Homélie du 5e dimanche de Pâques - Le Jour du Seigneur - Enregistrer au format PDF

Dimanche 10 mai 2020
Mardi 12 mai 2020

C’est un moment décisif. Que vont devenir les disciples en l’absence de Jésus ? Après sa mort et plus encore après les rencontres lumineuses du temps pascal ? Les disciples sont déboussolés et les propos de Jésus ne les rassurent pas vraiment. Que veut-il dire ? « Je pars, je reviendrai, je vous emmènerai auprès de moi ». De quoi parle-t-il ? « Une place… une place parmi les nombreuses demeures de la maison du Père ? Une place au Ciel, c’est bien, mais qu’en est-il aujourd’hui, pour chacun de nous, de sa place sur cette terre ? La place que Jésus promet, c’est d’abord celle que lui-même vit intensément : une vie en communion avec le Père, une vie selon l’Esprit. C’est là le secret de sa liberté, ce qui le rend capable de choisir, au milieu de nous, la dernière place, celle du serviteur. Ne vient-il pas de le signifier en lavant les pieds de ses disciples ? Cette place, Jésus nous la propose. Par le baptême, nous vivons de sa vie. Nous sommes pierres vivantes, membres du corps du Christ, solidaires de toute l’Eglise et de « la création qui attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm8,19).

Si Jésus insiste sur sa relation au Père : « Qui m’a vu a vu le Père … Je suis dans le Père et le Père est en moi », c’est pour que nous aussi, nous vivions en fils de Dieu, – c’est là notre place auprès de Lui – en ayant la même audace que lui pour aimer sans compter. Voilà pourquoi Jésus peut se présenter comme « le chemin, la vérité, la vie ». La vérité dont parle Jésus n’est pas un concept. Jésus est dans la posture juste du Fils qui se reçoit du Père, s’offre à lui et se donne en partage. Jésus rompt avec la logique mortifère qui consiste à croire que la vie est un bien qu’on possède et qu’on pourrait sauvegarder quoi qu’il en coûte. Il ouvre le chemin de la vie éternelle, que nous accueillons comme cadeau de Dieu, fruit de sa miséricorde infinie.

Cette vérité du Christ, je l’ai touchée de près en accompagnant des malades qui consentent à la faiblesse et s’émerveillent des bienfaits du soin. « Grâce à ce parcours médical, j’ai découvert l’humilité » me confiait l’un d’entre eux, apaisé après un long combat tandis qu’un autre me partageait : « l’essentiel…, c’est le don ». Nous l’avons éprouvé ces temps-ci : nous avons besoin les uns des autres. Ceux qui applaudissent chaque soir les soignants l’ont bien compris. Au-delà de l’encouragement de nos concitoyens qui sont au front, ils signifient combien l’attention à l’autre, le soin, la générosité sont primordiales, tout autant, voire plus, que la compétence et les performances techniques. D’ailleurs, n’est-ce pas à l’amour que nous avons les uns pour les autres que Jésus reconnaît ses disciples ? (Jn13,35)

L’instauration des diacres, rapportée dans la première lecture, des Actes des apôtres, illustre la vitalité de l’Eglise appelée à témoigner de la puissance de la miséricorde qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Si la Parole de Dieu est féconde, c’est bien parce qu’elle communique la force de Dieu, la vigueur d’un amour qui réussit à dépasser les différends entre frères. Elle manifeste la tendresse de Dieu, son attention à ceux qui sont dans le besoin. Telle est la mission des diacres, que l’Eglise appelle de nouveau depuis le Concile Vatican II à être signes du Christ serviteur notamment dans leurs lieux de travail ou des engagements caritatifs. De bien d’autres façons l’Esprit suscite jour après jour des réponses qui permettent aux hommes de « passer des ténèbres à l’admirable lumière de Dieu ». Les actes aujourd’hui parlent davantage que les mots.

Notre mission, c’est inscrire l’Évangile de la résurrection dans l’épaisseur de notre humanité, en particulier dans les lieux de souffrance et d’exclusion. Comme l’écrivait un prisonnier politique du Guatemala, il y a quelques années : « Chrétiens, nous ne sommes pas menacés de mort, nous sommes menacés de résurrection ». Quelle belle menace, alors que tant de choses semblent s’écrouler en ce moment ! Aussi, comprenons-nous l’impatience des catéchumènes qui aspirent à recevoir le baptême et trouver leur place dans la vie nouvelle des enfants de Dieu. Avec eux, accueillons l’Esprit du Ressuscité. Qu’il ait raison de nos angoisses et de nos découragements afin que beaucoup puissent chanter avec nous alléluia. Amen !

Références bibliques : Ac 6, 1-7 ; Ps 32 ; 1 P 2, 4-9

Prédicateur : P. Bruno Cazin
Paroisse : Studio CFRT Paris