Homélie du Jeudi Saint à Binic Enregistrer au format PDF

Jeudi 18 avril 2019
Vendredi 19 avril 2019 — Dernier ajout samedi 20 avril 2019

« faites ceci en mémoire de moi ».

Dans la lettre de Paul aux Corinthiens entendue juste avant l’Évangile, il y a le plus ancien témoignage écrit du récit de l’institution de l’Eucharistie avec cette invitation deux fois répétée : « faites ceci en mémoire de moi »

« Ceci » se rapporte à quoi.

Nous pensons en premier au geste et aux paroles de Jésus partageant le pain et en donnant un morceau à chacun des disciples présents, partageant la coupe en invitant ses disciples à y boire.

« Faites ceci en mémoire de moi » ce sont ces paroles et ces gestes de Jésus que nous, prêtres, renouvelons, refaisons au moment de la consécration, après avoir invoqué l’Esprit Saint :
" Envoie ton Esprit sur ce pain, envoie ton Esprit sur cette coupe _ qu’ils deviennent pour nous corps et sang de Jésus-Christ ",

A travers nos paroles, le pain et le vin deviennent habités de la présence du Christ et les chrétiens, lorsque le prêtre élève l’hostie consacrée ou le calice, s’inclinent dans un geste d’adoration en pouvant dire intérieurement : « Seigneur Jésus, tu es maintenant présent dans ces hosties consacrées, merci Seigneur pour nous permettre de nous nourrir de toi … »

Lorsque nous découvrons à travers les actes des apôtres, (écrits plus tardivement que la lettre de Paul aux Corinthiens), les premiers mois de la vie de l’Eglise naissante, nous découvrons que les jeunes communautés chrétiennes étaient centrées sur l’assemblée dominicale, le premier jour de la semaine au cours de laquelle il y avait la lecture de la parole de Dieu, la prédication des apôtres et la communion. Elles vivaient déjà fidèlement le renouvellement du dernier repas de Jésus

Comme dans toutes les autres dimensions de notre vie humaine, la routine risque de dévaloriser ce geste de la communion alors qu’il est un geste sacré. Lorsque quelqu’un nous offre un cadeau, notre visage dit notre joie, le geste précautionneux de nos mains pour le prendre ou le recevoir disent quelque chose de la valeur que nous attribuons à ce cadeau, sitôt reçu, ce cadeau on ne va pas le faire disparaître dans un placard et l’on n’en parle plus. Le temps autour du cadeau dit la valeur que nous lui attribuons.

Est-ce que nous ne pourrions pas, chacune, chacun d’entre nous qui communions habituellement revoir l’importance que nous donnons à cette communion à travers les gestes qui nous permettent de recevoir le Christ lui-même en nous.

On peut communier sur la langue ou dans la main mais si c’est dans la main,que nos mains forment comme un trône pour recevoir le roi des rois et quand nous prenons l’hostie pour la porter à la bouche et la manger, que ce soit là encore un beau geste imprégné de notre prière : « merci Seigneur de me permettre de t’accueillir en moi ».
Revisitons la manière dont nous communions.

« Faites ceci en mémoire de moi » fait référence à un autre geste de Jésus même si les paroles ne sont pas exactement les mêmes. Ce sont les paroles du lavement des pieds entendues dans notre Évangile « si je vous ai lavé les pieds, faites le même geste que moi, faites ce que j’ai fait, faites comme j’ai fait. C’est un exemple que je vous ai donné »

Bien sûr. Jésus ne nous demande pas de faire exclusivement ce geste du lavement des pieds les uns envers les autres ; il nous demande de nous faire serviteurs ou servantes les uns des autres jusque dans les plus petits gestes.

Si Jésus, maître et Seigneur a fait le geste dévolu habituellement au serviteur, à l’esclave, alors nous ne pouvons pas, nous ne devons pas faire l’impasse sur ces multiples gestes de solidarité, de service que le quotidien de la vie nous appelle à faire.

Si nous ne le faisons pas, peut-être est-ce parce que nous sommes aveugles ?

Il y a quelques années, le pape François avait créé la surprise en lavant pour la première fois les pieds de détenus hommes et femmes, et même les pieds d’une femme musulmane comme pour nous dire que le geste du service n’a pas de limité et que tout être humain, quelque soit son passé et son aujourd’hui, nous devons le regarder, la regarder comme un enfant de Dieu comme moi, sauvé comme moi par Jésus-Christ.

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