Homélie du 34è dimanche du temps ordinaire A - Solennité du Christ Roi Enregistrer au format PDF

Dimanche 22 novembre 2020 - Evangile de J.C. selon Mt25
Dimanche 22 novembre 2020 — Dernier ajout samedi 21 novembre 2020

Sommes-nous déjà allés dans un tribunal pour voir la manière dont se déroule un procès ? Et pourtant, l’actualité ne manque pas de relater chaque semaine des jugements devant différents tribunaux : civils, correctionnels, assise, commerce, prudhommes …
Un jugement, cela fait peur la plupart du temps. Nous n’aimons pas passer devant les tribunaux. C’est normal. C’est une grande part de nous-mêmes qui est mise à nu. En plus, nous avons peur d’être mal jugés. Et pourtant, dans un état de droit, nous souhaitons que la justice passe et les actes commis pour nuire, notamment au plus fragile, au plus faible, soient sanctionnés !

L’évangile de ce jour, au tout début de la Parabole du Jugement dernier, Jésus dit : « Quand le Fils de l’homme viendra dans la gloire, il siègera sur son trône de gloire. » (Mt25)
Peut-être que certains d’entre vous, dans votre enfance, vous avez été bercés par la figure d’un Dieu Juge, d’un Dieu de la peur, de la terreur, d’un Dieu voyeur, d’un Dieu vengeur ?
Certes, l’Evangile de Matthieu nous présente le Christ comme celui qui a reçu du Père le pouvoir royal de rendre la justice au dernier jour. Or, la justice du Christ nous réserve ici bien des surprises. Les brebis comme les chèvres en sont toutes étonnées.
Sur quoi le Christ s’appuie-t-il pour juger les hommes et les femmes ?
Cette page nous dit quelque chose de surprenant pour nous qui sommes croyants. Elle nous dit que la seule condition qui fait qu’on est justifié, ajustés, aux yeux de Dieu, c’est l’attitude de bonté dont on aura su témoigner auprès des plus petits. Ce qui nous sauvera de la condamnation du mal, c’est la charité et rien d’autre.
Selon la parabole, ce n’est donc pas la foi qui compte d’abord mais la charité, l’amour désintéressé pour les plus démunis. Bien plus que la foi, c’est la charité en acte qui touche Dieu. Saint Paul dans sa première lecture aux chrétiens de Corinthe écrit en conclusion de son hymne à la charité : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. » (1Co13,12-13)

La parabole que nous accueillons aujourd’hui en cette solennité du Christ Roi de l’univers, replace donc au cœur de nos vies croyantes l’exigence de la charité.
Et l’évangile insiste sur le caractère désintéressé, absolument gratuit de la charité.

Les justes en effet s’étonnent : « ’Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? » Et le Christ leur répond. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».
Dans la parabole, les justes sont tellement désintéressés dans leur charité qu’ils n’ont pas d’abord pensé à la portée de leurs actes. Ils n’ont donc pas aimé pour recevoir en retour. Ils ne se sont pas tournés vers les plus pauvres pour récolter la monnaie de leur pièce. Ils ne les ont pas aimés pour obtenir une récompense de Dieu. Ils ne savaient pas d’ailleurs qu’en les aimant ainsi, c’est le Christ qu’ils aimaient. Les justes ont aimé ces gens gratuitement, sans aucune arrière-pensée, pas même spirituelle. Et c’est pourquoi leur amour est pur et qu’il touche Dieu. Ces justes ont finalement aimé les hommes comme Dieu aime les hommes, sans aucune condition, sans retour sur lui-même. Dieu, dans les évangiles, aime les hommes parce qu’ils sont des hommes, un point c’est tout, et, quand ils sont en perdition, il lui faut absolument les sauver comme l’exprime si merveilleusement le prophète Ezéchiel dans la première lecture : « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. » (Ez,34,16)

Cet amour désintéressé pour l’humanité se vérifie avant tout dans l’amour des plus petits. Prétendre aimer les hommes c’est aimer tous les hommes. Aimer tous les hommes c’est croire que tout être humain est digne d’amour parce qu’il y a une part respectable et sacrée en chaque homme, et qu’il s’agit de commencer concrètement par prendre soin des plus fragilisés qui risquent à cause de cela d’être les plus méprisés. C’est lorsqu’on aime l’homme de cette manière-là que Dieu s’en trouve touché. C’est ce témoignage de la charité qui sauve les hommes.
Cela ne vaut pas dire que la foi n’est rien et qu’elle ne sert à rien. Mais, la foi n’est rien si elle ne se transforme pas en charité. Cet amour désintéressé et de respect pour nos frères et sœurs en humanité, envers les plus démunis, est une nécessité de l’Evangile : c’est là que conduit la foi, c’est là la voie royale pour servir Dieu.

Rendons grâce ce matin dans la prière de l’Eucharistie pour toutes les personnes engagées, individuellement ou collectivement, pour prendre soin de leurs frères et sœurs et continuons d’entendre l’appel du Christ Roi, mais un roi serviteur qui s’est dépouillé pour nous et par amour gratuit, à témoigner personnellement et collectivement de la charité de Dieu au milieu des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants, plus encore en ces jours si troublés. Que cet appel trouve, ce dimanche, écho dans notre prière et dans notre eucharistie.
Amen.

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