Homélie du 5e dimanche de Carême - Année A - Jn11 Enregistrer au format PDF

Dimanche 29 mars 2020
Samedi 28 mars 2020

Frères et sœurs,

C’est à un exercice particulier que je me livre en écrivant cette homélie qui ne pourra pas être prononcée devant un peuple réel. Mais le récit de la mort et du retour à la vie de Lazare, l’ami de Jésus, et le frère de Marthe et de Marie, nous rejoint aussi dans la crise sanitaire que nous vivons.

Dans un premier temps, Jésus semble inactif face à l’annonce de son ami malade. Et pourtant, sa foi en son Père le fait garder la maîtrise de la situation. Après un temps de réflexion, de discernement, il se rend auprès de Marthe et de Marie. Arrive-t-il trop tard ? En soi, nous pouvons le penser puisque son ami Lazare a rejoint le séjour des morts. Mais, Jésus est dans une autre attitude, une autre dynamique. Il est venu pour « réveiller Lazare de son sommeil » et le délivrer de ses liens, de ses chaînes et, par cette manifestation de l’action de Dieu, provoquer les autres à la foi au Dieu Unique, au Dieu de la Vie. D’ailleurs, dans le dialogue entre Marthe et Jésus, Marthe vient à proclamer sa foi alors que son frère Lazare est toujours retenu par les liens de la mort. Ainsi, ce dialogue se termine par cet échange : Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » (Jn11)

Cet appel à la Vie se retrouve également dans la prophétie d’Ezéchiel, lorsque le peuple en exil, attend une libération et éprouve le désir de regagner son pays. Alors, Dieu leur livre une parole d’espérance : « Je vous ramènerai. Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez ! » (Ez37). C’est dans le même esprit que l’apôtre Paul souligne que chaque être humain est habité de l’Esprit de Dieu qui fait de nous des êtres spirituels.

Frères et sœurs,

Par tous les moyens qui sont mis en œuvre pour éradiquer la crise sanitaire, il s’agit de sauver des vies, de sauver nos vies, de sauver la Vie. Or, pour nous les chrétiens, ce Dieu de la Vie a pris chair de notre humanité en son Fils Jésus-Christ. Dès lors, rien de ce qui est humain n’est étranger au cœur de Dieu et Dieu agit par nous, par nos différents charismes. Comment alors ne pas reconnaître dans le service et le dévouement sans faille de tous les soignants, ce Christ qui prend soin de tous les estropiés de la vie sur les routes de Palestine et qui leur apportent soin, écoute et réconfort, mais aussi l’attitude de Marie, la sœur de Lazare, lorsqu’elle « répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. » ? Comment alors ne pas reconnaître dans toutes ces personnes malades qui se battent pour garder le souffle ténu de la vie, ce Christ souffrant qui, sur la croix, se tourne vers son Père pour lui crier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt27) ? Comment alors ne pas reconnaître dans ces familles en deuil qui sont confrontées aux barrières sanitaires et qui souffrent de ne pas pouvoir dire au-revoir ou A-Dieu de tout leur cœur à leur défunt, la présence de Marie, Mère de Jésus, désœuvrée, au pied de la croix de son Fils, soutenue par l’apôtre Jean ?

En arrivant à Béthanie, Jésus trouve Lazare au tombeau. Le tombeau est d’abord le lieu de la sépulture mais il peut être vu comme le signe de nos confinements, de nos enfermements contraints. De ce lieu de confinement, la vie peut continuer de s’exprimer par les différents liens de solidarité et de fraternité que nous pouvons tisser grâce à la diversité des moyens de communication. De nos lieux de confinements, nous pouvons continuer de délier les liens de la peur, de l’angoisse, pour créer des liens d’encouragement, de soutien, d’entraide, de générosité, …

Comme chrétien, osons le pari de l’Espérance et continuons de développer les liens de la fraternité et de la communion par la méditation de la Parole de Dieu, par notre communion dans la prière et par le souci de nos proches, de nos voisins, de nos amis. C’est aussi l’appel des 4 évêques bretons dans leur message du 25 mars en écrivant notamment : « Toute crise, selon son sens premier, est discernement. Celle-ci nous replace devant une évidence massive : tous, nous sommes vulnérables et interdépendants les uns des autres. Est ainsi mise en lumière la fraternité. Celle-ci est notre force et notre avenir. En raison de notre fragilité, la fraternité est notre vocation fondamentale. Les soignants, en prenant soin des plus affaiblis, en sont le signe » (message du 25 mars 2020)

Frères et sœurs, chers amis,

En ce 5e dimanche de carême, au moment où je célébrerai l’Eucharistie (à 11h00), je porterai toutes vos intentions de prières et nous prierons en communion pour l’ensemble du personnel soignant, pour les malades et leurs familles, pour les personnes défuntes et leurs familles, pour tous les acteurs de la vie économique (patrons et salariés, collectivités territoriales) qui ne ménagent pas leurs efforts pour nous procurer les biens de première nécessité, pour tous ceux et celles qui, par leur travail ou de façon bénévole, prennent des initiatives pour secourir les malades et les soignants face, notamment, à la pénurie de matériels, pour la vie des enfants et des jeunes, pour ceux et celles qui leur permettent de suivre une scolarité, pour toutes les familles, pour tous les acteurs de la vie sociale et politique, pour nos aînés en structures ou à domicile et pour toutes les personnes qui les accompagnent. Que l’Esprit de force, de paix, de réconfort et de sagesse anime chacun !
Bon 5e dimanche de Carême !

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