsabilités plus importantes.
A l’un il donne cinq talents, à l’autre deux, au troisième un. L’Evangile précise : ’à chacun selon ses capacités’. Par cette expression, il nous est dit combien le maître connaît ses serviteurs, il sait de quoi ils sont capables, et il en tient compte : il ne leur impose pas plus qu’ils ne peuvent porter.
L’Évangile ne nous dit pas comment les deux bons serviteurs ont réussi à doubler leur part. _ L’accent est plutôt mis sur leur empressement. Ils s’activent sans tarder.
Mais le troisième serviteur intrigue et nous dérange. En fait d’initiative, il creuse un trou dans la terre pour y cacher l’argent de son maître. Or, le fait « d’enterrer » de l’argent c’est se protéger des voleurs mais aussi symboliser un enfermement, une peur, voire même un refus de vivre et donc un désir de mourir.

En fin de compte, ce serviteur est un homme plein de précautions, qui cherche avant tout la sécurité, et qui tout de même prend une initiative, mais de l’ordre de la prudence, dans le seul but de ne courir aucun risque. On pourrait dire qu’il prend l’initiative d’échapper à toute initiative. Il oublie que Dieu nous invite à nous comporter comme des êtres humains responsables, et donc, comme homme et femme, à son image et à sa ressemblance.

Ainsi, le Dieu Père de Jésus le Christ nous veut des hommes et des femmes responsables. Or être responsable c’est répondre de nos paroles, de nos gestes et de nos actions.

En cette 4e journée mondiale des pauvres, et également journée nationale du Secours Catholique dont la mission chez nous et dans le monde, est de rendre les pauvres acteurs de leur devenir, le pape François, s’appuyant sur un extrait du livre de Ben Sirac, nous invite « à tendre la main au pauvre » (Si7,32)
Dans son message, au paragraphe 2, le Pape François écrit : « La référence constante à Dieu, cependant, n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées. (…) La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables. Pour célébrer un culte qui soit agréable au Seigneur, il est nécessaire de reconnaître que toute personne, même la plus indigente et la plus méprisée, porte l’image de Dieu imprimée en elle. De cette attention découle le don de la bénédiction divine, attirée par la générosité pratiquée à l’égard du pauvre. Par conséquent, le temps consacré à la prière ne peut jamais devenir un alibi pour négliger le prochain en difficulté. Le contraire est vrai : la bénédiction du Seigneur descend sur nous et la prière atteint son but quand elles sont accompagnées par le service aux pauvres. »

A son retour, le maître demande des comptes, nous dit le texte d’Évangile. Lorsque, au terme de notre vie terrestre, nous entrerons dans la gloire de Dieu, le Christ ne nous jugera pas selon le nombre de célébrations que nous avons vécues et sur la quantité de nos prières ; il nous interrogera sur la qualité des relations que nous avons nouées au quotidien, avec Dieu son Père et avec notre frère, notre sœur, en humanité. Oui, au cœur de la crise sanitaire que nous traversons, mais aussi au moment où un relent de terrorisme refait surface, « tendons la main » à tous ceux et celles qui sont éprouvés, impactés, par ce confinement : les sans-abris, les sans-travail, les soignants, les victimes du terrorisme, les petits commerçants … Par cette main tendue, qui peut être aussi, la main de la solidarité, de la fraternité, de la paix, de l’unité, nous rendrons à Dieu le culte véritable, tel que nous l’invite St Paul dans sa lettre aux Romains : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps - votre personne tout entière - , en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait ». (Rm12). _ Amen.