Homélie du 3è dimanche de Pâques - Année A - Enregistrer au format PDF

Dimanche 26 avril 2020
Samedi 25 avril 2020 — Dernier ajout vendredi 24 avril 2020

Frères et sœurs,
De quels événements ?
Jésus rejoint, de manière incognito, les deux disciples qui vont route vers le village d’Emmaüs. Ils font marche arrière après l’aventure qu’ils viennent de vivre à Jérusalem, mais aussi sur les routes de la Judée, de la Samarie, de la Galilée. Ils croyaient avoir rencontré le Messie attendu, le Sauveur, l’Envoyé de Dieu. Mais, leur foi et leur espérance se sont arrêtées à la tombe du Crucifié. Tout est fini. Tout espoir est perdu. Tous les rêves, les espérances, se sont anéantis dans la mort de ce Jésus de Nazareth rendant son dernier soupir sur la Croix du Golgotha.
Et pourtant ?
N’est-ce pas dans ces blessures, dans ces épreuves, dans cet abaissement, dans ce dénuement, que Dieu se révèle vraiment comme le Père de toute miséricorde ? En son Fils Jésus, qui donne librement et gratuitement sa vie, toute sa vie sur la Croix pour faire « jusqu’au bout la volonté du Père », Dieu se révèle dans sa véritable identité : une puissance d’amour, une puissance de bonté, une puissance de justice, une puissance de salut. En son Fils Jésus, Il vient nous rejoindre, nous chercher, au cœur de nos confinements, au cœur de nos épreuves, au cœur de nos détresses, au cœur de nos peurs et de nos angoisses, pour nous ouvrir le chemin de la Liberté et de la Vie qui ne finit pas.
Sommes-nous vraiment conscients que le Dieu en qui nous mettons notre espérance et notre confiance est ce même Dieu qui nous rejoint à la fois dans la prière de l’Eucharistie et dans le sacrement du frère. En effet, en se laissant reconnaître lors de la Fraction du Pain, et en disparaissant aussitôt à leurs yeux, Jésus-Christ nous révèle que le sacrement de l’Eucharistie et le sacrement du frère sont du même ordre parce qu’ils ne peuvent se comprendre et se vivre qu’en étant articulé l’un à l’autre. C’est ce que nous disait St Jean Chrysostome au 4e lorsqu’il écrivait : « Veux-tu honorer le Corps du Christ ?… Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, est le même qui a dit : Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri. Quelle utilité à ce que la table du Christ soit chargée de coupes d’or, quand il meurt de faim ? Rassasie d’abord l’affamé et orne ensuite sa table. Tu fabriques une coupe d’or et tu ne donnes pas une coupe d’eau.

En ornant sa maison, veille à ne pas mépriser ton frère affligé : car ce temple- ci est plus précieux que celui-là… » (commentaire de l’évangile selon St Matthieu)

En marchant ?

Ce Dieu se révèle à nous en marchant. En effet, c’est bien sur le chemin d’Emmaüs que Jésus rejoint les deux disciples. Il les rejoint à un moment où ils sont gagnés par le désespoir et la tristesse. Dieu se révèle à nous en marchant. Qu’est-ce à dire ? C’est déjà reconnaître que les chemins de l’existence sont aussi les chemins par lesquels Dieu nous rejoint chaque jour. C’est aussi admettre que notre vie, à la suite du Ressuscité, est une randonnée dont nous connaissons le commencement mais dont la date du terme est inconnue. Par contre, le but de toute notre vie se découvre, jour après jour, dans ce compagnonnage avec le Christ qui nous montre le Père. Ainsi, notre vie de chrétien, de baptisé, est une réelle randonnée où le guide discret se nomme Jésus-Christ, qui, par l’action de l’Esprit-Saint, nous donne de découvrir les dons que Dieu nous fait durant ce pèlerinage terrestre, notamment lors des haltes spirituelles, lors aussi des rencontres fraternelles et amicales, lors des attentions portées aux personnes malades et à leurs familles particulièrement par les différents soignants, lors des événements joyeux et douloureux de notre existence pour les traverser avec un cœur rempli de la force et du réconfort de Dieu qui ne cesse de nous convier au parti pris de la Confiance, de l’Espérance, du Salut !

Frères et sœurs,
Sur la route de nos Emmaüs d’aujourd’hui le Christ continue de nous rejoindre et de nous accompagner. Il veut nous révéler l’identité de Dieu son Père. Il veut nous convier vers l’auberge de l’Eucharistie pour nous nourrir de sa vie de Crucifié et de Ressuscité. Il désire aussi que cette halte à l’auberge soit l’occasion de repartir autrement, dans la joie et la confiance, pour témoigner de la Charité, de l’Amour de Dieu pour chaque être humain, par notre considération sans faille pour nos frères et sœurs en humanité, par cet amour sans limite du « prochain ». Avec le Christ, sur la route d’Emmaüs, au cœur de notre confinement et de cette épidémie, gardons le cap de la prudence, de la confiance, de la solidarité, de l’espérance.