Homélie du 4e dimanche de Carême - Année A - Enregistrer au format PDF

Dimanche 22 mars 2020
Samedi 21 mars 2020

Au bout de la lecture de cet évangile, j’ai envie de dire qu’il y a des aveugles qui voient clair et des voyants qui sont aveugles : les pharisiens refusent de croire et l’aveugle croit non pas parce qu’il est guéri mais parce que à travers ce signe ( Jean ne parle pas de « miracle » mais de « signes »), il ouvre les yeux de son cœur, et reconnait derrière la personne physique de Jésus, que tout le monde pouvait voir, il reconnait le Seigneur
Comme quoi, Antoine de St Exupéry avait raison d’écrire qu’on ne voyait bien qu’avec le cœur, que l’essentiel était invisible pour les yeux …

Il n’empêche que quand on est aveugle, on voudrait bien recouvrer la vue ! L’aveugle de notre évangile a bien de la chance d’avoir été sur le passage de Jésus. En deux temps trois mouvements, sans rien demander, il recouvre la vue. Le malheur pour lui, c’est que ça se passe un jour de sabbat et il va être interrogé, ainsi que ses parents, par les pharisiens. Les parents tirent comme ils peuvent leur épingle du jeu " il est assez grand pour répondre, interrogez-le vous-même…". Le miracle lui a donné de l’audace ; il tient tête aux pharisiens qui, furieux, le jettent dehors…. Lui, l’ancien aveugle, voit clair par rapport à Jésus là où les pharisiens sont aveugles et s’enferment dans leur aveuglement !
On aurait souhaité que cette lumière (« Je suis la lumière du monde") rassemble, mais au contraire, elle divise : il y a ceux qui l’accueillent et ceux qui la rejettent.
L’aveugle guéri retrouve Jésus et la conversation s’engage à un autre niveau : au niveau de la Foi : " crois-tu au Fils de l’homme ? " " Je crois Seigneur " répond-il en se prosternant.

C’est ce verbe croire qui m’intéresse aujourd’hui, Dans l’Évangile de Jean ce verbe est souvent utilisé dans une question de Jésus pour provoquer une réponse de la part de son interlocuteur avec Marthe, la sœur de Lazare " "Quiconque croit en moi ne mourra jamais, crois-tu cela ?" " Oui, Seigneur, je crois " ou avec ses disciples dans son grand testament spirituel après le lavement des pieds " Croyez-vous à présent ? " " Nous croyons que tu es sorti de Dieu "

Dans notre évangile d’aujourd’hui, ce verbe " croire " qui définit le "croyant » ne concerne pas une vague adhésion minimale à un Dieu hypothétique qui ferait partie de notre culture chrétienne, un vague sentiment religieux ; çà, çà concerne ceux qui pour ne pas être considéré comme athée, nous disent parfois " je suis croyant non pratiquant "…. Croyant en qui ???? si c’est simplement en l’homme Jésus, c’est un bon début mais il faut aller plus loin, il faut aller jusqu’à reconnaître Jésus Fils de Dieu, Lumière du monde, Envoyé du Père.

Quand Jésus pose la question " crois-tu " ou " croyez-vous " il attend une réponse qui soit une profession de Foi, à l’image de notre profession de Foi baptismale dans la nuit de Pâques, il attend une réponse qui soit un don total de confiance en Lui ". Peut-être que nous nous demandons " est-ce que je peux dire " je crois" tout en me posant des questions ?
Oui bien sûr, le questionnement est une invitation à chercher plus loin, à creuser pour trouver réponse.

Dans notre marche vers Paques, nous avons sans cesse à laisser le Seigneur nous guérir de nos aveuglements spirituels ; le péché nous rend aveugle car il nous empêche de voir pleinement le Seigneur, de le reconnaître pleinement. Le Seigneur peut nous guérir pour que, à notre tour, nous puissions en vérité lui dire " je crois » ;

N’oublions pas les paroles de Paul aux Ephésiens dans notre 2e lecture : " Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière, vivez comme des fils de la lumière, sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur ".

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