Homélie du 3e dimanche de Carême - année A - 14 et 15 mars 2020 Enregistrer au format PDF

Église Saint Colomban à Tréveneuc
Lundi 16 mars 2020

« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Cette parole de l’Exode résonne d’une actualité particulière en cette période d’épidémie où le monde se trouve dans une relation de dépendance. En cette période d’épreuve, devons-nous mettre en doute la présence de Dieu au milieu de nous ?
Dans cette épreuve que vit le peuple hébreu lors de sa traversée du désert, la tentation est grande de faire marche arrière et de retourner vivre en Egypte dans une situation d’esclavage plutôt que d’accepter les difficultés du moment, de les affronter, de les traverser et de se tourner résolument vers l’avenir, vers la Terre Promise.
Or, Dieu entend les récriminations de son peuple et intervient en sa faveur. En faisant couler l’eau du Rocher au cœur d’un lieu désert, ce Dieu se révèle comme le Dieu de la Vie et des Vivants. Ce Dieu désire que son peuple puisse continuer de vivre et d’avancer sur le chemin de la vie, même si ce chemin peut être parfois parsemé d’embûches, d’obstacles.
De même, dans cette rencontre inattendue de Jésus avec la femme de Samarie, l’évangéliste Saint Jean nous révèle ce Dieu qui vient nous inviter à nous abreuver à la source de la vie. Tous sont invités. Il n’y a pas d’exclus ou de privilégiés.
Nous savons combien l’eau est un bien précieux, qui peut aussi se faire rare dans certaines parties du monde. Quelle chance pour nous de bénéficier d’une eau pure, saine, potable et qui nous arrive directement en tournant un robinet ! Mesurer cette chance c’est aussi veiller à l’utiliser de façon raisonnable et à économiser cette source vitale pour honorer le Créateur de tout bien et permettre à chaque être humain, qui est mon frère, qui est ma sœur, de pouvoir en disposer.
Oui, les gestes sanitaires qui nous sont demandés plus expressément ces temps-ci et qui devraient être des gestes automatiques du quotidien, nous rappellent combien l’eau est le signe de la Vie et le symbole de notre nature humaine.

« Donne-moi à boire. » C’est la première parole de Jésus pour s’adresser à l’inconnue qui le rejoint au bord du puits. En demandant à boire à la femme de Samarie, Jésus la met dans une situation de don. Avant d’offrir la vie en abondance, notre Dieu nous invite à nous ouvrir à l’autre, à vivre la rencontre par ce geste d’hospitalité qui est d’offrir un verre d’eau à celui qui passe, qui nous rend visite. Par cette demande, Jésus ouvre le dialogue et donne la possibilité à la Samaritaine d’exercer sa liberté et sa responsabilité.

Lors de notre baptême, nous avons été plongés avec le Christ dans sa mort et sa résurrection. Avec lui, sous l’action de l’Esprit-Saint, nous avons déjà vécu en tout notre être, cette traversée pour une vie nouvelle qui trouve sa destinée dans le Royaume du Père. Or, notre baptême n’est pas que le geste et le sacrement d’un instant. Il nous oblige et nous engage à vivre quotidiennement la charité, l’amour envers notre prochain. Dans cette période troublée, le Dieu Père de Jésus le Christ nous invite à redoubler de vigilance les uns envers les autres, non par la suspicion, la peur, le rejet, mais par l’attention que nous aurons envers chacun, notamment les plus fragiles. Je pense notamment à tous nos aînés : pour eux et avec eux, nous avons aussi à rechercher et à mettre en œuvre de nouvelles manières de vivre la solidarité et la fraternité pour rompre la solitude, l’isolement. Ma pensée et ma prière se tournent aussi vers tous ceux et celles qui sont mobilisés pour soigner, pour accompagner les familles, pour faire avancer la recherche, pour faire respecter les différentes recommandations au nom du Salut et de la Santé de tous et de chacun. Ma pensée et ma prière vont également en faveur des différents acteurs de la vie économique, sociale et politique. Nous n’oublierons pas de porter toutes ces personnes dans notre prière et de vivre une réelle communion de cœur et d’esprit.
Frères et sœurs,
Dans ces moments d’épreuve, nous le croyons, Notre Dieu nous accompagne et reste présent. Tournons-nous vers Lui pour lui confier nos craintes, pour nous décharger de nos fardeaux, de nos angoisses et demandons-lui de nous animer de son Esprit de Paix et de Force pour traverser ces événements avec sérénité et vigilance, et passer avec lui des ténèbres à la Lumière resplendissante du matin de Pâques.